04 mai 2007
Nicolas Sarkozy à Montpellier
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Montpellier - jeudi 3 mai 2007
Mes chers amis,
C’est ici en Languedoc que finit cette campagne qui fut longue, qui fut rude, qui fut passionnée, et dont tous les Français ont senti à quel point elle était importante, à quel point elle était lourde de conséquences. Tous ont eu ce pressentiment que ce qui allait se passer serait décisif, que cela ne pouvait pas se passer sans eux, que trop de rendez-vous avaient été manqués dans le passé, que trop de choix avaient été différés, que trop de retards avaient été accumulés et que maintenant la France avait trop attendu, qu’elle ne pouvait plus attendre, qu’elle ne pouvait plus en rester là.
Et le peuple qui ne disait plus rien, le peuple qui gardait pour lui sa déception et sa colère, le peuple qui était découragé, qui n’allait plus voter que par devoir ou qui s’abstenait de plus en plus, le peuple s’est levé, le peuple a repris la parole, il a dit : « Je ne laisserai personne décider à ma place ».
Dans ce Languedoc où tant de peuples et de religions se sont affrontés et mêlés les uns aux autres, où dans les luttes qui furent si féroces et les passions si vives, s’est forgé un caractère vigoureux, prompt à s’opposer, prompt à défendre ses libertés.
Michelet disait : « C’est une bien vieille terre que ce Languedoc. Vous y trouverez partout les ruines sous les ruines, les Camisards sur les Albigeois, les Sarrasins sur les Goths, sous ceux-ci les Romains, les Ibères ».
Dans cette bien vieille terre, où s’entassent les ruines, les peuples, les histoires, dans cette vieille terre ravagée par la Croisade des Albigeois, les guerres de religions, les invasions,
Dans cette bien vieille terre, où se mélangent depuis si longtemps les souvenirs des morts et les espoirs des vivants,
Dans cette bien vieille terre, où l’on prie, où l’on se bat, où l’on travaille depuis tant de siècles,
On sait ce qu’est l’élan d’un peuple qui se lève, ce qu’est la puissance d’un peuple qui a toujours refusé d’être esclave et qui sait dire non, non au renoncement, non à la fatalité, non à tout ce qui peut l’asservir.
C’est ici sur cette terre charnelle qui a connu tant de violence et de tragédies que j’ai voulu aller jusqu’au bout de cette vague populaire qui depuis de semaines monte des profondeurs du pays et porte en elle un immense espoir de renouveau.
C’est ici dans Montpellier que je suis venu pour la dernière fois dans cette campagne à la rencontre de ce peuple français dont j’ai appris à partager les joies et les peines, et qui dans trois jours décidera de son destin.
Depuis 4 mois, depuis ce 14 janvier où à la Porte de Versailles j’ai dit à mes amis que je devais aller à la rencontre des Français, même de ceux qui n’avaient jamais été mes amis, ceux qui n’avaient jamais appartenu à la même famille politique que moi, ceux qui n’avaient jamais voté pour moi, ceux qui m’avaient combattu, depuis qu’a commencé à se créer entre les Français et moi ce lien profond qui s’établit dans une campagne présidentielle entre le peuple et celui qui aspire à devenir l’homme de la nation, la France a cessé pour moi de n’être qu’une idée pour devenir presque une personne qui souffre et qui espère, qui a des sentiments, qui a des valeurs, qui a une identité.
La France, c’est une multitude de petits pays, de cultures, de croyances, d’histoires, de destinées qui se sont mélangées qui se sont fondus en une seule. C’est une multitude de volontés individuelles qui se sont unies pour en faire une. La France a une âme, un caractère, une sensibilité.
Pendant ces 4 mois je suis retourné sur tous ces lieux qui pour moi et pour tous les Français ont toujours symbolisé la France parce qu’ils incarnent tous une part mystérieuse d’elle-même.
Je suis retourné sur tous ces lieux sacrés où j’étais déjà allé jadis sans ressentir cette émotion que j’ai ressentie au cours des dernières semaines au Mont Saint-Michel, à Verdun ou à Colombey, en pensant à la France.
Pour la première fois de ma vie je me suis senti proche des moines qui avaient défié l’océan et le sable pour adresser à Dieu l’une des plus belles prières que les hommes aient jamais adressé au Ciel, et je me suis senti partie prenante dans cette prière venue du fond des âges, et j’ai senti que dans cette flèche de pierre dressée vers le Ciel, comme dans les flèches de toutes les cathédrales, il y avait l’âme de la France.
Pour la première fois de ma vie en retournant à Verdun je n’ai pas regardé le champ de bataille, les croix blanches du cimetière alignées à l’infini et l’ossuaire de Douaumont comme on regarde un lieu chargé d’histoire, je n’ai pas cherché à imaginer ce qu’avaient été ces batailles terribles, mais j’ai ressenti ce qu’avait pu être l’horreur de ces affrontements, leur dimension tragique, j’ai senti tout le malheur, toute la douleur qui s’était concentrée au-dessus de ces milliers de tombes de ces milliers de morts dont les corps étaient tellement déchiquetés qu’ils n’avaient plus de noms et dont beaucoup ne furent jamais retrouvés parce qu’ils avaient été engloutis dans la boue, et j’ai senti que dans ce malheur, dans cette douleur il y avait l’âme de la France.
A Colombey où j’étais allé si souvent depuis 30 ans j’ai eu l’impression que je venais pour la première fois. Dans ce petit cimetière pareil au cimetière de tant de nos villages, lorsque je me suis recueilli seul devant l’humble tombe du Général De Gaulle, j’ai senti que dans ce petit village était l’âme de la France.
Sur les plages du débarquement, j’ai senti l’âme de la France. A Rouen où Jeanne fut menée au bûcher, j’ai senti l’âme de la France. A Toulon, à Nice, à Bordeaux, à Nantes, à Tours, à Poitiers, à Saint-Quentin, à Clermont-Ferrand, à Lille, à Strasbourg, à Lyon, à Toulouse, à Nice, à Marseille j’ai senti l’âme de la France.
A Nîmes où il y a un an, certains d’entre vous s’en souviennent peut-être, j’ai prononcé mon premier discours sur la France et en me souvenant des camisards et des persécutions, des femmes protestantes enfermées dans la Tour de Constance à Aigues-Mortes sur l’ordre de Louis XIV, en me souvenant de toute cette souffrance, j’ai senti à travers cette ancienne souffrance, qui ne s’est jamais éteinte, souffler l’âme de la France.
Dans les campagnes avec les paysans, à Châteauneuf-du-Pape avec les viticulteurs, dans les laboratoires, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, à Lorient avec les pêcheurs, dans les Ardennes avec les ouvriers, partout où je suis allé à la rencontre des Français, à la rencontre de la France, à la rencontre de son passé, de son présent, de son avenir, j’ai senti l’âme de la France.
A Montpellier, où rôdent encore les ombres de Rabelais et de Jean Moulin, je sens l’âme de la France, je sens sa vitalité, je sens sa jeunesse, je sens son énergie, je sens son espérance.
Si près de Sète et de son cimetière marin où :
« Midi le juste y compose de feu
La mer, la mer, toujours recommencée (…)
Fragment terrestre offert à la lumière (…)
Composé d’or, de pierres et d’arbres sombres
La mer fidèle, y dort sur mes tombeaux ! »
Je me souviens des poèmes que l’on m’apprenait dans ma jeunesse et qui exprimaient l’âme même de la France.
La France, tout au long de cette campagne, elle ne m’a pas quitté.
Quel que soit le sujet dont j’ai parlé, je n’ai parlé que d’elle.
Je n’ai pensé qu’à elle.
Je n’ai fait campagne que pour elle.
C’est ce que les Français attendaient ; qu’on leur parle de la France.
C’est ce que les Français demandaient : qu’on leur explique ce que l’on voulait faire pour la France.
C’est ce que les Français espéraient : que la France revienne au cœur de la politique, qu’on leur dise ce qu’elle allait devenir, comment elle pouvait continuer d’exister, comment elle pouvait garder son âme.
Car cela faisait bien longtemps que l’on ne parlait plus de la France. Cela faisait bien longtemps, depuis mai 68, que la nation n’était plus à la mode.
Progressivement, elle avait fini par ne plus avoir aucune place en politique.
On avait enseigné à la dénigrer, à la détester, à la haïr.
Il y avait la repentance qui demandait aux fils d’expier les fautes supposées de leurs pères et même de leurs aïeux ou de leurs ancêtres.
Il fallait expier l’histoire de France, il fallait expier les Croisades, les révolutions, les guerres, la colonisation. Tout, il fallait tout expier.
En mettant à vif les mémoires blessées, en cultivant la rancœur par une surenchère dans le culte des origines, en manipulant à des fins politiciennes la souffrance et les frustrations par ailleurs bien réelles, on ne récolte pas la fraternité mais la violence et la haine. La France ne s’est pas bâtie sur l’oubli. Nul n’a oublié les peines, les souffrances et les malheurs. Felix Eboué gouverneur des colonies et premier résistant de la France d’Outre Mer n’avait jamais oublié qu’il était le petit fils d’un esclave noir de Guyane. A Béziers, à Carcassonne, dans l’Ariège nul n’a oublié la croisade des Albigeois, Simon de Montfort et les légats du Pape criant : « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Les protestants des Cévennes n’ont pas oublié les persécutions. Les vendéens n’ont pas oublié les colonnes infernales. Les républicains espagnols qu’on a parqués dans des camps n’ont rien oublié. Les enfants juifs qui ont vu leurs parents conduits au Vel d’Hiv par la police de Vichy n’ont rien oublié.
Non, nul n’a rien oublié des peines, des souffrances et des malheurs mais pour tous l’amour de la France a été le plus fort et d’autant plus fort qu’il était fait de douleurs surmontées.
La France ce n’est pas l’oubli de ce que l’on est, c’est la foi dans un destin commun plus forte que la haine et la vengeance.
A Aigues-Mortes les femmes protestantes enfermées dans la Tour de Constance ont gravé sur les murs de leur prison « Résister », aucune d’ente elles n’a écrit « mort à la France » comme on le voit aujourd’hui sur certains murs.
On ne bâtira rien sur la haine, ni la haine des autres ni la haine de soi. A Marseille, j’ai dit à la jeunesse française : « La France est votre pays et vous n’en avez pas d’autre, même si vos parents ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs. La haïr c’est vous haïr vous-mêmes. La France est à vous. Elle est votre héritage. Votre bien commun. Ne lui demandez pas d’expier ses fautes. Ne demandez pas aux enfants de se repentir des fautes des pères. »
En 1962 le Général de Gaulle a dit à Adenauer : « De tant de sang et de larmes, rien ne doit être oublié mais, chacune renonçant à dominer l’autre, la France et l’Allemagne ont discerné ensemble quel était leur devoir commun ». Il ne lui a pas dit : « Expiez d’abord, nous verrons après ! ». Et à la jeunesse allemande il n’a pas dit : « vous êtes coupable des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes ».
Aux peuples de nos anciennes colonies nous devons offrir non l’expiation mais la fraternité et à tous ceux, d’où qu’ils viennent, qui veulent devenir Français la liberté et l’égalité.
Alors, c’est vrai, il y a dans notre histoire des erreurs, des fautes, des crimes, comme dans toutes les histoires de tous les pays. Mais nous n’avons pas à rougir de l’histoire de France.
La France n’a pas commis de génocide, elle n’a pas inventé la solution finale. Elle est le pays qui a le plus fait pour la liberté du monde. Elle est le pays qui a le plus fait rayonner les valeurs de liberté, de tolérance, d’humanisme.
Nous pouvons être fiers de notre pays, de ce qu’il a apporté à la civilisation universelle, à l’idée d’humanité.
Nous pouvons être fiers d’être les enfants d’un pays de liberté et de démocratie.
Nous pouvons être fiers d’être les enfants de la patrie des Droits de l’Homme.
Et nous pouvons légitimement faire partager cette fierté à nos propres enfants. Nous pouvons leur raconter l’histoire de France sans rougir.
Nous pouvons leur raconter que tous les Français pendant la guerre n’étaient pas pétainistes, qu’il y avait aussi des Français qui se battaient dans les maquis, qu’il y avait des Français qui risquaient leur vie dans la Résistance, qu’il y avait des Français qui se battaient dans les rangs de la France libre, qu’il y avait des Français qui cachaient des Juifs dans leurs propres maisons, dans leur propre famille.
Nous pouvons raconter à nos enfants que dans les colonies les colons n’étaient pas tous des exploiteurs, que beaucoup d’entre eux n’ont jamais exploité personne et que si le colonialisme était un système porteur d’injustice et de violence, beaucoup de Français étaient partis dans les colonies en pensant sincèrement œuvrer pour un projet de civilisation. Ils ont bâti des ponts, des hôpitaux, des écoles, ils ont cultivé une terre aride, ils ont travaillé toute leur vie. Et un jour ils n’ont plus eu le choix qu’entre la valise et le cercueil et ils ont dû quitter la terre où ils étaient nés, cette terre qu’ils aimaient, la maison de leur enfance, le peu de biens qu’ils avaient.
Ces femmes et ces hommes, ils méritent d’être respectés. Comme méritent d’être respectés les supplétifs d’Indochine et les harkis qui ont dû quitter leur pays pour ne pas être égorgés parce qu’ils avaient servi fidèlement la France. La France les a abandonnés. Envers eux elle a une dette qu’elle n’a pas réglée. Je veux que cette dette soit réglée parce que c’est une dette d’honneur, et une nation ne doit pas transiger avec l’honneur, surtout quand il s’agit de la France.
Il fallait en finir avec le dénigrement de l’histoire de France. Il fallait en finir avec la détestation des valeurs de la France.
La France c’est la laïcité. La France c’est l’égalité des droits et des devoirs. La France c’est l’égalité de l’homme et de la femme. La France c’est la liberté de conscience. La France c’est la liberté d’expression.
Ces valeurs ne sont pas négociables. Ces valeurs sont au cœur de notre identité nationale. Ces valeurs, nul ne peut prétendre vivre en France sans les respecter. Comme nul ne peut prétendre vivre en France sans parler le Français, sans respecter les mœurs du pays qui l’accueille.
En France la caricature est libre. En France on enseigne Voltaire dans les écoles. En France on ne menace pas de mort les philosophes. En France on ne retire pas une pièce de Voltaire de l’affiche d’un théâtre parce que le directeur a reçu des menaces de mort de la part de groupuscules de fanatiques.
En France on ne s’installe pas sans papiers. On ne travaille pas clandestinement en étant payé au noir. On ne fait pas venir sa famille quand on n’a pas de quoi la loger et quand on n’a pas de quoi la faire vivre avec les revenus de son travail.
La France ce n’est pas un pays qui a commencé hier ni avant-hier. Celui qui veut vivre en France doit admettre que l’histoire de la France a commencé bien avant lui.
La France c’est deux mille ans de valeurs de civilisation chrétienne que la morale laïque a incorporées.
La France c’est une République une et indivisible où le communautarisme n’a pas sa place.
La France est un pays où nul ne saurait être jugé sur la couleur de sa peau ou sur sa religion. Où nul ne saurait être enfermé dans ses origines et dans ses croyances.
Le communautarisme c’est le contraire de la République, c’est un enfermement, c’est le champ libre à des formes d’apartheid et aux ghettos, c’est la porte ouverte à la loi des bandes et des tribus. C’est la ségrégation et c’est la violence.
La France, c’est une nation qui a toujours eu besoin d’un Etat fort qui fasse réellement son métier et qui, par conséquent, domine les féodalités, les corporatismes, et fasse prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers.
L’Etat c’est Philippe le Bel, c’est Richelieu.
C’est Louis XIV, c’est Napoléon, c’est Clemenceau, c’est De Gaulle.
Depuis 25 ans, au fur et à mesure que l’Etat s’alourdissait, se bureaucratisait, s’endettait, son autorité déclinait.
Depuis 25 ans, alors que l’Etat avait de plus en plus de mal à trouver sa place entre la décentralisation, l’Europe et les marchés, une idéologie de l’impuissance publique abaissait la politique en proclamant qu’elle ne pouvait rien à rien, que la politique c’était fini, que l’Etat c’était fini, que la République c’était fini, que la nation c’était fini.
Depuis 25 ans, en abaissant l’Etat, on a abaissé la politique et laisser monter les corporatismes, les communautés, les tribus et les bandes.
Depuis 25 ans, en abaissant l’Etat, en diminuant son autorité, en l’appauvrissant, on a abaissé la République, on a mis en péril l’unité de la nation, on a mis en péril sa cohésion.
Depuis 25 ans, en faisant de l’Etat une force d’inertie, une force de conservatisme, on a rendu la France immobile parce qu’en France c’est l’Etat qui a toujours été le levier du changement et de la modernisation.
En France, un Etat fort est la condition nécessaire de l’ouverture, de la liberté, de la décentralisation, parce qu’en France l’Etat c’est ce qui protège, c’est ce qui unit, c’est ce par quoi la nation exprime une volonté collective, un projet collectif, ce par quoi elle prépare l’avenir, ce par quoi elle investit.
Une demande de nation, de République, d’Etat, voilà ce qu’il y a derrière la demande de politique qui s’est exprimée tout au long de la campagne, voilà ce qu’il y a derrière la demande de France qui s’est ressentie durant toute la campagne.
On n’avait pas le droit de parler de la nation, de parler de la République, de parler de l’Etat depuis que l’idéologie de mai 68 avait pris le pouvoir intellectuel, le pouvoir médiatique, le pouvoir politique, depuis que l’idéologie de mai 68 avait imposé sa pensée unique, son politiquement correct qui interdisait de parler de la nation sous peine d’être traité de nationaliste, qui interdisait de parler de la République sous peine d’être traité de jacobin, qui interdisait de parler de l’Etat sous peine d’être traité d’étatiste et de dirigiste.
Je veux pouvoir parler de la nation sans être traité de nationaliste.
Je veux pouvoir parler de la République sans être traité de jacobin.
Je veux pouvoir parler de l’Etat sans être traité d’étatiste ou de dirigiste.
Comme je veux pouvoir parler de la protection sans être traité de protectionniste.
Comme je veux pouvoir parler de l’ordre sans être traité de conservateur.
Comme je veux pouvoir parler de l’autorité sans être accusé d’autoritarisme.
Comme je veux pouvoir parler de la moralisation du capitalisme sans être accusé d’être anticapitaliste.
Comme je veux pouvoir critiquer Mai 68 sans être traité de pétainiste ;
Comme je veux pouvoir parler des problèmes des Français sans être accusé de démagogie.
Comme je veux pouvoir parler au peuple français, comme je veux pouvoir être le porte-parole de ce peuple qu’on veut tenir à l’écart de tout, que l’on ne veut plus écouter, que l’on ne veut plus entendre, comme je veux parler au nom de cette France exaspérée, de cette France dont la vie est devenue si lourde, si dure, si pénible, et dont personne ne cherche plus à comprendre et à partager la souffrance, je veux être le candidat de cette France qui souffre et non celui des appareils, celui des notables, celui des élites qui prétendent penser et décider à la place du peuple.
Je veux être le candidat du peuple sans être traité de populiste.
Je veux être le candidat du peuple, non pour dégrader la politique dans le populisme mais pour l’élever en lui donnant cette dimension populaire qui est la seule susceptible de la rendre humaine.
Je veux être le candidat du peuple parce que dans une démocratie il n’y a pas d’autre légitimité pour la politique que la légitimité populaire.
Je ne veux pas rassembler des partis. Je veux rassembler les Français.
Je ne veux pas rassembler un camp. Je veux rassembler le peuple français au-delà des clivages partisans.
Je veux rassembler sur des valeurs et sur des convictions, parce que pour moi les valeurs et les convictions c’est plus important que les étiquettes.
A la coalition hétéroclite de l’extrême-gauche, des Verts, des chevènementistes, des communistes, des socialistes, qui voudrait bien s’élargir vers le centre et qui n’est soudée que par le sectarisme et le sentiment de haine à mon égard qui les anime, je veux opposer, moi, le rassemblement du peuple français.
Aux manœuvres d’appareils je veux opposer une certaine idée de la nation, de la République et de l’Etat.
Aux calculs électoraux je veux opposer la sincérité du sentiment national, de l’amour de la République et du sens de l’Etat.
A la haine je veux opposer la fraternité et le respect de celui qui ne pense pas comme moi, et qui ne vote pas pour moi.
Au sectarisme je veux opposer l’ouverture d’esprit et la tolérance pour des idées qui ne sont pas les miennes.
Je veux défendre mes idées, je veux défendre mes convictions, je veux défendre mon projet, mais je veux le faire sans haine, sans mépris, sans arrogance, sans violence.
Je veux le faire dignement, poliment, je veux le faire en ayant toujours en tête qu’il s’agit d’un débat entre citoyens d’une même nation qui partagent le même patrimoine de valeurs universelles, qui sont citoyens de la même République, qui n’ont au fond rien de plus précieux que cette capacité à vivre ensemble, que ce désir de vivre ensemble que leur ont forgé les générations qui nous ont précédés.
Car il ne faut jamais oublier que ce qui réunit tous ceux qui croient à la nation, à la République et à l’Etat doit rester plus fort que ce qui les sépare.
Nous ne devons jamais, les uns et les autres, oublier que nous avons en commun une même histoire, une même culture, une même langue, nous ne devons jamais oublier que notre destinée est commune et que le sort de chacun d’entre nous dépend du sort de tous.
Nous ne devons jamais confondre la politique avec la guerre. Pour aucun Français, un autre Français ne devrait jamais être un ennemi sauf quand il trahit la France, quand il renie son idéal et ses valeurs.
Dans la forêt de Fontainebleau, sur le monument à la mémoire de Georges Mandel érigé à l’endroit où il fut tué par la Milice, se trouve gravée cette simple phrase : « Ici est mort Georges Mandel assassiné par des ennemis de la France », parce que les miliciens français qui l’avaient assassiné étaient devenus des ennemis de la France en se mettant au service de l’occupant et en tuant d’autres Français.
Oui, notre capacité à vivre ensemble est notre bien le plus précieux et nous avons le devoir de le préserver à tout prix.
Or, tout le monde le sent bien, la crise d’identité est si grave, la remise en cause de la République si profonde, l’abaissement de l’autorité si visible que notre capacité à vivre ensemble, notre capacité même à nous supporter sont menacées.
Faute que soit assurée la transmission d’une culture commune qui permet de se parler et de se comprendre.
Faute d’une morale partagée.
Faute d’un minimum de règles, de normes, de codes qui soient communément admis et respectés.
Faute que la citoyenneté soit fondée aussi sur des devoirs et pas seulement sur des droits.
Faute de n’avoir pas su endiguer la montée de la précarité, de n’avoir pas su rétablir le plein emploi.
Faute d’avoir su créer les conditions de la croissance forte, du dynamisme, de l’innovation.
Faute de s’être donné les moyens de nous protéger contre les excès de la mondialisation, contre la concurrence déloyale, contre les dumpings sociaux, monétaires, fiscaux, écologiques, la France est travaillée par des angoisses, par des peurs qui rendent peu à peu les Français ennemis les uns des autres.
Quand chacun commence à avoir le sentiment qu’il ne peut survivre qu’au détriment des autres, alors la République se défait, la nation s’affaiblit et le spectre de la lutte de tous contre tous commence à hanter les esprits et à miner la société. C’est ce qui nous attend si nous continuons comme nous le faisons depuis 25 ans. Si nous continuons avec les mêmes idées, avec les mêmes objectifs, avec les mêmes comportements, avec les mêmes politiques.
J’appelle tous les Français de bonne volonté, tous les Français qui aiment la France et ce qu’elle représente pour les hommes, qui aiment la République et qui se font une haute idée de l’Etat, à s’unir à moi pour construire avant qu’il ne soit trop tard une République fraternelle, une République où chacun, même le plus humble, le plus fragile, le plus blessé par la vie, le plus dépendant, le plus souffrant trouvera sa place, une République où chacun quelle que soit sa situation, quelle que soit sa fragilité, quelle que soit sa faiblesse sera reconnu comme un citoyen à part entière. Où la personne dépendante, où la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, où le malade, où celui qui est frappé par la dépression, où celui qui a tout perdu, où la femme martyrisée, où la mère qui élève seule ses enfants, où le fils d’immigré, où celui qui habite un quartier dit défavorisé, où celui qui habite dans un canton rural éloigné de tout, où tous pourront jouir d’une pleine citoyenneté, où tous auront droit à la considération et au respect qui est dû, ou qui devrait être dû aux citoyens d’une République comme la nôtre, dans un pays comme le nôtre, qui en mettant la fraternité au même rang que la liberté et l’égalité a osé dire au monde, comme Antigone : « Je suis née pour partager l’amour, non pour partager la haine ».
Donner à chaque homme le sentiment de sa propre dignité, tel devrait être le but de toute politique. Voici pourquoi j’ai voulu parler à tous les Français et que je veux tous les rassembler parce que tous, à mes yeux, ont un rôle à jouer, une utilité sociale, une valeur qui leur est propre. Dans mon esprit, il ne peut y avoir de demi-mesure : respecter l'homme c'est respecter chaque homme sans exception.
Permettre qu’en toute circonstance chacun garde l’estime de lui-même, voilà ma conception de la politique. La fraternité pour moi ce n’est pas seulement des allocations, ce n’est pas seulement la réhabilitation des immeubles, l’aide aux territoires. La fraternité c’est d’être avec les personnes. C’est d’être avec les victimes. Mais c’est d’être aussi avec les condamnés quand les conditions de détention sont indignes. C’est d’être aux côtés de tous ceux qui ont besoin d’être accompagnés dans leurs parcours de formation, de logement, d’emploi, d’insertion, d’intégration. C’est d’être avec les jeunes parents pour les aider à élever leurs enfants. Avec le jeune qui a besoin d’une deuxième chance. Avec l’immigré qui veut devenir Français. Mais la fraternité ce n’est pas le refus de lutter contre l’immigration clandestine qui met tant de malheureux à la merci des exploiteurs, qui condamne tant de pauvres gens à vivre dans des conditions sordides parce qu’il est impossible de pouvoir accueillir dignement toute la misère du monde.
A tous ceux qui vivent dans l’angoisse de l’exclusion, du déclassement, qui vivent avec au ventre la peur de ne plus pouvoir loger leurs enfants, de ne plus pouvoir les nourrir, les habiller, je veux leur dire que la France est leur pays, qu’elle a besoin d’eux et qu’elle ne les abandonnera pas.
La fraternité pour moi c’est que les accidentés de la vie soient secourus. C’est que les malades puissent avoir une vie sociale normale, qu’ils puissent se loger, travailler, emprunter aux mêmes conditions que les autres avec s’il le faut une caution publique. C’est que le plein emploi soit atteint pour que tout le monde puisse travailler, puisse nourrir sa famille, élever ses enfants. C’est que celui qui travaille dur puisse se loger décemment.
Je ne veux pas d’une société où les travailleurs sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas se loger.
Je ne veux pas d’une société qui laisse des hommes et des femmes mourir de froid sur le trottoir. C’est pour cela que j’ai proposé le droit opposable à l’hébergement.
Je ne veux pas d’une société où la pauvreté est tolérée comme une fatalité, où le chômage est supporté comme un mal nécessaire.
On peut atteindre le plein emploi, beaucoup d’autres pays y sont parvenus.
Je veux lutter contre la pauvreté et contre le chômage par la revalorisation du travail, par l’augmentation du pouvoir d’achat, par l’incitation à travailler plus pour gagner plus, parce que c’est le travail qui crée le travail et non les 35 heures. La fraternité c’est le partage des richesses, pas le partage du travail. Les 35 heures, c’est moins de pouvoir d’achat, moins de croissance, moins d’emplois. A quoi ça sert les 35 heures quand on n’a pas d’argent pour profiter de ses loisirs, quand on n’a pas d’argent pour payer des vacances à ses enfants ?
La fraternité pour moi c’est l’égalité des chances, c’est tout faire pour que chacun puisse développer ses talents, puisse essayer de réaliser ses ambitions, de réaliser ses rêves. Si je suis élu je mettrai en œuvre une politique de discrimination positive fondée non pas bien sûr sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais sur des critères économiques et sociaux, parce que l’égalité républicaine ce n’est pas traiter également des situations inégales mais de donner plus à ceux qui ont moins, de compenser les handicaps.
Pour bâtir une république fraternelle nous devons faire avant tout reculer la violence dont les plus faibles et les plus vulnérables sont les premières victimes.
A la violence gratuite nous devons opposer la sévérité de la sanction et l’éducation qui donne des repères. Les enfants ont besoin que les professeurs, et les parents soient aussi des éducateurs.
Les parents sont les premiers éducateurs de l’enfant. La famille joue un rôle décisif dans le développement intellectuel, moral et affectif de l’enfant. Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traîner dans la rue, qui les laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilité des parents puisse être mise en cause, qu’éventuellement les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis élu à aider les familles qui en ont besoin à élever leurs enfants.
Mais pour être de bons éducateurs nous devons donner l’exemple.
Nous n’avons aucune chance d’inculquer le courage à nos enfants si nous manquons nous-mêmes de courage.
Je me souviens de cette famille à la Courneuve qui pleurait la mort d’un petit garçon de onze ans. C’était le jour de la fête des pères, deux bandes rivales s’affrontaient au pied de l’immeuble, il a pris une balle perdue. C’était le jour où j’ai parlé du Karcher. Je ne regrette rien.
Un jour j’ai utilisé le mot « racaille » en réponse à l’interpellation d’une habitante d’Argenteuil qui désignait ainsi ceux qui rendaient la vie impossible dans son quartier et qui l’obligeaient à vivre dans la peur. On me l’a reproché. Je ne regrette rien.
C’est mépriser la jeunesse que de lui parler par euphémismes sous prétexte qu’elle ne serait pas capable de regarder la réalité en face. Quels éducateurs serons-nous si les voyous ne peuvent même pas être appelés des voyous ? Et si nous laissons croire à nos enfants que tout est permis ?
Quels éducateurs serons-nous pour nos enfants si nous nous laissons aller à toutes ces petites lâchetés qui peu à peu ruinent l’autorité ?
On m’a reproché de vouloir sévir contre les délinquants.
Mais quels éducateurs serons-nous si nous devenons incapables de punir les délinquants ?
Quels éducateurs serons-nous si nous cherchons toujours à excuser le crime ou le délit ?
Quels éducateurs serons-nous si nous fermons les yeux sur toutes les fraudes ?
Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents assument leurs responsabilités pour que les jeunes comprennent la nécessité d’assumer les leurs.
On me dit qu’il ne faut pas créer de tension, qu’il ne faut pas donner de prétexte aux casseurs, qu’il faut à tout prix éviter de créer les conditions de l’affrontement.
Veut-on pour cela que la police se dérobe ? Qu’elle ferme les yeux ? Qu’elle laisse les voyous libres d’agir ? Qu’elle n’interpelle pas les fraudeurs ?
Comment allons-nous élever nos enfants ? Quelle éducation allons-nous leur donner ? Quelles valeurs allons-nous leur transmettre si nous acceptons l’idée que toute présence policière est une provocation ?
Si nous interdisons aux policiers de poursuivre des délinquants de peur qu’il leur arrive un accident ?
Si le fait d’être mineur excuse tout ?
Si nous laissons le petit voyou devenir un héros dans son quartier faute de sanction susceptible de faire réfléchir ceux qui seraient tentés de l’imiter ?
Si l’on tolère les petits trafics grâce auxquels l’adolescent gagne davantage que son père qui travaille à l’usine ?
On me reproche d’exciter la colère. La colère de qui ? La colère des voyous ? Des trafiquants ? Mais je ne cherche pas à être l’ami des voyous. Je ne cherche pas à être populaire parmi les trafiquants et les fraudeurs.
Et je dis qu’un Président de la République qui ne veut pas regarder en face le problème de l’insécurité, qui ne veut pas regarder en face le problème de la violence et dont la seule préoccupation est de ne pas faire de vague, je dis que celui-là est un démagogue et un irresponsable parce que le rôle d’un Président de la république c’est d’abord de veiller à l’application de la loi et de protéger les honnêtes gens.
A la violence qui vient de ce que l’on n’a ni les mots, ni les moyens de comprendre et d’exprimer ses sentiments, nous devons répondre par la culture et par l’effort sur soi-même qu’elle appelle.
Je me souviendrai toujours de ce jeune de banlieue qui me disait : « Ce n’est pas avec l’école, ce n’est pas avec le sport que nous avons un problème, c’est avec l’amour. » Ne pas être en mesure de trouver les pensées, les mots, les gestes de l’amour, il n’y a rien de pire, rien qui incite plus à la violence contre l’autre ou contre soi-même.
Qu’avons-nous d’autre pour répondre à ce cri angoissé d’une jeunesse désemparée par ses propres sentiments, par ses propres pulsions, sinon la littérature, la poésie, l’art, la philosophie. La culture n’a jamais été une garantie contre la barbarie, contre la bestialité, mais elle est la seule chose que nous ayons à leur opposer.
Quand nous donnerons accès aux grandes œuvres de l’esprit à tous les enfants et plus seulement à quelques-uns, quand tous les enfants devenus adultes pourront écrire à leur ancien instituteur : « Merci, Monsieur, de m’avoir rendu curieux de ce qui est beau », alors j’en suis sûr il y aura moins de brutalité, moins de sauvagerie, moins de violence et notamment moins de violence faite aux filles.
Mais il y a aussi dans la société une violence qui vient du sentiment d’injustice. Il ne faut pas sous estimer le désespoir d’une jeunesse condamnée à vivre moins bien que ses parents, dont les diplômes ne valent rien sur le marché du travail, qui est obligée de vivre chez ses parents parce qu’il n’y a pas d’emploi pour elle, dont les rêves se brisent sur le chômage et sur l’impossibilité d’acquérir une indépendance financière.
Il faut s’inquiéter de cette rancœur qui s’accumule dans une jeunesse qui se sent victime de discrimination, qui éprouve le sentiment que la couleur de sa peau ou le quartier où elle habite comptent plus que ses qualifications et ses compétences.
Il faut s’inquiéter de la colère qui grandit contre une République qui ne tient pas ses promesses d’égalité et de fraternité vis-à-vis de ceux qui ont cru à la récompense du mérite et de l’effort.
Nous devons apporter une réponse à tous ceux qui souffrent des blocages de notre société et qui ont le sentiment que quoiqu’ils fassent, ils ne pourront jamais s’en sortir. Pour que la République soit respectée il faut qu’elle soit irréprochable, qu’elle inscrive ses principes dans la réalité et pas simplement sur ses monuments, Mais pour que la République fraternelle devienne une réalité, pour que l’Etat soit de nouveau respecté, pour qu’il ait de nouveau une autorité, une légitimité, une crédibilité, il faut que l’Etat protège et non qu’il soit dans la société le cheval de Troie de toutes les menaces.
Je veux être le Président d’une France qui comprenne que l’Europe est la seule chance pour éviter la mort d’une certaine idée de l’homme, pour que cette idée demeure vivante dans le dialogue des civilisations et des cultures
Et je veux le redire ici, à Montpellier : je veux être le Président d’une France qui fera comprendre à l’Europe que son avenir, son destin même, se trouve en Méditerranée.
Je veux être le Président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de division et de déchirements.
Jamais peut-être n’a-t-il été aussi nécessaire, aussi vital pour l’Europe et pour le monde d’engager la construction de la Méditerranée comme fut engagée il y a plus d’un demi-siècle la construction européenne.
Car à cet endroit et à ce moment précis où le choc des civilisations devient une menace réelle pour l’humanité, là, autour de cette mer baignée de lumière où depuis deux mille ans la raison et la foi dialoguent et s’affrontent, là sur ces rivages où l’on mit pour la première fois l’homme au centre de l’univers, là se joue une fois encore notre avenir.
Là si nous n’y prenons garde les valeurs communes à toutes les civilisations dont nous sommes les héritiers perdront la bataille de la mondialisation. Dans le monde se dessinent de vastes stratégies continentales qui enjambent les hémisphères. Entre le continent américain d’un côté et l’Asie de l’autre, la géographie de la mondialisation pousse l’Europe à imaginer une stratégie euro-africaine dont la Méditerranée sera fatalement le pivot.
Moyen-Orient et de l’Afrique.
Que tous nos regards se soient tournés exclusivement vers le Nord et vers l’Est, que le Sud ainsi fût oublié intellectuellement, culturellement, moralement, politiquement, économiquement, que la Méditerranée cessât d’être un lieu d’où jaillissait pour nous la richesse, la culture et la vie, qu’elle cessât de représenter une promesse pour ne plus constituer qu’une menace, n’est pas pour rien dans la crise d’identité et la crise morale que nous traversons.
Il faut dire les choses comme elles sont : en tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe et la France ont cru tourner le dos au passé. Elles ont en fait tourné le dos à leur avenir. Car l’avenir de l’Europe est aussi au sud.
Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie. C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France,
C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien. A tous les peuples de la Méditerranée qui passent leur temps à ressasser le passé et les vieilles haines de jadis, je veux dire ce soir que le temps est venu de regarder vers l’avenir.
Ce que dans mon esprit la France doit faire chez elle est exactement la même chose que ce qu’elle doit faire en Méditerranée. C’est le même rêve de civilisation qu’elle doit incarner au-dedans et au dehors. Comment pourrions nous faire pour les autres ce que nos ne pourrions pas faire pour nous même ?
Beaucoup d’entre vous sans doute se souviennent du beau poème de Victor Hugo sur l’enfant grec de l’île de Chio ravagée par la guerre, qu’on apprenait jadis à l’école. Rappelez-vous : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, je veux de la poudre et des balles. »
Quand l’enfant grec cessera de détester l’enfant turc, quand l’enfant palestinien cessera de haïr l’enfant juif, quand l’enfant chiite cessera de maudire le sunnite, quand l’enfant chrétien tendra la main à l’enfant musulman, quand l’enfant algérien ouvrira les bras au Français, quand l’enfant serbe deviendra l’ami du Croate, la Méditerranée redeviendra le plus haut lieu de la culture et de l’esprit humain et elle pèsera de nouveau sur le destin du monde. Les enfants ne sont pas condamnés pour l’éternité à la vengeance et à la haine. Je rêve qu’un jour tous les fils dont les familles sont françaises depuis des générations, tous les fils de rapatriés et de harkis, tous les fils d’immigrés, tous les petits-fils d’Italiens, de Polonais et de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques, protestants, juifs ou musulmans qui habitent ce pays qui est le leur puissent partager la même fierté d’être Français, les mêmes rêves et les mêmes ambitions, qu’ils aient le sentiment, qu’il n’ont pas toujours aujourd’hui, de vivre dans le même pays avec les mêmes chances et les mêmes droits. Il nous reste deux jours.
Deux jours pour liquider l’héritage de mai 68.
Deux jours pour renoncer au renoncement.
Deux jours pour que jaillisse des tréfonds du pays une énergie nouvelle.
Deux jours pour que se lève le grand mouvement populaire qui emportera tous les obstacles, toutes les hésitations, toutes les peurs, toutes les angoisses par-dessus la pensée unique, par-dessus le politiquement correct, qui libérera la pensée, qui libérera l’action.
Il nous reste deux jours pour que soient créées les conditions du renouveau.
Deux jours pour que le doute soit vaincu.
Deux jours pour que tout devienne possible.
Deux jours pendant lesquels j’ai besoin de votre ardeur, de votre enthousiasme.
Vive la République !
Vive la France !
23 avril 2007
Discours de Nicolas SARKOZY - 22 avril 2007 -
15 avril 2007
Discours
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Nicolas Sarkozy à Meaux
Nicolas Sarkozy
Président de l’Union pour un Mouvement Populaire
Meaux – Vendredi 13 avril 2007
Mes chers amis,
Remerciements
En venant ici à Meaux, ce soir, je viens à la rencontre de la France, de son histoire, de ses blessures, de son espérance.
Mes chers amis, ici, ce soir , je veux vous dire , dans cette terre qui symbolise la France, celle qui souffre , mais qui ne meurt pas, celle qui se relève toujours, qui se bat pour son avenir, au nom de son énergie , au nom de ses valeurs, de son génie , de son idéal, que nous allons ensemble faire avancer la France, parce que nous savons, ensemble, de quoi nous sommes capables. La France toujours surmonte ses peurs, surmonte ses doutes, et panse ses blessures, parce qu’elle sait de quoi elle est capable. Bossuet, l’Aigle de Meaux, avait tellement raison de dire : « un défaut qui empêche les hommes d’agir, c’est de ne pas sentir de quoi ils sont capables ».
Chacun en a conscience, nous approchons désormais à grands pas d’un moment de vérité où nous devons sentir de quoi nous sommes capables. Un moment de vérité pour la France et les Français qui savent bien qu’ils sont à un tournant de leur histoire, dans un monde traversé par des forces et des mutations gigantesques. Un moment de vérité pour les responsables politiques qui sollicitent vos suffrages pour conduire le pays et vous représenter dans ces temps sans ressemblance. Au fond, dans cette période cruciale entre toutes, la seule question est de savoir de quoi ils sont capables, quelles sont leurs convictions, en quoi leur projet –s’ils en ont un- est accordé aux défis que doit relever notre pays, en quoi il répond aux attentes de nos compatriotes.
Si je suis venu ici ce soir, c’est précisément pour vous dire ma part de vérité et le Président que je m’engage à être, si les Français choisissent de me faire confiance.
Je veux d’abord et par-dessus tout être le Président qui réhabilitera le travail. Le travail en tant que valeur. Le travail en tant que facteur d’émancipation et de solidarité. Le travail en tant que levier d’amélioration de sa condition et de promotion de sa famille.
Le travail c’est le moyen par lequel la France peut résoudre une grande partie de ses problèmes. La France travaille moins quand les autres travaillent plus. Il y a 10 ans, en 1997, la France était plus riche que la moyenne des Quinze pays de l’Union européenne d’alors. Aujourd’hui, elle est plus pauvre.
C’est en travaillant plus que la France résorbera ses déficits, paiera ses retraites, augmentera son pouvoir d’achat, viendra à bout de l’exclusion et de la précarité. Quand on taxe trop le travail, quand on impose les 35 h à tout le monde, quand le droit du travail est trop rigide, on décourage la France qui travaille.
J’appelle la gauche française à avancer sa montre de 150 ans, à réaliser que nous ne sommes plus sous Napoléon III, quand on travaillait 13 heures par jour et 6 jours sur 7 et que le chômage n’existait pas. Je lui demande de ne plus lire la société française du XXIème siècle avec les lunettes de Marx.
J’appelle la gauche française à tirer les leçons de ses erreurs qui ont déjà été chèrement payées par la France et les Français. Ceux qui ont connu la croissance en 1997 l’ont dilapidée. Que les mêmes, après cinq années d’opposition, n’aient pour seul projet que de généraliser les 35 heures à toutes les entreprises et à tous les salariés est proprement sidérant.
Je veux leur dire que le travail n’est pas un facteur d’aliénation. C’est au contraire une source de fierté, d’estime, d’épanouissement et d’autonomie. Travailler c’est aller vers l’autre, c’est agir pour autrui et pour la société. Travailler dans une société comme la France ce n’est pas seulement gagner de l’argent pour soi et sa famille. C’est aussi payer par ses cotisations les retraites des anciens et l’hôpital pour les malades. C’est payer par ses impôts l’éducation des jeunes, la sécurité de nos rues et la défense du pays. Dans une société solidaire comme la France, travailler c’est participer à la solidarité. Réduire le temps de travail c’est réduire la solidarité.
Je veux leur dire que personne ne peut prétendre relancer la croissance sans augmenter le travail. On n’augmente pas le travail quand on met les plus âgés en préretraite pour faire place aux jeunes. On n’augmente pas le travail quand on impose les 35 heures aux PME ! On renonce à l’idée même d’augmenter le travail quand on considère naïvement que la quantité de travail est fixée une fois pour toute. Je crois tout l’inverse : c’est le travail qui crée le travail.
Je propose que la croissance et l’augmentation du pouvoir d’achat soient la priorité de la politique économique.
Je propose de supprimer les charges et les impôts sur les heures supplémentaires pour que ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage soient encouragés à le faire.
Je propose d’alléger la fiscalité du travail en taxant la pollution et la consommation, les importations des pays qui pratiquent le dumping écologique et le dumping social.
Je propose que lorsque l’on a travaillé toute une vie, on puisse transmettre à ses enfants en franchise d’impôts sur les successions le fruit d’une vie de labeur. Si l’on croit au travail, si l’on croit à la famille, on ne peut plus accepter que le patrimoine soit une énième fois taxé et amputé au moment où il passe à la génération suivante. L’égalité des chances, c’est permettre à ceux qui n’ont pas de patrimoine d’en constituer un et de le léguer à leurs proches. Ce n’est pas détruire le patrimoine de ceux qui en ont déjà un. Cela, c’est l’égalitarisme et le nivellement par le bas. Ce ne sont pas les valeurs que je défends et ce n’est donc pas mon projet politique !
Réhabiliter le travail, c’est en finir avec les politiques d’assistanat généralisé, l’impunité des fraudeurs et le gaspillage des fonds publics. Quand l’assistanat paie plus que le travail, quand la fraude reste impunie, quand l’argent public est détourné ou gaspillé, on démoralise la France qui travaille.
La France qui travaille, c’est vous !
La France qui ne demande rien d’autre que de pouvoir vivre en travaillant et souvent en travaillant dur, c’est vous !
La France qui veut être respectée parce qu’elle paie pour tous les autres, c’est vous !
L’assistanat, c’est le contraire de l’émancipation. Et quand on peut vivre mieux sans travailler qu’en travaillant, l’assisté devient prisonnier de l’assistance parce qu’il se trouve dans la situation absurde où reprendre un emploi constituerait pour lui un appauvrissement.
Là aussi, la gauche n’a toujours rien compris. Elle persiste et elle signe. Le conseil régional socialiste d’Ile-de-France vient ainsi d’offrir la gratuité des transports en commun aux Rmistes. Cette bonne conscience ne veut pas voir qu’on enferme de la sorte encore un peu plus nos concitoyens dans l’assistance. Pensez donc, s’ils retrouvent un travail, ils perdront le bénéfice de la gratuité. C’est sans doute ce que les socialistes appellent encourager le travail. Si je ne travaille pas, c’est gratuit. Si je travaille, je paye. Bravo !
Mais moi je dis aux Rmistes de France :
Si je suis élu je vous donnerai le droit à la formation pour occuper un travail, parce que la seule façon de vivre debout est de vivre du fruit de son travail, pas de l’assistance.
Si je suis élu, je ferai en sorte qu’aucun revenu d’assistance ne soit supérieur au revenu du travail.
Si je suis élu, aucun revenu d’assistance ne sera versé sans que soit effectuée en contrepartie une activité d’intérêt général, fût-elle minime. Parce que c’est la seule manière pour que celui qui est en grande difficulté, pour que celui qui a subi un accident de la vie, garde à la fois l’estime de lui-même en se voyant reconnaître une utilité sociale et se réinsère dans la société au lieu de s’en trouver définitivement exclu.
Si je suis élu, j’investirai dans la création d’emplois les 5 milliards d’euros que la France consacre chaque année à écarter les seniors du marché du travail.
Si je suis élu, je bâtirai un service de l’emploi digne de ce nom, regroupant ANPE et UNEDIC, capable de proposer rapidement à tout chômeur un emploi correspondant à ses compétences, ou la formation qui lui permettra d’en trouver un.
Si je suis élu, je mettrai en place un nouveau contrat entre l’entreprise et les salariés : le contrat de travail unique à durée indéterminée. L’entreprise doit retrouver de la flexibilité et de la sécurité juridique : aujourd’hui l’embauche d’un salarié est un risque, elle doit devenir une opportunité. Le salarié doit être sécurisé : en cas de licenciement, il doit pouvoir préserver ses revenus pendant sa recherche d’emploi. Les pays qui autour de nous ont réduit le chômage sont ceux qui ont maintenu cet équilibre entre souplesse pour l’entreprise et sécurité du salarié.
Le plein emploi est possible. Je m'engage sur cet objectif. D’autres que nous y sont parvenus. Il n'y a aucune raison que la France n'y parvienne pas.
On ne respecte pas non plus la France qui travaille si l’on tolère la fraude, si l’on est indulgent avec les fraudeurs, si la fraude n’est jamais punie sous le prétexte que son montant n’est pas très élevé. Pourquoi alors l’honnête citoyen qui paie ce qu’il a à payer continuerait-il à le faire ? Comment le chef d’entreprise qui paie ses charges pourrait-il longtemps lutter contre la concurrence déloyale ?
Le problème de la fraude ce n’est pas d’abord une question de montant, c’est une question de principe. Car ce que l’on ne paie pas, ce sont les autres qui le paient.
Quand quelqu’un ne paie pas son ticket de métro, ce sont les autres usagers qui le paient.
Quand quelqu’un fraude la sécurité sociale, ce sont les autres assurés sociaux qui paient pour lui.
Quand quelqu’un fraude le fisc, ce sont les autres contribuables qui paient l’impôt à sa place.
La fraude c’est toujours un impôt que les fraudeurs perçoivent sur les honnêtes gens et sur les travailleurs.
Je veux être le président qui n’aura aucune indulgence envers les fraudeurs. Je veux être le président qui mettra tout en œuvre pour combattre la fraude et punir les fraudeurs quels qu’ils soient.
Mais il n’y a pas que la fraude qui soit immorale. Il y a aussi le gaspillage de l’argent public.
En gaspillant l’argent public on gaspille la peine du travailleur.
En gaspillant l’argent public, on se moque du mal que se donnent les travailleurs pour le gagner.
L’argent qu’on lui prélève, le travailleur l’a gagné avec sa fatigue. L’argent public, c’est l’argent des Français. Cet argent, moralement, on n’a pas le droit de le gaspiller parce qu’il a été durement gagné. Cet argent il faut le respecter, il ne faut le dépenser que pour ce qui est utile. Cet argent c’est celui de la solidarité, du service public, de la sécurité, de la santé, de l’éducation, de la recherche… On n’a pas le droit d’en gaspiller un euro, d’en détourner un euro.
Il faut avoir le courage de remettre en cause les dépenses inutiles. Il faut avoir le courage de revenir sur les dépenses du passé pour pouvoir financer les dépenses d’avenir.
Il faut avoir le courage d’investir pour les générations futures au lieu de leur laisser la facture de ce que nous consommons. Il faut avoir le courage de mettre un terme au déficit permanent des dépenses de fonctionnement. Il faut avoir le courage de passer vraiment de la logique des moyens à celle des résultats.
Il faut avoir le courage de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Ce n’est pas une question d’idéologie. C’est du simple bon sens quand on sait que les dépenses de personnel représentent près de 50% du budget de l’Etat. Quand on sait que la réalisation de cet objectif ramènera les effectifs de la fonction publique à leur niveau de 1992. Quand on sait que ce sont plus d’un million d’emplois publics qui auront été créés depuis 25 ans, y compris au sein de l’Etat, sur des compétences pourtant transférées aux collectivités locales. C’est de surcroît le seul moyen de revaloriser le travail des fonctionnaires à qui je veux aussi permettre de travailler plus pour gagner davantage. Je leur rendrai une parte des gains de productivité dégagés par la réduction des effectifs. Je m’y engage.
Revaloriser le travail et l’effort, cela n’est pas compatible non plus avec les dérives actuelles du capitalisme financier.
Je veux moraliser le capitalisme.
Je veux faire prévaloir la logique de la production sur celle de la rente et de la spéculation.
Là encore, que les choses soient claires. Je me bats pour la liberté et le capitalisme. Mais je n’accepte pas que ceux qui ont conduit leur entreprise dans le mur partent avec un golden parachute et des indemnités scandaleuses.
Quand on travaille plus et que l’on prend plus de risques, quand on investit son patrimoine personnel dans son entreprise et qu’on réussit à le faire fructifier, il est normal que l’on soit récompensé et que l’on conserve le bénéfice de sa réussite. Mais quand on a un golden parachute, quand on ne met pas en jeu son patrimoine, il n’y a pas de risque, il n’y a donc pas de raison d’avoir une grosse rémunération. Je crois en la responsabilité, je crois au mérite. La martingale à tous les coups, que l’on gagne ou que l’on perde, que l’on réussisse ou que l’on échoue, cela ne fait pas partie de mon projet de société !
De même que je n’accepte pas que dans une entreprise l’on puisse réserver des plans de stock-options pour quelques-uns, et ignorer l’immense majorité des salariés qui tous concourent à la production de richesses de l’entreprise.
Je n’hésiterai pas à réguler par la loi ces pratiques et ces comportements qui ne font pas honneur au capitalisme et qui ne rendent pas justice au travail des salariés.
Je veux être le Président qui remettra d’aplomb l’école de la République. Une école de l’excellence pour tous. Une école du respect et de l’autorité. Une école de la citoyenneté.
Le projet éducatif c’est ce par quoi commence toute politique de civilisation. C’est ce par quoi, surtout dans la période où nous sommes, devrait commencer tout projet politique.
Le problème n’est pas technique ou financier, il est intellectuel et il est moral. L’origine de nos difficultés vient de ce que nos politiques éducatives ont cessé de faire référence à une idée de l’homme, héritée de l’humanisme des Lumières et qui était le fondement des valeurs de la République.
Partout l’idéologie de 68 a imposé le relativisme intellectuel et moral. Tout se valait : plus de hiérarchie des valeurs, plus de hiérarchie des savoirs, plus de hiérarchie des œuvres. Le dessin de l’enfant vaut celui de Michel-Ange et l’on demande à l’élève d’imaginer une autre fin au Cid, l’élève pouvant légitimement se prendre pour le rival de Corneille.
Avec l’école qui tourne le dos à l’exigence et à l’excellence, tout se passe ailleurs. C’est alors l’origine qui prime. L’inégalité sociale n’est plus corrigée par l’école.
Quand l’école ne sélectionne plus par l’exigence et par l’excellence, elle sélectionne par la capacité des parents à compenser la défaillance de l’école. Je dénonce cette injustice !
Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette situation. C’est admirable qu’il se trouve encore tant enseignants pour faire plus que ce qu’on leur demande dans un système qui ne valorise en rien le mérite et la prise d’initiative.
Je n’accepte pas que l’on fasse des enseignants les boucs émissaires d’un désastre dont la politique est seule responsable.
C’est la politique qui a fait et défait l’école de la République.
C’est la politique qui peut la refaire.
Notre école doit redevenir le creuset d’une culture commune.
Nos enfants vivent avec Internet. Pour que ce soit pour eux un instrument d’émancipation et non d’aliénation, pour qu’ils ne se laissent pas manipuler, pour qu’ils ne soient pas à la merci de tous les prédateurs et de toutes les manipulations, il leur faut davantage de force intellectuelle et morale et non pas moins, davantage de culture et davantage d’école. C’est l’ignorance qui asservit, c’est la culture qui libère et qui protège.
Nous devons reconstruire une école de la transmission. Nous devons reconstruire une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la classe. Nous devons, cher David Douillet, reconstruire une école où le sport soit considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres.
Et si je propose de créer le service civique, c’est parce que je pense que celui qui ignore la valeur de l’engagement est moins riche que celui qui la connaît.
Si l’on n’apprend pas aux jeunes que réussir sa vie, ce n’est pas seulement réussir ses études, avoir un bon métier et une belle voiture, mais c’est aussi se donner aux autres, sortir de la prison dorée de l’individualisme, s’engager pour des causes universelles, lutter contre l’injustice, essayer de rendre un peu meilleur le monde autour de soi, alors beaucoup de nos jeunes n’auront pas une vie aussi pleine qu’elle pourrait l’être.
Il faut refaire de l’école une école du respect.
L’école du respect, c’est une école qui revalorise la condition des enseignants. On ne peut pas prétendre vouloir donner la priorité à l’éducation et au savoir si on laisse nos enseignants dans la situation qui est la leur.
L’école du respect, c’est aussi une école où les enfants valides sont scolarisés avec les enfants handicapés. La moitié des enfants handicapés n’ont pas accès à la même école que les autres enfants. Dans ce pays qui a inventé, il y a plus d’un siècle, l’école gratuite et obligatoire pour tous, comment pouvons-nous accepter une telle injustice ? Je rendrai opposable devant les tribunaux le droit des enfants handicapés d’être scolarisés dans l’école de leur quartier.
Je veux enfin une école où les familles ont des devoirs, mais aussi des droits.
Je protégerai le droit des enseignants à être respectés par les parents d’élèves. Répondre aux convocations des enseignants et des responsables d’établissement est un devoir pour les parents. Assumer sa mission éducative également. Je veux aider les parents qui ont des difficultés à exercer leur rôle éducatif, mais je mettrai aussi sous tutelle les allocations familiales de ceux qui y ont renoncé.
Pour autant, les parents d’élèves n’en ont pas moins de droits sur l’école de leurs enfants. Le droit de connaître les performances de l’établissement et celles de votre enfant dans la classe. Le droit d’être immédiatement informés que son enfant décroche, et non pas à la fin du trimestre. Le droit d’être reçus par les enseignants et le chef d’établissement quand ils le demandent. Le droit de retirer leur enfant d’une école dont le niveau ne permet pas de lui garantir un avenir.
C’est pour cela que je veux supprimer la carte scolaire parce que choisir l’école de ses enfants est à mes yeux une liberté fondamentale.
Je veux être le Président qui garantira la sécurité des Français, avec fermeté et justice. Fermeté avec les criminels, les délinquants et tous ceux qui enfreignent les lois. Fermeté avec les mineurs délinquants et les récidivistes. Justice pour tous ceux qui veulent s’en sortir et vivre honnêtement du fruit de leur travail.
Bien sûr, tous les hommes ont des droits, quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait. Mais je n’admets pas qu’on me dise qu’il n’existe pas de différence entre celui qui frappe, qui viole ou qui tue et celui ou celle qui est frappé, violé ou tué. Je veux être le Président qui entre le délinquant et la victime, entre le délinquant et la loi, sera toujours du côté de la victime et de la loi.
La gauche porte une terrible responsabilité : celle d’avoir encouragé le renversement des valeurs et abusé de la culture de l’excuse systématique. Cela, j’ose le redire, c’est avoir perdu le sens moral.
Les lois de la République sont sans doute faites pour que les criminels, même les plus ignobles, même les plus monstrueux, puissent se défendre des actes que la société leur reproche. Mais la justice n’est pas faite pour protéger les délinquants. Elle est faite pour protéger les faibles des forts, et les innocents des coupables.
L’actualité nous offre malheureusement presque chaque jour son lot d’injustice. Pensez à Pierre Bodein, dit Pierrot le Fou, qui est jugé en ce moment pour des crimes atroces et barbares, commis alors qu’il bénéficiait d’une liberté conditionnelle.
Ce n’est pas être juste que d’avoir remis en liberté aussi vite un monstre comme Pierre Bodein. Ce n’est pas être juste que de lui avoir offert autant de réductions de peine, parce qu’il se tenait tranquille en prison. Ce n’est pas être juste que de n’avoir pas voulu tirer toutes les conséquences de son état de dangerosité.
Et ce n’est insulter personne que dire cela. Cette justice là n’est pas la justice que je souhaite pour mon pays.
Je veux être le Président d’une justice qui ne tolèrera plus que les personnes condamnées à 20 ans de réclusion criminelle, comme Pierre Bodein en 1996, n’effectuent même pas la moitié de leur peine. Si Pierre Bodein avait fait ses 20 ans de prison, la petite Jeanne-Marie, la petite Julie et la petite Hedwige seraient encore en vie.
Je veux être le Président d’une justice qui condamnera plus durement les récidivistes que les primo-délinquants. Je veux être le Président d’une justice qui acceptera enfin de tirer toutes les conséquences de l’état de dangerosité des criminels. On invoque bien le principe de précaution pour l’environnement ou la santé. Je propose que les juges, avant de décider de remettre un criminel dangereux en liberté, appliquent ce même principe. Au nom de quoi notre justice ne reconnaîtrait-elle pas le principe de précaution pénale ? Au nom de quoi faudrait-il s’interdire d’ouvrir ce débat, alors que des vies sont en jeu ?
Je pense que même lorsque des criminels dangereux ont purgé leur peine, la loi doit pouvoir offrir aux juges la possibilité de les placer dans des centres spécialisés fermés pour qu’ils soient soignés. La plupart des autres grandes démocraties font cela. Pourquoi faudrait-il que la vie des Français soit moins bien protégée que celles des autres ?
Je veux être le Président qui donnera aux Français le droit réel à la sécurité, qui est le premier de tous les droits de l’homme. Parce que sans la certitude que sa vie ou son intégrité physique ne sera pas menacée, il ne peut y avoir d’autres droits ni libertés. Pour cela, je veux pour les multirécidivistes, pour les délinquants les plus violents, même lorsqu’ils sont mineurs et qu’ils ont plus de 16 ans, des peines planchers. Je veux que les mineurs de 16 à 18 ans puissent être jugés comme des majeurs.
Je veux dire à ces mères de famille, à ces personnes âgées, qui redoutent les rues de leur propre quartier la nuit tombée, que l’ordre républicain vaut partout en France et à toute heure, que je veux une police qui les protège partout, à tout moment, de la loi des bandes.
La fermeté n’est pas un gros mot. L’autorité n’est pas une obscénité. Elles sont l’une et l’autre nécessaires, à condition qu’elles soient justes. Parce que la fermeté sans la justice, n’est que de la violence. Parce que la justice sans la fermeté est impuissante.
Etre juste, c’est savoir tendre généreusement la main et aider ceux qui font tout pour s’en sortir.
Je veux dire à ce jeune issu de l’immigration, qui subit les quolibets dans son quartier parce qu’il travaille à l’école, parce qu’il veut faire des études, que jamais notre pays ne doit plus répondre à son courage par la lâcheté des discriminations.
Je veux dire à ces cités qui ont poussé autour de nos villes à l’époque où la France manquait de bras que leur problème est qu’aujourd’hui elle manque de travail. Il n’y aura pas de solution durable aux difficultés de nos quartiers sans création d’emplois et sans croissance. La politique de la ville ne doit plus être l’autre nom de l’assistanat. Que doivent penser ceux qui se lèvent à 5 heures du matin pour prendre un bus et aller travailler quand leurs impôts financent les vacances et la carte orange de ceux qui ne travaillent pas ?
Cher Yves Jégo, je ne veux plus une politique de la ville, je veux un plan Marshall pour les banlieues. Un plan Marshall qui s’adresse à tous ceux qui veulent créer de la richesse et des emplois, à tous ceux qui veulent bénéficier d’une formation pour trouver du travail. Parce que le plan Marshall que je propose ne concernera pas seulement les immeubles et les murs, mais aussi et surtout les hommes et les femmes de bonne volonté.
Je veux un plan Marshall pour recoudre nos villes déchirées par des rocades, des terrains vagues, des transports en commun rares et éloignés. Clichy-sous-Bois est à une heure trente de Paris, comme Dijon. Mais les rues commerçantes, les cinémas, les théâtres, les bons lycées de Dijon sont à Dijon. Ceux de Clichy-sous-Bois sont à Paris. Je ferai du désenclavement des quartiers une priorité de la politique des transports et de la politique d’aménagement du territoire de notre pays.
Nous pouvons sortir de cette situation si nous sortons de la pensée unique. Nous pouvons comprendre que pour donner les mêmes chances à tout le monde il ne faut pas traiter tout le monde de la même façon. S’il y a bien une partie des Français qui devraient croire que leurs enfants auront une vie meilleure que la leur, ce sont les Français d’origine immigrée. Je veux leur rendre cet espoir.
Je veux être le Président qui réconciliera la France avec son identité nationale. Une identité fondée sur les règles et les valeurs de la République. Une identité pleinement assumée qui favorisera l’intégration des personnes issues de l’immigration. Une identité que nous pourrons revendiquer avec fierté.
Si je devais résumer en une phrase le but de mon projet politique, si je devais dire en une phrase pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle je dirais : « pour rendre à chaque Français, quelle que soient ses origines, quel que soit le quartier où il habite, où qu’il se trouve dans le monde, la fierté d’être Français ! ».
La France, c’est notre pays. Nous n’en avons pas d’autre.
Le mépriser serait nous mépriser nous-mêmes.
Le haïr serait nous haïr nous-mêmes.
La fierté d’être Français, c’est ce qui nous unit par-delà nos différences. Voilà pourquoi il faut être fier d’être Français.
La fierté d’être Français, c’est ce que nous voulons partager avec ceux qui veulent devenir Français.
J’ai voulu parler de la France parce que depuis trop longtemps elle est dénigrée et je n’accepte pas que l’on dénigre notre pays.
Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires, qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines, qui est un obstacle à l’intégration, parce qu’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester.
Je veux parler de la France parce que derrière toutes nos crises, derrière toutes les difficultés dans lesquelles se débattent un si grand nombre de Français, derrière toutes les peurs, toutes les angoisses, c’est une seule et même question qui se trouve posée : celle de notre conception de la nation.
Qu’est-ce que veut dire la France ?
Que signifie le fait d’être Français ?
La France, ce n’est pas une race, ce n’est pas une ethnie.
La France, ce n’est pas le droit du sang.
La France, c’est une volonté de vivre ensemble, en partageant les mêmes valeurs.
La France incarne la persistance de cette volonté collective qui seule peut opposer à la mondialisation des marchés un projet de civilisation.
La France, c’est la certitude pour chaque Français qu’il n’est pas seul pour affronter les grands bouleversements qui sont en train de changer le monde, face aux spéculateurs et aux prédateurs du monde entier, face à tous les dumpings écologiques, sociaux monétaires.
La France c’est la certitude pour chaque Français qu’il n’est pas seul au monde, qu’il n’est pas condamné à se battre tout seul, à s’en sortir tout seul.
La France c’est le nom, c’est le mot, c’est l’idée qui donne un sens à cet autre mot si important à mes yeux qui est le mot « ensemble ». Ensemble, c’est toute la France, c’est tous les Français, unis, rassemblés, mobilisés autour d’un projet, d’un idéal.
Je crois à l’identité de la France qui est faite de principes et de valeurs qui se sont forgés au cours d’une très longue histoire. Ces valeurs sont universelles, elles expriment une grande idée de l’homme et ne sont pas négociables.
La liberté de conscience n’est pas négociable. La laïcité n’est pas négociable. L’égalité de l’homme et de la femme n’est pas négociable. Les droits de l’Homme ne sont pas négociables. Il n’y a pas de place en France pour la polygamie, pour l’excision, pour les mariages forcés, pour le voile à l’école, pour la haine de la France.
À ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu’une chose : qu’ils admettent que la France ne commence pas avec eux, mais qu’elle a commencé, il y a bien longtemps et qu’elle veut seulement qu’on l’aime, qu’on respecte ses valeurs, qu’on prenne en partage son histoire et qu’on se sente partie prenante de sa destinée.
Je crois qu’au cœur de l’identité de la France, il y a la langue française et que pour ceux qui veulent vivre en France, la maîtrise de la langue française est une exigence qui n’est pas négociable.
Je souhaite que le droit au regroupement familial soit subordonné au fait d’avoir un logement pour faire venir sa famille. Je souhaite que pour faire venir sa famille, on ait des revenus de son travail et pas seulement des allocations familiales.
Si nous n’expliquons pas ce qu’est l’identité nationale, ce qu’est la communauté nationale, chacun se tournera alors vers sa communauté d’origine.
On n’est pas Français seulement par ses racines et par ses ancêtres. On est Français par son âme, par son esprit et par ses sentiments.
Être Français, ce n’est pas seulement un statut juridique. Ce n’est pas seulement un bulletin de naissance. Ce n’est pas seulement un passeport.
On est Français parce que l’on veut l’être, parce que l’on se sent Français, parce que la France on l’aime, on la respecte, on en est fier. Parce que l’on se sent envers elle des devoirs, parce que l’on éprouve envers elle une gratitude, une reconnaissance.
La France m’a tout donné et c’est pour cela que je veux tout lui donner à mon tour.
Oui je veux rendre à chaque Français la fierté d’être Français. Voilà le sens de mon projet !
La fierté d’être Français, comment pourrions nous l’éprouver, si nous continuons à endurer le chômage de masse, l’exclusion, la précarité ?
Comment pourrions-nous éprouver la fierté d’être français si les Français qui n’arrivent pas à se loger décemment avec les revenus de leur travail, sont de plus en plus nombreux, si de plus en plus de jeunes français sont condamnés à ne plus trouver de travail, si nous continuons de reculer partout si les diplômes de nos universités ont de moins en moins de valeur dans le monde entier, si pour le monde entier la France est un pays où l’on ne peut pas entreprendre, où l’on empêche ceux qui veulent travailler de travailler, un pays continuellement paralysé par les grèves du service public.
Comment pourrions-nous éprouver la fierté d’être Français si, cher Christian Jacob, nous renonçons à notre agriculture, à notre artisanat, à notre industrie, à nos usines, qui au-delà de leur apport à l’économie et à l’emploi, sont les dépositaires inestimables d’un patrimoine culturel et d’un art de vivre à nuls autres pareils. Je crois à l’avenir de l’artisanat. Je crois à l’avenir de l’agriculture. Je crois à l’avenir de l’industrie. Ce serait une erreur grave doublée d’une faute de ne plus miser sur le développement de ces trois piliers de notre patrimoine national. Je vous le dis très clairement : je ne serai pas celui qui commettra cette erreur et qui s’en remettra uniquement à la nouvelle économie et aux nouvelles technologies.
Je veux être le Président qui permettra le changement que les Français attendent depuis si longtemps. Le changement pour en finir avec la fatalité de la pensée unique. Le changement pour en finir avec la fatalité de l’impuissance publique. Le changement pour en finir avec la fatalité du non respect des engagements politiques.
Je récuse l’idée que pour rassembler les Français, il faudrait mettre tout le monde d’accord en ne disant plus rien, en ne proposant plus rien, en ne voulant plus rien.
Vous en avez assez de la pensée unique et du politiquement correct. Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme. Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme. Vous en avez assez que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen. Vous en avez assez que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme. Vous en avez aussi que l’on ne puisse pas ouvrir le débat de la part de l’inné et de l’acquis dans le développement de certaines pathologies et troubles du comportement sans être aussitôt taxé d’eugénisme. .
Vous en avez assez et je vous comprends.
Je veux en finir avec cette pensée unique qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
A force de ne plus rien oser dire, à force de ne plus rien oser imaginer, à force de ne plus rien vouloir, la politique a fini par fabriquer sa propre impuissance.
Le résultat, c’est une République qui s’effrite, une démocratie qui s’abîme, des citoyens qui désespèrent et perdent confiance.
Quel est le drame de la politique française ? C’est la déconnexion entre ce que nous disons pendant la campagne et ce que nous faisons après les élections. Comme Tocqueville, « je redoute bien moins l’audace pour les sociétés démocratiques, que la médiocrité des désirs et des ambitions ».
Moi, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous trahirai pas. Tout ce que j’ai dit avant je le ferai après. Et tout ce que je ferai après, je l’aurai dit avant.
Pendant ces derniers jours où tant de candidats croient que tous les moyens sont bons, que l’on peut mentir, insulter, dénigrer sans retenue,
Pendant ces derniers jours où tant de candidats en panne d’idées, de convictions et de projets pensent préférable de chercher à salir plutôt qu’à construire, pendant ces derniers jours où tant de candidats instruisent à mon encontre les procès d’intention les plus énormes et les plus absurdes,
Eh bien moi, je suis bien décidé à ne pas aller sur ce terrain, à ne pas m’abaisser à faire la même chose et à rester digne pour plusieurs s’il le faut.
Franchement, en cette fin de campagne, c’est à croire que si je n’existais pas, certains devraient m’inventer pour avoir encore quelque chose à dire.
Ce n’est pas ma conception de la politique.
La politique, c’est la confrontation des idées et des convictions.
La politique, c’est vouloir quelque chose pour son pays, c’est dire ce que l’on veut pour lui et le faire si l’on est élu.
Je ne serai pas enfin celui qui vous dira que c’est en dépouillant et en abaissant l’Etat que l’on relèvera la France. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la solution à toutes nos difficultés est dans le démantèlement de l’Etat et la régionalisation systématique.
Mais la France, pour être forte, a besoin d’un Etat fort. La France est faible parce que l’Etat est faible.
Il est faible parce qu’il est étouffé par son endettement et par sa bureaucratie.
Il est faible parce qu’il se charge de trop de missions qu’il n’a pas les moyens d’accomplir.
Il est faible parce qu’il est miné par des corporatismes, paralysé par les conservatismes, engoncé dans la lourdeur de ses procédures, ankylosé par son hypertrophie et la prolifération de ses structures.
Il est faible parce que depuis trop longtemps, nous, les politiques, laissons gouverner à notre place. Et ce n’est pas la faute des fonctionnaires, si le pouvoir politique n’est plus assez assumé.
Je veux un Etat respecté.
Je veux un Etat que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
Je veux un Etat qui cesse d’être au service de lui-même pour se remettre au service de tous.
Je veux un Etat impartial et une République irréprochable. Si je suis élu, je soumettrai les nominations les plus importantes au contrôle du Parlement parce que ma conception est que l’on nomme les gens pour leur compétence et pas pour la connivence.
Je veux un Etat qui respecte les citoyens et qui assure la continuité du service public. Si je suis élu, je ferai voter une loi sur le service minimum car il n’y a aucune raison pour que vous soyez pris en otage de conflits qui ne vous concernent pas.
Je veux un Etat dans lequel chaque gestionnaire public, chaque ministre, chaque fonctionnaire soit jugé sur ses résultats.
Mes Chers Amis,
Nous avons dix jours pour parler aux Français, pour leur expliquer, les convaincre et pour mobiliser.
Nous avons dix jours pour faire en sorte que ce choix, pour une fois, soit un vrai choix. Je ne veux pas que l’on vote contre mais pour.
Ces dix jours, je veux qu’ils soient vécus avec un devoir absolu de sincérité et de clarté. Cette sincérité et cette clarté seront ma ligne de conduite jusqu’au bout. Je n’en dévierai pas. Je dirai ce que je pense. Je dirai ce que je crois.
Je veux convaincre les Français qu’une politique autre que celle du renoncement est possible.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore collectivement la force de vouloir quelque chose, la force de penser librement, d’imaginer librement notre avenir et pour cela de dire non à la pensée unique et au politiquement correct qui depuis 25 ans étouffent le débat public.
Je revendique pour vous et pour moi le droit de parler librement, d’agir librement, de penser librement. Nous pouvons agir, nous pouvons parler, nous pouvons penser autrement, si nous le voulons, si nous le décidons. Et c’est bien de cela qu’il s’agit le 22 avril et le 6 mai.
Mes chers Amis,
Ce combat, ne vous trompez pas, ce n’est pas le mien, c’est le nôtre.
Si vous considérez que c’est votre combat, que ces dix jours qui restent jusqu’au premier tour, c’est votre affaire et pas simplement la mienne, alors, je vous le dis, ensemble, tout sera vraiment possible.
Ensemble, nous pouvons faire une politique qui agit au lieu d’être condamnés à une politique qui subit. Ensemble, nous pouvons accomplir d’aussi grandes choses que les générations qui nous ont précédés ont accomplies.
Mes chers amis, il reste quelques jours, saisissez cette chance pour penser, parler et réfléchir librement. En mettant par-dessus toute autre considération la France et son avenir car ce sera le vôtre et celui de vos enfants.
Vive la République ! Vive la France !
13 avril 2007
Discours
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Nicolas Sarkozy à Tours
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Tours - Mardi 10 avril 2007
Mes chers amis,
Je salue la Touraine, terre de la douceur de vivre où ont été écrites tant de pages de l’histoire de France.
Je salue la Touraine et ses enfants qui sont morts pour la France.
Je salue la Touraine où les murs des vieux châteaux ont vu passer Balzac avec la Comédie Humaine et Rabelais tenant Gargantua par la main au milieu de la foule des saints, des rois et des poètes.
Je salue la Touraine, qui fut tout ce qui resta vivant de la France quand Charles VI et Isabeau de Bavière eurent signé le honteux traité de Troyes.
Je salue la Touraine où la France a pris le visage mystérieux de Jeanne dont nous ne savons avec certitude qu’une seule chose, c’est qu’il fut le plus doux et le plus beau visage que la France ait jamais eu.
Je n’oublie pas que c’est à Tours que la République, comme jadis le Roi de France, trouva d’abord refuge en 1870 quand Paris fut assiégé.
Je n’oublie pas que c’est à Tours que le 13 juin 1940 au milieu de la débâcle se joua entre Reynaud, Churchill, Pétain et De Gaulle le premier acte de la tragédie qui allait conduire la France à demander l’armistice et l’Angleterre à continuer seule la guerre.
Je n’oublie pas les morts de Maillé, victimes comme ceux d’Oradour de la terreur SS. Je veux que nul n’oublie jamais qu’ici un grand crime fut commis qui n’avait rien à voir avec la guerre. Je veux que la mémoire de ce drame demeure vivante pour que nul n’oublie jamais que le mal est dans l’homme et qu’il ne faut jamais cesser de le combattre. Pour que nul n’oublie que c’est pour que cela ne se reproduise plus jamais que nous avons voulu faire l’Europe.
Je salue la Touraine qui se souvient de son histoire mais qui regarde vers l’avenir.
Ce soir la Touraine est là, rassemblée, ardente, décidée.
Ce soir vous êtes la Touraine et vous êtes la France, car la France est là où sont ceux qui espèrent en elle.
Je veux vous dire merci, merci du fond du cœur. Parce que sans votre énergie, sans votre enthousiasme, sans votre confiance je ne peux rien. Avec vous je sais que tout est possible.
Je veux vous dire qu’il reste moins de deux semaines avant le premier tour. Mais que la campagne n’est pas finie. Que rien n’est joué, que rien n’est décidé. Je veux vous dire que tout se jouera, que tout se décidera le 22 avril. Que ce ne sont pas les sondages, que ce ne sont pas les médias qui choisiront les deux candidats du second tour. Ce sont les Français qui choisiront. Ils ne se laisseront pas voler leur vote, ils ne se laisseront pas influencer, ils ne se laisseront pas manipuler. Ils choisiront en leur âme et conscience.
Nous avons encore dix jours pour leur parler, pour leur expliquer, pour les convaincre, pour les mobiliser.
Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que ce choix soit un vrai choix.
Nous avons encore dix jours pour montrer les véritables enjeux de cette élection.
Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que ce grand rendez-vous de la France avec elle-même qu’est l’élection présidentielle ne soit pas une fois encore un rendez-vous manqué comme ce fut si souvent le cas dans le passé.
Nous avons encore dix jours pour faire en sorte que le résultat soit délivré de cette ambiguïté qui depuis trop longtemps donne aux Français le sentiment qu’on veut leur imposer après l’élection des politiques qu’ils n’ont pas choisies.
Pendant le temps qui reste, nous avons un devoir absolu de sincérité et de clarté. Cette sincérité, cette clarté, elles seront ma ligne de conduite jusqu’au bout. Je n’en dévierai pas. Je dirai ce que je pense. Je dirai ce que je crois. Je dirai ce que je veux.
Parce que c’est un devoir vis-à-vis de la France qui ne peut plus attendre, qui n’a plus les moyens de différer ses choix, d’hésiter.
Parce que c’est un devoir vis-à-vis des Français qui ont le droit de pouvoir choisir en toute connaissance de cause.
Parce que c’est pour chacun d’entre nous un devoir de citoyen de ne pas laisser la porte ouverte à des comportements qui ne sont pas dignes, qui abaissent la démocratie et la République.
Pendant ces derniers jours où tant de candidats croient que tout est permis, que tous les moyens sont bons, que l’on peut mentir, que l’on peut insulter, que l’on peut se livrer à la pire des démagogies, je resterai digne pour deux, ou pour trois, ou pour quatre s’il le faut. J’entends bien les mensonges et les insultes que l’on profère à mon égard. Je comprends bien la stratégie qui consiste à salir l’adversaire que l’on n’arrive pas à combattre sur le terrain des idées parce que soi-même on n’a aucune idée, aucune conviction.
Mais je ne m’abaisserai pas à faire la même chose. Je n’irai pas sur ce terrain.
Ce n’est pas ma conception de la fonction présidentielle.
Ce n’est pas ma conception de la politique.
La politique pour moi c’est la confrontation des idées et des convictions.
La politique pour moi c’est vouloir quelque chose pour son pays, c’est dire ce que l’on veut pour lui et le faire si l’on est élu.
Je crois que le débat d’idées peut être vif, passionné, qu’il est nécessaire, qu’il est salutaire. Mais je récuse l’injure, l’insinuation de caractère personnel. Je veux m’opposer à mes contradicteurs mais je veux les respecter comme je voudrais qu’ils me respectent aussi.
Est-ce trop demander ?
Est-ce trop demander que le débat reste sur le terrain des idées et n’aille pas s’égarer sur celui des attaques personnelles et des coups bas ?
A voir la tournure que prend cette fin de campagne, je crains en effet que ce soit trop demander.
Moi c’est aux Français que je veux parler.
Ce sont les Français que je veux convaincre.
J’ai besoin de vous.
J’ai besoin de vous pour que surgisse des tréfonds de notre pays ce grand mouvement populaire qui exprimera, loin des ambitions dévorantes qui suscitent tant de petitesses et de bassesses, l’ardeur d’une France qui ne veut pas mourir, qui ne veut pas s’effacer mais qui veut vivre, qui veut se relever, qui veut espérer.
Je rêve d’une France qui se lève tout entière pour dire « non » au renoncement, « non » à la fatalité, « non » au déclin.
Je rêve d’une France qui se lève tout entière pour dire « non » à tous ceux qui dans les cercles du pouvoir politique, administratif, économique, culturel, syndical sont convaincus que la France ne signifie plus rien, qu’elle est un vestige du passé, qu’elle a si peu d’existence qu’elle n’a même plus d’identité et qui considèrent qu’ils ne lui doivent plus rien.
Je rêve d’une France qui se lève tout entière pour dire « non » à ceux qui n’envisagent pour elle qu’un destin médiocre et un rôle subalterne.
Je rêve d’une France qui se lève tout entière pour dire « non » parce qu’elle croit encore en elle, parce qu’elle croit encore qu’elle peut agir, qu’elle peut créer, qu’elle peut être grande et qu’elle n’est pas condamnée à subir.
Ce rêve je sais qu’il est aussi le vôtre. Ce rêve je voudrais que nous le fassions partager à tous les Français quelles que soient leurs origines, leurs croyances, leur parti.
Ce rêve, je voudrais le faire partager à tous ceux qui aiment la France et qui pensent que c’est le bien le plus précieux qu’ils ont à transmettre à leurs enfants.
Il nous reste dix jours. Dix jours pour faire partager ce rêve. Dix jours pour que ce rêve renverse tous les conservatismes, tous les préjugés, toutes les hésitations. Dix jours pour que ce rêve vienne à bout de toutes les angoisses, de toutes les peurs.
Dix jours pour rendre ce rêve plus fort que les calomnies, plus fort que les mensonges.
Napoléon faisait ses plans de bataille avec les songes de ses soldats endormis.
Et le Général De Gaulle fut le plus grand des Français parce qu’il fut le seul qui pendant quatre ans en avait « maintenu l’honneur comme un invincible songe ».
Les hommes comme les peuples sont grands quand ils ont de grands rêves et qu’ils se laissent porter par eux.
Lorsque de nouveau les Français rêveront pour la France d’une destinée exceptionnelle, la France retrouvera sa grandeur.
Lorsque de nouveau les Français se sentiront portés par un grand rêve français dans lequel ils se reconnaîtront, dans lequel chacun aura le sentiment d’avoir sa part, ils cesseront d’être les spectateurs désabusés de leur propre histoire pour en redevenir les acteurs.
Lorsque l’enfant de la banlieue déshéritée et celui des beaux quartiers, lorsque le fils de l’ouvrier et le fils du paysan, lorsque le fils de l’immigré, le petit-fils du rapatrié, le petit-fils du harki, lorsque les enfants, qu’ils portent des noms venus d’Afrique du Nord, des noms espagnols, italiens, polonais ou des vieux noms français feront les mêmes rêves et se sentiront la même capacité à les réaliser, la France redeviendra plus forte et chacun d’entre nous le redeviendra aussi. Parce que la France est forte lorsqu’elle est rassemblée. Parce que la France est forte lorsqu’elle est unie. Parce que lorsque la France est désunie, lorsque la France est divisée, c’est chaque Français qui se trouve affaibli.
La France c’est le nom de notre destin commun.
La France c’est une solidarité.
La France c’est une identité.
La France c’est une culture.
La France c’est un projet collectif, c’est la volonté de vivre ensemble et de construire ensemble.
La France ce n’est pas une juxtaposition d’intérêts particuliers. La France c’est un bien commun, c’est l’héritage de tous et c’est l’avenir de chacun.
La France c’est le sentiment pour chaque Français qu’il n’est pas seul au monde, qu’il n’est pas seul pour faire face aux accidents de la vie, qu’il n’est pas seul face à la mondialisation, qu’il n’est pas seul pour se protéger et pour agir.
La France c’est le pays qui le premier a proclamé que c’était le bonheur et non la volonté de puissance qui devait être la fin de toute politique.
La France c’est le pays qui s’est le plus battu pour la liberté.
C’est le pays qui a enseigné aux hommes l’égalité des droits.
C’est le pays qui en hissant la fraternité au même niveau que la liberté et l’égalité a dit à tous les hommes comme Antigone : « Je suis née pour partager l’amour, non pour partager la haine ».
La France c’est notre pays. Nous n’en avons pas d’autre.
Le mépriser ce serait nous mépriser nous-mêmes.
Le haïr ce serait nous haïr nous-mêmes.
La fierté d’être Français c’est ce qui nous unit par-delà nos différences.
La fierté d’être Français c’est ce que nous voulons partager avec ceux qui veulent devenir Français.
Certains trouvent que l’on parle trop de la France dans cette campagne.
Mais de quoi parle-t-on dans une campagne présidentielle si l’on ne parle pas de la France ?
J’ai voulu remettre la France au cœur du débat. J’ai voulu parler de l’identité nationale, j’ai voulu parler de la nation, j’ai voulu parler de la République, j’ai voulu parler de l’Etat parce que personne n’en parlait. Parce qu’il était interdit d’en parler sous peine d’être excommunié au nom de la pensée unique et du politiquement correct, comme il était interdit de parler de l’autorité, de la morale, de la famille ou de la valeur travail.
J’ai voulu parler de la France parce que depuis trop longtemps elle était dénigrée et parce qu’à force de l’abîmer, à force de l’abaisser, à force de renier son histoire, sa culture, ses valeurs, à force de tout détester, de détester la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale, à force on finit par se détester soi-même. Et je pense que la détestation de soi est toujours le commencement de la détestation de l’autre.
A force, c’est notre capacité à nous parler, à nous comprendre, à nous supporter qui se trouve remise en cause. C’est notre capacité à vivre ensemble qui se trouve menacée.
Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire.
Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers d’être français, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires, qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines et qui est un obstacle à l’intégration parce qu’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester.
Je veux parler de la France parce que derrière toutes nos crises, derrière toutes les difficultés dans lesquelles se débattent un si grand nombre de Français, derrière toutes les peurs, toutes les angoisses, c’est une seule et même question qui se trouve posée : celle de notre conception de la nation.
Je veux parler de la France parce que je lui dois tout. Je veux le dire à Monsieur Le Pen qui a sous-entendu que je n’étais pas assez Français pour être Président de la République, oui, je suis un enfant d’immigré. Oui, je suis le fils d’un Hongrois et le petit-fils d’un Grec né à Salonique qui s’est battu pour la France pendant la guerre de 14.
Oui, ma famille est venue d’ailleurs, mais dans ma famille, Monsieur Le Pen, on aime la France parce que l’on sait ce qu’on lui doit.
Oui, je suis un Français de sang mêlé qui pense que l’on est Français en proportion de l’amour que l’on porte à la France, de ce que l’on est prêt à faire pour elle, de l’attachement que l’on porte à ses valeurs d’universalité, de tolérance, de respect de la personne humaine, de fraternité, du souci que l’on a d’opposer toujours la raison à la folie humaine, de défendre la liberté contre la tyrannie.
La France ce n’est pas une race, ce n’est pas une ethnie. La France ce n’est pas le droit du sang. La France c’est une volonté de vivre ensemble, en partageant les mêmes valeurs.
On n’est pas Français seulement par ses racines, par ses ancêtres. On est Français par son âme, par son esprit, par ses sentiments.
Etre Français ce n’est pas seulement un statut juridique. Ce n’est pas seulement un bulletin de naissance. Ce n’est pas seulement un passeport. C’est une façon d’être, la fidélité à un idéal.
Etre Français cela ne s’hérite pas, cela se conquiert, cela se mérite tous les jours par l’amour de la France et par le civisme.
On est Français parce que l’on veut l’être, parce que l’on se sent Français, parce que la France on l’aime, on la respecte, on en est fier. Parce que l’on se sent envers elle des devoirs, parce que l’on éprouve envers elle une gratitude, une reconnaissance.
La France m’a tout donné et c’est pour cela que je veux lui donner à mon tour.
Pour bien gouverner les Français il faut les aimer.
Pour être Président de la République il faut n’avoir d’autre objectif que de servir la France.
Etre Président de la République tel que je le conçois, c’est une ascèse, c’est l’oubli de soi, de son bonheur personnel, de ses sentiments, de ses intérêts pour ne plus avoir en tête que le bonheur des Français, le prestige de la France, la grandeur de l’Etat et le bien commun.
Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République française si l’on ne veut rien donner de soi-même, si l’on ne veut rien sacrifier, si l’on ne cherche que son bonheur et la réussite sociale.
Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l’on n’est pas prêt à s’imposer davantage de devoirs que les autres. Parce qu’un Président de la République c’est quelqu’un qui n’a pas plus de droits, plus de privilèges et moins de devoirs. Mais quelqu’un qui au contraire a moins de droits, moins de privilèges que quiconque et plus de devoirs.
Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l’on ne se sent pas capable de donner l’exemple et de s’imposer à soi-même les sacrifices que l’on demande aux autres.
Il ne faut pas être candidat à la Présidence de la République si l’on ne respecte que les gens qui sont semblables à soi, qui pensent comme soi, si l’on est décidé à rester entre soi, avec ses partisans, avec ses amis, à n’écouter qu’eux, à ne parler qu’à eux, à ne faire confiance qu’à eux, à ne travailler qu’avec eux.
Le Président de la République est le Président de tous les Français, il parle au nom de tous les Français, même de ceux qui n’ont jamais été ses amis, qui ne l’ont jamais soutenu, qui n’ont jamais voté pour lui.
Le Président de la République ce n’est pas l’homme d’un clan, ce n’est pas l’homme d’un parti, c’est l’homme de la nation.
Le Président de la République pour moi ce n’est pas le Président d’une partie de la France. C’est quelqu’un qui peut venir de la droite ou de la gauche, qui a des convictions et qui ne les renie pas, qui reste fidèle aux valeurs qui sont les siennes et au nom desquelles il a obtenu la confiance d’une majorité de Français. Mais c’est quelqu’un qui doit s’ouvrir aux autres, à ceux qui ne pensent pas comme lui, à ceux qui ne votent pas pour lui.
Le Président de la République doit assumer toute l’histoire de France. Il ne doit jamais chercher à dresser une France contre une autre.
Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs de mérite, de tolérance, de respect, de dignité, d’ordre, de responsabilité, de liberté.
J’ai voulu rendre à la droite républicaine sa fierté. J’ai voulu qu’elle arrête de s’excuser d’être la droite. J’ai voulu qu’elle cesse d’avoir honte d’être la droite. Mais j’ai voulu aussi qu’elle ne se caricature pas elle-même. J’ai voulu qu’elle ne cède pas à ce qu’il y avait en elle de plus conservateur. Je ne suis pas un conservateur.
Je crois à l’ordre mais aussi au mouvement.
Je crois à l’ordre mais je ne veux pas de l’immobilisme. Je veux l’ouverture, l’innovation, la création, le progrès, la justice, la générosité.
J’ai voulu faire entrer ces valeurs dans les valeurs de la droite républicaine quand la gauche les délaissait. La droite républicaine a eu tort pendant trop longtemps d’abandonner la République à la gauche et la nation à l’extrême-droite.
J’ai voulu en finir avec cet abandon.
Je veux tout assumer : toute l’histoire de France, toutes les valeurs de la France, toute la République.
J’ai voulu affirmer que la droite républicaine d’aujourd’hui n’était pas l’héritière de la droite antisémite, antidreyfusarde, réactionnaire ou pétainiste de la IIIe République, mais qu’elle était l’héritière du gaullisme, de la démocratie chrétienne et du libéralisme. Comme j’ai voulu dire que je ne reconnaissais pas l’héritage de Jaurès, de Blum ou de Camus dans la gauche d’aujourd’hui.
J’ai voulu dire que la droite d’aujourd’hui avait autant le droit de revendiquer l’héritage des conquêtes sociales du Front Populaire et du Conseil National de la Résistance que la gauche d’aujourd’hui.
J’ai voulu dire que lorsque je lis ce que Jaurès a dit sur l’éducation, ce qu’il a dit sur l’histoire de France, ce qu’il a dit sur la nation je me sens l’héritier de Jaurès, qui appartient à tous les Français.
J’ai voulu dire que lorsque je vois dans les documentaires de l’époque le regard de ces enfants d’ouvriers qui en 1936 découvrent la mer grâce aux congés payés et entendent pour la première fois prononcer le mot « vacances », je me sens comme tous les Français l’héritier de Léon Blum.
Lorsque j’ai parlé de Guy Môquet, ce jeune résistant de 17 ans fusillé par les Allemands, lorsque j’ai lu la lettre si magnifiquement émouvante qu’il écrivit à ses parents la veille de sa mort, lorsque j’ai dit que si j’étais élu je demanderais que cette lettre soit lue chaque année dans toutes les écoles de France, je n’ai pas fait l’apologie d’un jeune communiste, mais celle d’un jeune Français qui s’est sacrifié pour son pays et pour la liberté et qui est un exemple pour tous les jeunes Français.
Pas plus que De Gaulle n’a demandé à Jean Moulin quand il est arrivé à Londres s’il était de gauche ou s’il était de droite, je n’ai jamais mesuré mon admiration pour les héros de la Résistance à l’aune de leur appartenance à la droite ou à la gauche.
J’accorde à l’amour de la patrie plus de valeur qu’au patriotisme de parti.
Je crois davantage aux convictions, au courage, à la sincérité qu’aux étiquettes.
Et j’en ai assez de toutes ces étiquettes que l’on colle sur les mots, sur les idées, sur les gens et qui n’ont aucun sens, qui ne reflètent rien d’autre que les préjugés de ceux qui les fabriquent.
Je veux le dire ce soir, je trouve insensée cette idée selon laquelle parler de l’identité nationale, condamner la fraude et la délinquance ou vouloir lutter contre l’immigration clandestine serait le signe d’une droitisation extrême, d’un appel du pied à l’extrême-droite.
Je trouve insensée cette idée selon laquelle la fraternité, la justice, le progrès social seraient de gauche.
Quand je parle de l’autorité ou de la fraternité, je ne parle pas à la droite ou à la gauche.
Quand je parle de l’immigration clandestine ou du progrès social, je ne parle pas à la droite ou à la gauche.
Quand je parle de la lutte contre la délinquance ou de la justice, je ne parle pas à la droite ou à la gauche.
Je parle à tous les Français, de ce qui les concerne tous. Je veux leur rendre la nation qui est à eux. Je veux leur rendre la République qui leur appartient.
Je n’accepte pas les leçons de morale d’une gauche mondaine qui a cessé depuis bien longtemps de s’intéresser au sort des travailleurs. Je n’accepte pas les leçons de morale d’une gauche déconnectée qui n’est pas confrontée à la crise du logement, qui n’est pas concernée par les délocalisations, ni par le chômage, ni par la précarité. Je n’accepte pas les leçons de morale d’une gauche élitiste qui se donne bonne conscience à peu de frais et qui aime tellement les banlieues difficiles qu’elle n’y habite pas, qui aime tellement l’école publique qu’elle n’y met pas ses enfants, qui aime tellement les transports en commun qu’elle ne les prend jamais, qui aime tellement les impôts qu’elle veut en faire payer toujours plus à tout le monde sauf à elle-même.
Cette gauche-là enfermée dans son petit milieu, agrippée à ses privilèges et à ses rentes, elle ne veut rien lâcher, elle ne veut rien donner.
Cette gauche-là elle répugne à parler de la nation et elle ne comprend plus la République parce qu’elle ne veut rien partager.
Cette gauche-là elle dit que la nation c’est le nationalisme parce qu’elle ne veut pas avoir de devoir envers la nation.
Cette gauche-là elle ne parle plus de la République parce qu’elle choisit le nivellement plutôt que l’égalité.
Cette gauche-là elle ne comprend plus le peuple qu’elle trouve populiste.
Cette gauche-là elle n’est pas l’héritière des luttes sociales, elle n’a rien à voir avec Jaurès ou avec Blum, elle n’a rien à voir avec les canuts lyonnais ou avec les communards qui se sont fait massacrer par Thiers.
Cette gauche-là, elle n’a rien à voir avec Jules Ferry, elle n’a rien à voir avec Gambetta, elle n’a rien à voir avec la gauche de jadis qui aimait la nation et la République.
Cette gauche-là elle n’a rien à voir avec celle qui pendant si longtemps a représenté pour l’ouvrier, pour l’employé, pour le mineur, pour le pauvre et le déshérité l’espoir d’une vie meilleure.
Cette gauche soi-disant morale est l’héritière de celle de mai 68 qui voulait « vivre sans contrainte et jouir sans entrave » et qui a tellement profité de la société de consommation après l’avoir tellement dénigrée.
Cette gauche cynique qui veut imposer aux autres une morale qu’elle ne s’applique jamais à elle-même, elle n’a rien à envier à la droite la plus conservatrice, la plus réactionnaire de jadis.
Je n’ai rien à voir avec cette droite et je n’accepte pas les leçons de cette gauche.
Je n’accepte ni ses leçons de morale, ni ses leçons d’histoire.
Je veux en finir avec l’héritage de mai 68.
Je veux en finir avec le relativisme moral et culturel.
Je veux défendre la nation parce qu’elle est le seul bien des pauvres.
Je veux défendre la République parce que la République c’est l’égalité des droits et des devoirs.
Servir la France, servir la République, c’est d’abord servir l’Etat.
Parce que c’est l’Etat qui a fait la France.
C’est l’Etat qui a forgé la nation et qui en a maintenu l’unité.
L’effondrement de l’Etat a toujours coïncidé en France avec l’effondrement de la nation.
La rénovation de l’Etat a toujours été en France la condition du renouveau.
Une fois de plus nous ne referons pas la France et nous ne referons pas la République sans refaire l’Etat.
J’ai la conviction que l’Etat n’a pas vocation à se mêler de tout, à intervenir partout.
J’ai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de l’Etat-Providence qui ont contribué à créer un climat délétère d’irresponsabilité, d’assistance et de nivellement par le bas.
Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est en abaissant l’Etat que l’on relèvera la France. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la solution à toutes nos difficultés est dans le démantèlement de l’Etat.
La France pour être forte a besoin d’un Etat fort. Aujourd’hui la France est faible parce que l’Etat est faible.
Il est faible parce qu’il est étouffé par son endettement et par sa bureaucratie.
Il est faible parce qu’il se charge de trop de missions qu’il n’a pas les moyens d’accomplir.
Il est faible parce qu’il est miné par les corporatismes et paralysé par les conservatismes.
Il est faible parce que depuis trop longtemps il est livré à lui-même, sans projet, sans dessein, sans stratégie.
J’en ai assez de voir l’Etat abaissé.
Parce que l’Etat c’est nous.
Quand l’Etat est abaissé c’est la France qui est abaissée. Quand l’autorité de l’Etat est bafouée c’est la République qui est bafouée. Quand l’Etat est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent le plus.
Comme en 1958 il faut refaire l’Etat si l’on veut refonder la République et si l’on veut que la France avance. Mais le problème aujourd’hui n’est pas dans la Constitution. Il est dans les comportements, dans les façons de penser, dans la manière de gouverner.
Je veux un Etat respecté.
Je veux un Etat que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
Je veux un Etat qui cesse d’être au service de lui-même pour se remettre au service de tous.
Je veux un Etat impartial. Si je suis élu je soumettrai les nominations les plus importantes au contrôle du Parlement.
Je veux un Etat qui respecte les citoyens et qui assure la continuité du service public. Si je suis élu je ferai voter une loi sur le service minimum.
Je veux un Etat qui soit réellement gouverné, auquel on confie des missions claires et auquel on donne les moyens de les remplir.
Je veux un Etat qui fasse, comme disait le Général De Gaulle, réellement son métier, et qui par conséquent domine les féodalités au lieu d’être dominé par elles. Je n’accepte pas de laisser le champ libre aux féodalités, parce que je n’accepte pas de voir s’ériger des fiefs dans l’administration, dans l’économie, dans les collectivités. Je n’accepte pas qu’il puisse y avoir des Etats dans l’Etat.
Je n’accepte pas plus que le capitalisme financier s’exonère de toute morale que je n’accepte que des territoires, des quartiers s’exonèrent des lois et des valeurs de la République. Je veux un Etat qui fasse respecter partout les lois et les valeurs de la République.
Je n’accepte pas le communautarisme.
Je refuse le communautarisme qui rendrait ce qui nous sépare plus fort que ce qui nous unit.
Je refuse le communautarisme qui enfermerait chacun dans ses origines et ses croyances.
Je refuse le communautarisme qui ouvrirait la voix à la loi des tribus et à la violence.
Je refuse le communautarisme qui serait le contraire de la République.
Je veux un Etat qui lutte contre le communautarisme. Je veux un Etat qui défende l’identité nationale parce que son identité c’est ce que la France a de plus précieux à offrir en partage à ceux qui veulent devenir français
Je veux que l’identité de chacun soit respectée.
Je veux que nul n’oublie son origine, son histoire, sa culture, parce que je crois que la différence est une richesse.
Mais je veux que la politique de l’immigration soit liée à la politique de l’intégration. Qu’est-ce qu’une intégration réussie sinon de se sentir français à part entière ? Sinon d’être fier d’être français ? Sinon d’avoir ajouté à sa culture d’origine, la culture française ? Sinon d’avoir ajouté à l’identité qu’on apporte avec soi, l’identité française qui fonde le sentiment d’appartenance à cette communauté de destins qui s’appelle la France ?
Je crois à l’identité de la France qui est faite de principes et de valeurs qui se sont forgées au cours d’une très longue histoire. Je crois que ces valeurs sont universelles, qu’elles expriment une grande idée de l’homme et qu’elles ne sont pas négociables.
Je crois que la liberté de conscience n’est pas négociable. Je crois que la laïcité n’est pas négociable, je crois que l’égalité de l’homme et de la femme n’est pas négociable, je crois que les droits de l’Homme ne sont pas négociables.
A ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu’une chose, c’est qu’ils admettent que la France ne commence pas avec eux mais qu’elle a commencé il y a bien longtemps et qu’elle veut seulement qu’on l’aime et qu’on respecte ses valeurs, qu’on prenne en partage son histoire, qu’on se sente partie prenante de sa destinée. Il n’y a pas de place en France pour la polygamie, pour l’excision, pour les mariages forcés, pour le voile à l’école, pour la haine de la France.
On m’a reproché d’avoir dit que ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester. Mais qu’avons-nous d’autre à offrir à ceux qui veulent vivre en France, sinon d’abord la fierté d’être Français ?
Je crois qu’au cœur de l’identité de la France, il y a la langue française et que pour ceux qui veulent vivre en France, la maîtrise de la langue française est une exigence qui n’est pas négociable.
Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre durablement en France, sans savoir parler et écrire le français.
Je souhaite que le droit au regroupement familial soit subordonné non seulement à l’obligation de prouver qu’on a les moyens de loger et de faire vivre sa famille avec les revenus de son travail, mais aussi à l’obligation d’apprendre à parler le français avant d’entrer sur le territoire national.
Je veux un Etat qui respecte le travail parce que le travail c’est le fondement de la citoyenneté.
Je n'accepte pas qu'il puisse exister des travailleurs pauvres alors que l'on a déjà bien assez à faire avec ceux qui sont pauvres parce qu'ils n'ont pas de travail ! Je propose que l’augmentation du pouvoir d’achat soit la priorité de la politique économique après 25 ans de sacrifices, après 25 ans de stagnation du pouvoir d’achat des salaires, après 25 ans de baisse du niveau de vie pour les jeunes générations que les 35 heures ont aggravé.
Je propose de supprimer les charges et les impôts sur les heures supplémentaires pour que ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus soient encouragés à le faire, sans que personne y soit obligé.
Je propose d’alléger la fiscalité du travail en taxant plus la pollution et la consommation, les importations des pays qui pratiquent le dumping écologique et le dumping social, et en taxant moins le travail. Je propose que chacun puisse transmettre à ses enfants le fruit d’une vie de travail sans payer de droits de succession.
Je propose d’en finir avec une fiscalité confiscatoire qui décourage la réussite, fait fuir les capitaux et les entrepreneurs qui s’en vont créer des emplois ailleurs.
Je propose que toute la politique économique, ait un seul objectif : la revalorisation du travail.
Je veux un Etat qui incarne les valeurs civiques et qui les fasse respecter. Le civisme on l’enseignait jadis dans les écoles. C’est ce que nous devons à notre pays, ce sont nos obligations envers la société, c’est ce qui fait que chacun d’entre nous mérite le titre de citoyen.
Car pour moi, la citoyenneté ce n’est pas que des droits, la citoyenneté c’est aussi des devoirs. Le civisme c’est une forme de respect des autres et une forme de respect de soi-même.
Le civisme c’est le contraire de la fraude.
On n’encourage pas le civisme si l’on tolère la fraude, si l’on est indulgent avec les fraudeurs, si la fraude n’est jamais punie. Pourquoi alors l’honnête citoyen qui paie ce qu’il a à payer continuerait-il à le faire ? Comment le chef d’entreprise qui paie ses charges pourrait-il longtemps lutter contre la concurrence déloyale ?
Le problème de la fraude, c’est une question de principe. Car ce que l’on ne paie pas, ce sont les autres qui le paient.
Quand quelqu’un ne paie pas son ticket de métro, ce sont les autres usagers qui le paient.
Quand quelqu’un fraude la sécurité sociale, ce sont les autres assurés sociaux qui paient pour lui.
Quand quelqu’un fraude le fisc, ce sont les autres contribuables qui paient l’impôt à sa place.
La fraude c’est un impôt forcé que les plus pauvres paient à la place des fraudeurs.
La fraude c’est au plus pauvre, au plus démuni qu’elle impose le préjudice le plus lourd, au travailleur pauvre qui est obligé de se lever tôt et de prendre le métro. Au chômeur qui a besoin des allocations chômage pour vivre pendant qu’il cherche un travail, à l’accidenté de la vie qui a besoin qu’on l’aide pour ne pas sombrer.
J’ai été scandalisé que certains, dans les médias, parmi les intellectuels et parmi la classe politique aient pu laisser entendre que la responsabilité des récentes émeutes de la gare du Nord était imputable à la police au prétexte qu’elle avait osé interpeller un fraudeur qui n’avait pas payé son ticket de métro et avoir frappé les agents de la RATP qui l’avaient contrôlé.
Cette attitude est contraire à mes valeurs, elle est contraire à ma conception de la vie en société et de la morale.
Cette attitude est désastreuse pour l’esprit civique.
Je veux être le président qui n’aura aucune indulgence envers les fraudeurs. Je veux être le président qui mettra tout en œuvre pour combattre la fraude et punir les fraudeurs quels qu’ils soient.
Parce que je veux que la France qui travaille soit respectée.
Parce que je veux que nous donnions à la jeunesse l’envie de travailler plutôt que la tentation de frauder.
Parce que je veux que la solidarité profite à ceux qui en ont vraiment besoin.
Je veux un Etat qui ne gaspille pas l’argent public.
En gaspillant l’argent public on gaspille la peine du travailleur.
L’argent qu’on lui prélève, le travailleur l’a gagné avec sa fatigue. L’argent public, c’est l’argent des Français. Cet argent, moralement, on n’a pas le droit de le gaspiller parce qu’il a été durement gagné. Cet argent il faut le respecter, il ne faut le dépenser que pour ce qui est utile. Cet argent c’est celui de la solidarité, du service public, de la sécurité, de la santé, de l’éducation, de la recherche… On n’a pas le droit d’en gaspiller un euro, d’en détourner un euro.
Il faut avoir le courage de remettre en cause les dépenses inutiles. Il faut avoir le courage de supprimer les dépenses inutiles pour pouvoir payer les dépenses utiles. Il faut avoir le courage de revenir sur les dépenses du passé pour pouvoir financer les dépenses d’avenir.
Je veux un Etat dans lequel chaque gestionnaire public, chaque ministre, chaque fonctionnaire soit jugé sur ses résultats.
Je veux que chaque Français qui paie des impôts sur les revenus de son travail retrouve la conviction que son argent n’est ni jeté par les fenêtres, ni détourné de son objectif qui est le bien être de tous.
Je veux bâtir une République où les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents assument leurs responsabilités pour que les jeunes comprennent la nécessité d’assumer les leurs.
Un jour j’ai utilisé le mot « racaille » en réponse à l’interpellation d’une habitante d’Argenteuil qui désignait ainsi ceux qui rendaient la vie impossible dans son quartier et qui l’obligeaient à vivre dans la peur. On me l’a reproché. C’est mépriser la jeunesse que de lui parler par euphémismes sous prétexte qu’elle ne serait pas capable de regarder la réalité en face. Quels éducateurs serons-nous si nous nous laissons aller à ces petites lâchetés? Si les multirécidivistes n’ont rien à craindre ? Si les mineurs peuvent se livrer aux pires excès sans être punis ? Si nous apprenons à nos enfants que l’âge excuse tout ? Si les voyous ne peuvent même pas être appelés des voyous ?
Le civisme c’est le respect dû aux représentants de l’Etat. Je n’accepte pas que les représentants de l’Etat soient insultés, menacés, agressés. Je veux que cette violence dont ils sont trop souvent les victimes fasse l’objet d’une tolérance zéro parce qu’il s’agit de leur dignité et parce qu’il s’agit de la dignité de l’Etat, parce qu’à travers eux c’est à l’autorité de l’Etat que l’on porte atteinte, c’est la République que l’on offense. Je veux revenir sur le drame qui a lieu hier soir à la foire du Trône et qui a coûté la vie à un jeune policier de 31 ans. La justice dira qui est responsable. Mais cette violence qui est partout n’est plus tolérable. Cette violence qui fait de plus en plus de victimes. Cette violence qui aboutit à la mort d’un jeune homme de 31 ans qui avait voué sa vie au service des autres, je ne peux pas l’accepter, je ne veux pas l’accepter.
La violence gratuite n’appelle que de la sévérité. Je ne la confonds pas avec la violence qui peut naître du sentiment d’injustice à laquelle il nous faut répondre par plus de justice.
Nous devons apporter une réponse à tous ceux qui souffrent des blocages de notre société et qui ont le sentiment que quoiqu’ils fassent, ils ne pourront jamais s’en sortir.
La République, c’est l’égalité des chances, c’est tout faire pour que chacun puisse développer ses talents, puisse essayer de réaliser ses ambitions, de réaliser ses rêves. Si je suis élu je referai une école de l’excellence pour tous. Je mettrai en œuvre une politique de discrimination positive à la française, fondée non pas sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais sur des critères économiques et sociaux, parce que l’égalité républicaine ce n’est pas traiter également des situations inégales mais de donner plus à ceux qui ont moins, de compenser les handicaps.
Je veux un Etat qui soit au service d’une république fraternelle.
Je veux remettre la fraternité au cœur du projet républicain. Je rêve d’une France où la fraternité ne soit plus seulement un mot gravé sur le fronton des mairies mais devienne une réalité entre les hommes et les femmes de notre pays.
Je veux une France ouverte, accueillante, généreuse. Dans les valeurs de la République, la fraternité n’est pas une valeur moins importante que les autres. C’est peut être la plus importante de toutes.
La fraternité, c’est la volonté de vivre ensemble, de partager un destin commun, une loi commune.
Je veux remettre la fraternité au cœur de la politique. Ce n'est pas démodé. Ce n'est pas que l'affaire de la société civile. Ce n'est pas seulement la préoccupation du monde associatif. Ce doit être le combat d'un Président de la République : la Fraternité ! Car sans elle on ne peut pas rassembler.
La France est une synthèse toujours recommencée entre les Girondins et les Jacobins, entre ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas, entre l’autorité de l’Etat et la liberté de l’individu, entre la raison et le sentiment, entre l’efficacité et la justice.
Je veux proposer aux Français une nouvelle synthèse pour que la France avance. Je veux rassembler sur des convictions et non sur des étiquettes pour que la République redevienne une idée neuve et un projet partagé.
Mais je récuse l’idée que pour rassembler les Français il faudrait mettre tout le monde d’accord en ne disant plus rien, en ne proposant plus rien, en ne voulant plus rien.
Ce serait rendre un mauvais service à la démocratie en choisissant une fois encore l’ambiguïté plutôt que la clarté.
La synthèse pour moi ce n’est pas le juste milieu, ce n’est pas le plus petit dénominateur commun, ce n’est pas ce qu’on appelait jadis la « troisième force », qui dans notre histoire n’a toujours été qu’une combinaison d’appareils.
La synthèse pour moi c’est de dépasser les contradictions, non de faire comme si elles n’existaient pas.
La synthèse pour moi ce n’est pas de négocier des ralliements en marchandant les idées et les convictions.
La synthèse pour moi c’est de rassembler sur un projet des gens qui ont des histoires, des parcours, des sensibilités différentes. C’est de convaincre ceux qui se sont combattus non d’oublier leur combat, non d’en oublier les raisons, mais de travailler ensemble à un but commun dans lequel chacun pourra se reconnaître.
Dépasser les clivages pour moi ce n’est pas renier les convictions, c’est oublier les étiquettes, passer par-dessus les a priori, laisser de côté le sectarisme.
Au fond, c’était cela le gaullisme : le rassemblement des Français autour d’un projet national, le sens de l’Etat. Servir, servir la Nation, servir la République, servir l’Etat.
Voilà ce que ce fut pour moi le gaullisme : une certaine idée de l’homme et de la politique, à travers l’expérience réussie d’une certaine idée de la France, et la conviction que la France n’est pas finie tant qu’il existe des Français prêts à tout risquer pour qu’elle vive.
Malraux disait ; le gaullisme c’est la force du « non » dans l’histoire.
Je veux être le Président qui dira non au déclin de la France.
Je veux être le Président qui dira non à l’éclatement de la République.
Je veux être le Président qui dira non à l’abaissement de l’Etat.
Je veux être le Président qui redonnera à tous les Français la fierté d’être Français.
Nous le ferons ensemble.
Nous le ferons pour nous même, pour nos enfants, et pour tous les hommes qui dans le monde continuent d’espérer dans la France !
Vive la République !
Vive la France !
06 avril 2007
Discours
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Nicolas Sarkozy à Lyon
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Lyon - Jeudi 5 Avril 2007
Mes chers amis,
C’est toujours pour moi une grande joie de me retrouver à Lyon, dans cette ville où l’on met du temps à donner son cœur, où la confiance et l’amitié se méritent, où l’intimité se protège. Mais où le cœur quand il se donne, se donne sans retenue. Dans cette ville où l’on n’aime pas tout de suite, mais où l’on aime passionnément et pour toujours.
Ce soir, vous êtes venus me dire votre amitié et votre confiance et cela me touche au plus profond de moi-même parce que je sais qu’ici quand on donne son amitié et sa confiance c’est avec sincérité, c’est sans réserve, et c’est pour toujours.
Si vous êtes là avec cette ardeur, avec cet enthousiasme ce n’est pas seulement parce que vous êtes d’accord avec moi. Ce n’est pas seulement pour me dire que mon combat est aussi le vôtre.
Si vous êtes là avec votre amitié et votre confiance, c’est parce que vous savez au fond de vous que je ne vous mentirai pas, que je ne vous tromperai pas, que je ne vous trahirai pas.
Dans cette ville que la Convention voulait anéantir, dans cette ville sanctifiée par le sang de tant de martyrs, depuis les premiers chrétiens persécutés par les païens, jusqu’à Jean Moulin assassiné par la Gestapo après avoir été atrocement torturé, en passant par les victimes des massacres révolutionnaires et par les canuts dont les révoltes désespérées furent noyées dans le sang.
Dans cette ville qui a 22 siècles d’histoire, ou jadis les 60 tribus gauloises se réunissaient chaque année, qui est devenue française il y a 7 siècles, qui a été la capitale spirituelle, qui a été la capitale commerciale et industrielle de la France, qui a été la capitale des luttes sociales, qui a même été la capitale de la Résistance,
dans cette ville où l’on connaît le prix de la sueur, des larmes et du sang, dans cette ville où l’on sait la valeur de l’effort et du sacrifice, dans cette ville où l’on a inventé le métier à tisser, le cinéma et la banque moderne, dans cette ville placée entre le Nord et le Sud, au carrefour de l’Europe et de tous les échanges,
dans cette ville qui a toujours brassé les hommes, les idées et les cultures, autant que les capitaux et les marchandises et dont Michelet disait qu’elle unissait les peuples comme les fleuves, dans cette ville qui est la vôtre, je suis venu dire que notre avenir ne dépend que de notre imagination, de notre volonté et de notre travail.
Dans cette ville qui a été tant de fois meurtrie, qui s’est tant de fois déchirée et qui n’a jamais cessé de croire à la science, au progrès, à l’industrie et au travail, dans cette ville je suis venu dire qu’il n’y a aucune fatalité au déclin de notre pays, qu’il ne dépend que de nous que la politique exprime encore une volonté et qu’elle cesse d’être un renoncement.
A force de ne plus rien oser dire, à force de ne plus être capable d’imaginer, à force de ne plus rien vouloir, la politique a fini par fabriquer sa propre impuissance.
A force, c’est la République qui s’est effritée.
A force, c’est la démocratie qui s’est abîmée.
A force, c’est la nation qui s’est affaiblie.
Au moment même où jamais nous n’avons eu autant besoin d’une volonté collective, au moment même où jamais nous n’avons eu autant besoin de politique.
Au moment même où les défis n’ont jamais été aussi grands, où tous les Etats sont à l’offensive, où la concurrence devient plus impitoyable que jamais, où la conquête des marchés devient une lutte sans merci, au moment où se raidissent les identités qui se sentent menacées, où monte la colère des peuples qui ont le sentiment de perdre la maîtrise de leur destin.
Dans ce monde plein d’opportunités et de menaces, où circulent les hommes, les capitaux, les marchandises et les informations, où tout se mélange, où s’entrechoquent les cultures, les religions et les civilisations, sur fond de guerre économique, de bouleversements technologiques de réchauffement climatique et de bulle spéculative, dans ce monde dangereux, le besoin de Nation exprime un besoin d’identité, un besoin de protection, et un besoin d’agir ensemble.
L’homme qui ne veut pas être seul dans ce monde, qui ne veut pas être condamné à subir, réclame plus de Nation.
Ceux qui après la chute du mur de Berlin prophétisaient la fin de l’histoire et la dilution des nations dans le marché mondial et la démocratie planétaire se sont trompés.
Les nations sont de retour et l’histoire n’est pas finie.
Si nous traversons une crise d’identité sans précédant, c’est d’abord parce que nous avons trop abaissé la nation au moment où le besoin de nation devenait plus grand, parce que l’avenir devenait plus angoissant.
Nous avons trop laissé dénigrer la France, son histoire et son identité.
Je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire.
Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers d’être français, qui est la porte ouverte à la concurrence des mémoires, qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines et qui est un obstacle à l’intégration parce qu’on a rarement envie de s’intégrer à ce que l’on a appris à détester.
A force de tout détester, de détester la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale…
A force on finit par se détester soi-même. Et je pense que la détestation de soi est toujours le commencement de la détestation de l’autre.
Pour pouvoir aimer les autres, il faut commencer par être capable de s’aimer soi même.
Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’Homme et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté.
Je veux dire que durant la guerre tous les Français n’ont pas été pétainistes, qu’il y a eu aussi les héros de la France libre et de la Résistance, que si certains Français ont dénoncé des Juifs à la Gestapo, d’autres, beaucoup plus nombreux, les ont aidés au péril de leur vie, que des mères ont caché des enfants juifs parmi leurs propres enfants.
Je veux dire que dans les colonies, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs, qu’il y avait parmi eux beaucoup de gens courageux qui avaient travaillé dur toute leur vie, qui n’avaient jamais exploité personne, qui ne devaient rien qu’à eux-mêmes, qui avaient beaucoup donné à une terre où ils étaient nés et qui un jour n’ont eu le choix qu’entre la valise et le cercueil. Ils ont tout perdu.
Je veux qu’on les respecte.
Je veux dire que si la France a une dette qu’elle n’a pas réglée, c’est celle qu’elle a vis-à-vis de ceux qui en Indochine et en Algérie se sont battus pour elle et ont du quitter leur pays pour ne pas être assassinés.
Je veux que la France reconnaisse sa dette, vis-à-vis des harkis et des supplétifs d’Indochine et qu’elle les honore. C’est une question d’honneur et l’honneur pour moi c’est encore une vertu cardinale pour un homme comme pour une nation.
La France, c’est le bien commun de tous les Français. Elle est au-delà de la droite et de la gauche, au-delà des partis, au-delà des croyances, Lorsque la France est affaiblie c’est chacun d’entre nous qui se trouve affaibli.
La France, tous ceux qui se sont battus pour elle de génération en génération ne savaient au fond qu’une chose c’est qu’ils ne voulaient pas la perdre, parce qu’ils sentaient que c’était ce qu’ils avaient de plus précieux à transmettre à leurs enfants, parce qu’ils comprenaient qu’en se battant pour elle ils se battaient pour eux, parce qu’ils avaient au fond de leur cœur le sentiment que ce lien mystérieux les rattachait à une destinée commune exceptionnelle à la grandeur de laquelle chacun avait sa part.
Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d’une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d’être fiers.
Le parti socialiste a voulu m’interdire de faire référence à Jaurès et à Blum. Mais je continuerai à citer Jaurès parce que je me sens l’héritier de Jaurès quand il défend Dreyfus au nom de la justice, et quand il dit : « contre toute menace et toute humiliation il faudrait défendre la France : elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu’elle est la France et parce qu’elle est humaine ».
Je continuerai à citer Léon Blum parce que je me sens l’héritier de l’enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot « vacances ».
Oui je me reconnais dans Jaurès et dans Blum, dans Jules Ferry, dans Clemenceau, comme je me reconnais dans Péguy, dans Lyautey et dans le Général De Gaulle.
Je veux dire au parti socialiste qu’il n’y a qu’une histoire de France et non pas deux, parce qu’il n’y a pas deux France mais une seule France.
La gauche qui proclame que l’Ancien régime ce n’est pas la France, que les Croisades ce n’est pas la France, que la chrétienté ce n’est pas la France, que la droite ce n’est pas la France.
Cette gauche là je l’accuse de communautarisme historique.
Napoléon en achevant la Révolution n’a pas dit que la France commençait avec lui, il a dit : « De Clovis au Comité de Salut Public, j’assume tout ».
A Londres, le Général De Gaulle n’a pas demandé pas à Jean Moulin s’il était de droite ou s’il était de gauche.
Lorsque la Gestapo a décidé de prendre en otages Georges Mandel et Léon Blum et de les retenir prisonniers dans une petite cabane en bordure du camp de Buchenwald, elle n’a pas fait de différence entre la France de gauche et celle de droite. Dans cette cabane il n’y avait pas deux France à l’ombre sinistre des crématoires il n’y en avait qu’une.
François Mitterrand ne se disait pas qu’il trahissait la gauche quand il allait parler de la mort avec Jean Guitton ou de littérature avec Jean d’Ormesson.
A ceux qui prétendent que l’on ne peut pas admirer à la fois Saint Louis et Carnot, je conseille de relire Marc Bloch, ce grand historien républicain et laïque qui a écrit : « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».
Il y a ceux qui ne chercheront toujours que la victoire d’un parti sur tous les autres et il y a ceux qui ont toujours à l’esprit l’intérêt commun..
Il y a ceux qui veulent un Président de la République qui sera le porte-parole d’une partie de la France contre l’autre et il y a ceux qui veulent un Président qui parlera au nom de tous les Français.
Il y a ceux qui attisent encore la lutte des classes et il y a ceux qui disent que le sort de chacun dépend de celui de tous.
Il y a ceux qui sont attachés à l’identité nationale et qui veulent la défendre et il y a ceux qui pensent que la France a si peu d’existence qu’elle n’a même pas d’identité.
Je crois à l’identité de la France qui est faite de principes et de valeurs qui se sont forgées au cours d’une très longue histoire. Je crois que ces valeurs sont universelles, qu’elles expriment une grande idée de l’homme et qu’elles ne sont pas négociables.
Je crois que la liberté de conscience n’est pas négociable. Je crois que la laïcité n’est pas négociable, je crois que l’égalité de l’homme et de la femme n’est pas négociable, je crois que les droits de l’Homme ne sont pas négociables.
A ceux qui veulent vivre en France, la France ne demande au fond qu’une chose, c’est qu’ils admettent que la France ne commence pas avec eux mais qu’elle a commencé il y a bien longtemps et qu’elle veut seulement qu’on l’aime et qu’on respecte ses valeurs, qu’on prenne en partage son histoire, qu’on se sente partie prenante de sa destinée. Il n’y a pas de place en France pour la polygamie, pour l’excision, pour les mariages forcés, pour le voile à l’école pour la haine de la France.
On m’a reproché d’avoir dit que ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester. Mais qu’avons-nous d’autre à offrir à ceux qui veulent vivre en France, sinon d’abord la fierté d’être Français ?
Je crois qu’au cœur de l’identité de la France, il y a la langue française et que pour ceux qui veulent vivre en France, la maîtrise de la langue française est une exigence qui n’est pas négociable.
Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre durablement en France, sans savoir parler et écrire le français.
Je souhaite que le droit au regroupement familial soit subordonné non seulement à l’obligation de prouver qu’on a les moyens de loger et de faire vivre sa famille avec les revenus de son travail, mais aussi à l’obligation d’apprendre à parler le français avant d’entrer sur le territoire national.
Les Français auront à choisir entre ceux qui pensent que l’identité de la France c’est ce que la France a de plus précieux à offrir en partage à ceux qui veulent devenir français et ceux qui veulent réduire la France à une juxtaposition de communautés et la nationalité française à un statut juridique.
Je veux que l’identité de chacun soit respectée.
Je veux que nul n’oublie son origine, son histoire, sa culture, parce que je crois que la différence est une richesse.
On m’a insulté parce que j’ai dit que je voulais que la politique de l’immigration prenne en compte la question de l’identité nationale. Mais qu’est ce qu’une politique de l’immigration qui ne viserait pas l’intégration sinon une politique qui encouragerait le communautarisme ? On ne peut pas être à la fois contre l’intégration et contre le communautarisme. Prétendre le contraire c’est mentir aux Français. Et qu’est-ce qu’une intégration réussie sinon de se sentir français à part entière ? Sinon d’être fier d’être français ? Sinon d’avoir ajouté à sa culture d’origine, la culture française ? Sinon d’avoir ajouté à l’identité qu’on apporte avec soi, l’identité française qui fonde le sentiment d’appartenance à cette communauté de destins qui s’appelle la France ?
Je refuse le communautarisme qui rendrait ce qui nous sépare plus fort que ce qui nous unit.
Je refuse le communautarisme qui enfermerait chacun dans ses origines et ses croyances.
Je refuse le communautarisme qui ouvrirait la voix à la loi des tribus et à la violence.
Je refuse le communautarisme qui serait le contraire de la République.
La lutte contre le communautarisme, elle commence à l’école.
C’est par l’école que la France si diverse et tant de fois déchirée s’est rassemblée autour d’une culture commune, d’une morale partagée, d’une même idée de l’homme. L’école de la République c’était le moyen par lequel se construisait la citoyenneté réelle.
C’était là que se forgeait la culture partagée.
C’était là que s’élaborait, se transmettait, se diffusait la morale commune qui pouvait être comprise et admise par tous, croyants et non croyants.
C’était une école qui voulait parler à l’intelligence et au sentiment. C’était une école qui voulait éveiller les consciences.
C’était une école qui voulait instruire et qui voulait élever chacun le plus haut possible.
C’était une école qui disait : « l’ignorant n’est pas libre » et qui voulait aider l’enfant à devenir adulte.
C’était une école exigeante vis-à-vis des enfants, vis-à-vis des parents, vis-à-vis des enseignants. Mais c’était une école qui respectait les enfants, qui respectait les parents, qui respectait les maîtres.
Les enfants, elle voulait leur donner ce qu’il y avait de meilleur.
Les parents, elle voulait les aider par la gratuité et par les bourses, elle voulait qu’ils ne fussent choqués en rien par l’enseignement dispensé, elle voulait les aider à éduquer leurs enfants, à comprendre que l’instruction leur permettrait d’échapper à la fatalité de leur condition.
Les professeurs, les instituteurs, elle reconnaissait leur mérite, elle les valorisait, elle les soutenait, elle leur faisait une place honorable dans la société.
Elle voulait que les instituteurs soient aussi des éducateurs.
Certains d’entre vous connaissent sans doute la magnifique lettre de Jules Ferry aux instituteurs sur l’enseignement de la morale, écrite en un temps où les circulaires bureaucratiques qui étouffent notre vie administrative n’existaient pas encore :
« Monsieur l’instituteur,
Vous êtes l’auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez qu’on parlât au vôtre.
Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s’en ressente : c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger de ce qu’a valu votre enseignement.
Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former une âme libre. »
C’était une école qui avait des principes, qui avait une morale.
C’était une école qui récompensait le travail et donnait à chacun le moyen d’aller aussi haut que ses talents le lui permettaient, quelle que fût son origine sociale.
Voilà ce que c’était cette école : une promesse de liberté, de dignité et de promotion sociale.
Est-ce plus compliqué d’instruire les enfants du début du XXIe siècle que ce ne l’était d’instruire les petits paysans ou les fils des prolétaires de la fin du XIXe siècle, enfermés dans des mondes clos sans ouverture sur le monde ?
Ce ne sont pourtant pas les moyens qui nous manquent.
Ce qui nous manque c’est autre chose. L’origine de nos difficultés vient de ce que nos politiques éducatives ont cessé de faire référence à une idée de l’homme héritée de l’humanisme des Lumières et qui était le fondement des valeurs de la République.
Le problème n’est pas technique, il est intellectuel et il est moral.
Après mai 68, il ne s’est plus agi d’élever le niveau de chacun pour l’approcher le plus possible d’un idéal humain, mais d’abaisser le niveau de l’école pour le mettre à la portée du plus grand nombre. L’école n’a plus mission de tirer tout le monde vers le haut au nom d’une certaine idée de ce que doit être un homme mais de brader les diplômes pour remplir l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat.
Quand le critère de réussite est devenu celui du nombre, non plus celui du savoir, de la culture, de la sensibilité, de l’intelligence, tout le système de valeurs de l’école s’est effondré.
Il s’est effondré d’autant plus que l’idéologie de 68 a imposé partout le relativisme intellectuel et moral. Désormais tout se valait : plus de hiérarchie des valeurs, plus de hiérarchie des savoirs, plus de hiérarchie des œuvres. Le dessin de l’enfant valait celui de Michel-Ange et l’élève auquel on demandait d’imaginer une autre fin au Cid pouvait légitimement se prendre pour le rival de Corneille.
A la fin c’est le principe d’autorité qui a déserté l’école puisque ce que disait l’enfant devenait aussi important que ce que le maître avait à dire. C’est aussi le respect qui a disparu puisque la hiérarchie entre le maître et l’élève a été abolie.
Le résultat c’est plus d’injustice, plus d’inégalité, moins de promotion sociale.
L’émulation scolaire, disait Blum, c’est l’égalité vraie.
Avec l’école qui tourne le dos à l’exigence et à l’excellence, tout se passe ailleurs. C’est l’origine qui prime. L’inégalité sociale n’est plus corrigée par l’école. Plus l’école est défaillante pour compenser l’inégalité de la naissance, plus l’argent et le niveau d’instruction des parents jouent un grand rôle dans la destinée de l’enfant.
L’école ne sélectionne plus par l’exigence et par l’excellence. Elle sélectionne sur la capacité des parents à compenser la défaillance de l’école.
Certes les enfants d’aujourd’hui savent des choses que leurs grands-pères et même leurs pères ne savaient pas. Cela ne compense pas la perte des repères et les lacunes dans les savoirs fondamentaux. Cela ne compense pas l’affaiblissement de l’esprit critique. Cela ne compense pas la difficulté de plus en plus grande de la jeunesse à exprimer ses pensées et ses sentiments. Cela ne compense pas non plus le fait qu’avec l’interruption de la transmission du savoir, des valeurs et de la culture les parents et les enfants finissent par ne plus pouvoir se comprendre. Déjà les enfants ne comprennent plus de quoi leur parlent leurs parents quand ils leur parlent de culture. Et bientôt, faute d’un savoir partagé, faute d’une morale et d’une culture communes, ils ne se comprendront même plus entre eux.
Au bout de la défaillance de l’école il y a la faillite notre système d’intégration. Il y a l’affaiblissement du sentiment d’appartenance à la nation. Il y a le communautarisme et les tribus. Il y a le chômage et l’exclusion.
Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette faillite. La plupart d’entre eux font preuve d’une grande compétence et d’un dévouement admirable dans un système qui décourage toute initiative et tout effort.
Je n’accepte pas qu’on fasse des enseignants les boucs émissaires d’un désastre dont la politique est seule responsable. C’est la politique qui a fait l’école de la République. C’est la politique qui l’a défaite.
L’éducation, c’est ce par quoi, surtout dans la période où nous sommes, devrait commencer tout projet politique.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non de donner de nouveau une priorité à l’enseignement de la morale et du civisme à l’école.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non d’inculquer à l’école le goût de l’effort et du travail et de récompenser le mérite.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non de refaire une école du respect.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous choisirons ou non d’apprendre à respecter le principe d’autorité à l’école.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non que l’école est d’abord un lieu de transmission du savoir avant d’être un lieu de contestation de la société.
Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous enseignerons à nos enfants telle ou telle conception de l’homme ou selon l’idée de la laïcité à laquelle l’école se référera.
Pour que l’égalité des chances cesse d’être un mensonge, pour que le fils d’ouvrier et le fils d’immigré aient de nouveau le sentiment d’être des citoyens à part entière et non plus des laissés-pour-compte, pour qu’ils se sentent libres de choisir leur destin il faut en finir avec le nivellement par le bas, la dévalorisation des diplômes, et l’inculture. Il n’y a pas d’autre choix que l'excellence. Il n’y a pas d’autre choix qu’une éducation exigeante qui pousse les élèves à se dépasser au lieu de les inciter à la facilité. Il n’y a pas d’autre choix que de restaurer l’autorité du professeur et le respect. Notre école doit redevenir le creuset d’une culture commune.
La démocratisation de la culture c’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes quitte l’école avec les moyens intellectuels et les qualifications qui leur permettent de trouver leur place dans la société.
C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils éprouvent. Les maîtres qui ont enseigné à ma génération nous ont fait un cadeau dont alors nous n’imaginions pas le prix en nous faisant réciter les fables de La Fontaine et quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo.
Nos enfants vivent avec Internet. Pour que ce soit pour eux un instrument d’émancipation et non d’aliénation, pour qu’ils ne se laissent pas manipuler, pour qu’ils ne soient pas à la merci de tous les prédateurs, pour qu’ils ne se laissent pas enfermer dans un monde virtuel où il n’y aurait plus aucune raison pour eux de devenir adultes, il leur faut davantage de force intellectuelle et morale et non pas moins, davantage de culture et davantage d’école.
Nous devons reconstruire une école de la transmission. Nous devons reconstruire une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la classe. Je souhaite une éducation qui fasse redécouvrir aux enfants le plaisir de la connaissance après le long effort de la pensée, qui leur fasse aimer le savoir comme la récompense du travail de l’intelligence.
Je voudrais que tous les enfants, quand ils seront devenus adultes, aient un jour envie d’écrire à leur instituteur : « Merci de m'avoir rendu curieux de ce qui est beau». Nos enfants le pourront-ils encore si nous négligeons l’école ? Si nous les laissons sans valeur et sans repère ? Si nous renonçons à la culture commune qui permet aux hommes de se parler et de se comprendre ? Si nous ne leur enseignons plus la morale, le civisme, la grandeur de la raison ? Si l’enfant qui fait quelque chose de mal n’est pas sanctionné ? Si le maître ne fait pas respecter son autorité tout en respectant dans chaque enfant les possibilités infinies de l’adulte en devenir ?
Mais il faut avoir le courage de tenir à la jeunesse le langage de la vérité. Le courage c’est que les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents assument leurs responsabilités s’ils veulent que les jeunes comprennent la nécessité d’assumer les leurs. Le juge qui commet une faute doit être sanctionné, comme les parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ou qui les laissent brûler des voitures.
Le courage c’est ne jamais laisser impuni le jeune qui commet une faute. Le courage c’est que la sanction soit rapide et proportionnée à la faute pour que l’enfant ou l’adolescent mesure la gravité de son geste. Il faut être juste mais il faut être sévère. La jeunesse cherche toujours des limites. Il faut les lui montrer. On ne rend pas service à l’enfant en lui passant ses caprices, en lui pardonnant toutes ses fautes. Ce n’est pas parce que l’enfant s’affirme en disant non qu’il faut toujours lui dire oui.
C’est mépriser la jeunesse que de lui laisser croire qu’elle a toujours raison, que tout lui est dû. On méprise la jeunesse quand on lui pardonne tout. Quel exemple donnerons-nous à la jeunesse si les multirécidivistes n’ont rien à craindre ? Si les mineurs peuvent se livrer aux pires excès sans être punis ? On m’a reproché d’avoir employé un jour le mot racaille pour désigner les voyous qui empoisonnent la vie des gens. Mais où allons-nous si les voyous ne peuvent même plus être appelés des voyous ?
Quels éducateurs serons-nous si nous nous laissons aller à ces petites lâchetés ?
Quel exemple offrons nous à la jeunesse si c’est toujours la société qui est coupable et jamais les délinquants.
Je suis convaincu que le respect des lois de la République est la condition de la liberté.
Je suis convaincu que lorsque les lois ne sont plus respectées, ce sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus modestes, qui sont les premières victimes.
Je le dis comme je le pense : le premier devoir d’un Président de la République est de faire respecter les lois de la République et je trouve indigne d’un candidat à la présidence de la République de prendre le parti des délinquants et les fraudeurs et faire porter sur la police la responsabilité des violences de la gare du Nord, ça s’appelle prendre le parti des fraudeurs et des délinquants, voilà la vérité ! Et la fraude, la gauche devrait le savoir, c’est le contraire de la République, c’est le contraire de la justice, c’est un impôt forcé sur ceux qui travaillent dur, qui payent leur billet et qui ont du mal à joindre les deux bouts parce qu’il faut bien qu’au bout du compte quelqu’un paye.
La bonne conscience de gauche dit que pour diminuer la fraude, il n’y a qu’à donner la gratuité aux Rmistes. Elle ne veut pas voir qu’ainsi, elle les enferme dans l’assistance. Pensez-donc s’ils retrouvent un travail il perdront le bénéfice de la gratuité c’est sans doute pour les socialistes ce que l’on appelle encourager le travail ! D’autres veulent la gratuité pour tout le monde. Mais, encore une fois, qui paye au bout du compte ? C’est toujours le travailleur! Les socialistes veulent toujours la gratuité comme réponse à la pauvreté. Moi je veux que les pauvres puissent gagner leur vie.
Il faut se méfier de cette politique de la bonne conscience qui ne veut voir les conséquences de ce qu’elle prône. Elle veut que les sans papier soient régularisés mais elle ne veut pas voir que l’immigration clandestine fait la fortune des marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils profitent de la détresse et qui sont souvent employés au noir dans des conditions honteuses.
Accepter d’accueillir toute la misère du monde, c’est tirer toute la société vers le bas. C’est faire le malheur des immigrés que l’on n’arrive plus à intégrer, et le malheur de tous les autres. Ce sont comme toujours les plus modestes et les plus vulnérables qui payent le plus cher: le jeune de 20 ans qui meurt asphyxié dans sa cachette ou qui coule au fond de l’océan avec sa pirogue, les familles brûlées vives dans des hôtels sordides où elles s’entassent parce qu’on ne sait pas où les loger. En régularisant tous les sans-papiers on incite une masse croissante de malheureux à immigrer clandestinement dans l’espoir d’être régularisés un jour et l’on fait monter le ressentiment chez ceux qu’on accueille si mal et chez ceux qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays. Si je suis élu président de la République, il n'y aura pas de régularisation globale.
Je refuse les régularisations automatiques qui sont un encouragement à l’immigration clandestine. Je propose que celui qui a été reconduit dans son pays ne puisse pas obtenir de titre de séjour pendant les 5 ans qui suivent. Et que les étrangers en situation irrégulière soient exclus du droit au logement opposable.
La bonne conscience de gauche s’oppose à la maîtrise de l’immigration sans se soucier de savoir si nous avons les moyens d’accueillir dignement toutes la misère du monde. Voilà la vérité ! Moi je souhaite que nous passions de l’immigration subie à l’immigration choisie et que nous fixions chaque année le nombre des étrangers que nous pouvons accueillir dans des conditions qui permettent de respecter la dignité des personnes.
La crise d’identité elle est aussi dans la démoralisation de France qui travaille ou qui ne demande qu’à travailler.
Je veux rendre au travail sa valeur morale et sa capacité d’émancipation.
Je veux rendre au travailleur la première place dans la société.
C’est tout le sens de mon projet politique : je veux redonner au beau nom de travailleur le prestige qu’il a perdu, parce qu’en abaissant le travailleur on a abaissé l’Homme.
Je veux réhabiliter le travailleur qui a été trop longtemps ignoré par la droite et qui a été trahi par la gauche.
La fin du travail est un mythe. Le grand problème de la France c’est qu’elle travaille moins quand les autres travaillent plus. Le grand problème de la France c’est qu’elle ne crée plus assez de travail pour financer les retraites, la protection sociale, pour rembourser la dette, pour élever le niveau de vie, pour réduire la précarité, le chômage, les inégalités, pour faire fonctionner notre modèle d’intégration sociale. Ce problème est un problème moral. La crise de la valeur travail est au cœur de la crise morale.
Le travail c’est l’égalité des chances, c’est la promotion sociale, c’est le fondement de la citoyenneté.
Derrière la crise du travail il y a le sentiment désespérant que la promotion sociale est impossible, que le mérite n’est plus récompensé et que le travail ne paye plus, qu’il ne protège même plus de la pauvreté. Avec la crise de la valeur travail c’est l’espérance qui disparaît. Comment espérer encore si le travail ne permet plus de se mettre à l’abri de la précarité, de s’en sortir, de progresser ?
Je n'accepte pas qu'il puisse exister des travailleurs pauvres alors que l'on a déjà bien assez à faire avec ceux qui sont pauvres parce qu'ils n'ont pas de travail !
La France sans paysan, sans artisan, sans ouvrier serait une France appauvrie moralement, culturellement, économiquement. Je pense aussi aux employés, aux techniciens, aux ingénieurs, aux cadres, je pense aux infirmières, je pense aux professeurs, aux médecins, à tous ceux qui aiment leur métier, qui en sont fiers. Ils considèrent qu’ils doivent le faire le mieux qu’ils peuvent. Ils ont ce sens du devoir, ce sens moral, ce courage qui sont des valeurs auxquelles je crois, qui sont les valeurs autour desquelles les Français doivent se rassembler parce que ce sont les valeurs de la France.
Les travailleurs incarnent un type de civilisation, un type d’homme qui respecte le travail comme une condition de la liberté, qui pense que l’honneur c’est toujours s’efforcer de faire le mieux possible ce qu’on a à faire, que la dignité c’est de ne rien devoir qu’à soi-même et que le premier devoir d’un homme c’est de transmettre ses valeurs à ses enfants.
Aux ouvriers qui ont tant de savoir-faire, aux paysans qui depuis des générations font fructifier leur terre, aux artisans qui n’aiment que ce qui est parfait et dont les secrets se transmettent de génération en génération depuis des siècles, aux ingénieurs qui subissent eux aussi la concurrence des ingénieurs de l’Inde ou de la Chine dix fois moins payés, je me refuse à dire que tout est fini, qu’il n’y a plus de place pour eux, qu’ils doivent disparaître, qu’ils ne servent plus à rien. Je veux leur dire que rien n’est perdu. Un métier qui disparaît, un village qui se vide, un bassin industriel qui s’effondre, c’est un drame. Aucune nécessité économique ne justifie que la politique soit indifférente à ce drame et à la souffrance qu’il cause. Nulle impuissance publique n’oblige à accepter sans rien faire ce gâchis humain qu’un petit effort d’imagination, de volonté et de morale suffirait à éviter. A quoi sert la politique si on ne peut rien faire sur rien ? A quoi sert la politique si la seule loi qui s’impose est celle de la rentabilité à court terme ? A quoi sert la politique si elle se contente d’accompagner une sorte de sélection naturelle qui fait triompher le fort et anéantit le faible, si elle ne donne pas sa chance à chacun, à chaque territoire ?
Je veux moraliser le capitalisme, faire prévaloir la logique de la production sur celle de la rente et de la spéculation, revaloriser le travail.
Là encore, il faut dire la vérité aux Français. C’est le travail qui crée le travail et le partage du travail a freiné les salaires et détruit plus d’emplois qu’il n’en a créé. Il faut dire la vérité aux Français : dans le monde tel qu’il est, on ne peut gagner plus en travaillant moins.
Il faut dire la vérité aux Français : on ne peut pas trop taxer le capital sinon il s’en va, on ne peut pas continuer de taxer autant le travail sinon on encourage les délocalisations. Je veux être le Président qui prendra le problème des délocalisations à bras le corps. C’est pour cela que je veux taxer le pollueur plutôt que le travailleur. C’est pour cela que je veux expérimenter la TVA sociale qui taxe les importations et exonère les exportations. C’est pour cela que je veux une politique industrielle. C’est pour cela que je souhaite que l’Etat se dote des moyens de faire lorsque c’est nécessaire ce qu j’ai fait pour Alstom. Rappelez-vous, tout le monde disait : « Alstom c’est fini ! » Comme quoi avec un peu de volonté et d’imagination, on peut faire beaucoup de chose. J’ai une conviction, c’est que la politique elle ne peut rien surtout quand elle ne veut rien !
Tout concourt à la crise d’identité. Mais derrière la défaillance de l’école, derrière l’immigration non maîtrisée, derrière la désintégration du travail, derrière les délocalisations, derrière la crise des banlieues, derrière l’exclusion, c’est toujours la question nationale qui est posée. C’est toujours la question de l’identité, de la cohésion, de la solidarité, de l’indépendance, de la volonté nationale qui est posée.
L’Europe aurait pu contribuer à y répondre. Elle a été construite pour cela. Elle a été construite pour être une multiplication de puissance, un amplificateur de volonté, pour protéger, pour donner du sens et de la fraternité.
Au lieu de cela, elle a aggravé la crise.
En défaisant les politiques des Etats sans mettre à la place les politiques communes.
En démantelant toutes les protections nationales sans les remplacer par une préférence communautaire.
En laissant la banque centrale mener une politique de l’Euro fort qui met notre industrie à genou au lieu de mettre l’euro au service de l’économie comme le font tous les pays du monde qui ne sont pas dans la zone euro.
En interdisant toutes les politiques industrielles au nom d’une conception dogmatique de la concurrence,
En n’opposant rien à tous les dumpings économiques, sociaux, monétaires, au nom d’une vision naïve du libre échange qui n’est partagé par aucun autre pays du monde.
L’Europe a nourri la crise identitaire et affaibli la nation sans se renforcer elle-même.
L’Europe, il faut avoir le courage de le dire, a accentué la crise nationale tout en causant la crise européenne dans laquelle elle se débat aujourd’hui.
On ne refera pas l’Europe contre les nations. On ne sauvera pas les nations en détruisant l’Europe.
L’Europe et les nations sont condamnées à se renforcer ensemble ou à s’affaiblir ensemble.
Refonder le pacte européen et refonder le pacte national, voilà le préalable à tout.
Refonder le pacte national pour pouvoir refonder l’Europe, refonder le pacte européen pour pouvoir refonder la nation, voilà la priorité !
Refonder le pacte européen, c’est refaire une Europe qui agit au lieu de subir.
Ou nous réussirons à refaire une Europe des politiques communes, additionnant des volontés. Ou bien les peuples renverseront une Europe qui sera devenue le cheval de Troie de toutes les concurrences déloyales et qui rendra l’avenir plus angoissant au lieu de le rendre plus rassurant.
J’ai toujours dit OUI à l’Europe. J’ai dit OUI à l’Acte Unique. J’ai dit OUI à Maastricht, j’ai dit OUI à la constitution européenne. Mais je n’ai pas dit OUI à cette Europe là.
Je n’ai pas dit OUI à l’Europe de l’impuissance, à l’Europe de l’Euro fort, à l’Europe de la naïveté, à l’Europe qui ne veut pas des champions nationaux et qui préfère le rachat d’une entreprise européenne par une entreprise américaine plutôt que la moindre entorse au catéchisme de la concurrence.
Je veux réconcilier la France du NON et la France du Oui en reconstruisant une Europe de la volonté qui n’accepte plus de subir et qui se donne les moyens d’agir
L’Europe est bloquée. Pour débloquer l’Europe, je veux proposer à nos partenaires un traité simplifié qui nous permette de nouveau de parler ensemble, de décider ensemble. Ce traité simplifié ne sera pas une Constitution. Ce traité simplifié ne refondera pas l’Europe politique, car avant de refonder l’Europe politique, avant d’élaborer une nouvelle Constitution, il faudra d’abord refonder l’Europe économique et l’Europe sociale.
Avant de s’attaquer de nouveau aux problèmes des institutions, il faudra que l’Europe soit capable de répondre aux angoisses des citoyens. Il faudra que l’Europe redonne aux citoyens le sentiment qu’elle les protège et qu’elle prépare l’avenir.
Il faudra aussi qu’elle cesse d’être l’alibi de tous les renoncements de la nation.
Je suis convaincu que les générations d’aujourd’hui peuvent accomplir d’aussi grandes choses que les générations d’hier. Entre la fuite en avant dans le mondialisme et l’enfermement dans le local, entre le marché planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je le dis haut et fort : la conception française de la nation est une force d’émancipation.
Mais pour faire changer l’Europe et pour faire changer la France, il nous faut une volonté nationale.
Cette volonté nationale, nous l’avons perdue depuis trop longtemps
Le 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, la montée du vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en péril sont d’abord l’expression d’une profonde crise de l'identité nationale. Nous n'avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux.
Depuis trente ans on parle à votre place, on pense à votre place, on décide à votre place.
Depuis trente ans
Ce sont des commissaires européens,
des dirigeants de Banque Centrale
des cabinets ministériels
des grands corps
des experts
qui pensent à votre place, décident à votre place.
Vous en avez assez que l’Etat abdique devant les bureaucraties, les corporatismes et les lobbies.
Vous en avez assez que l’Europe ne soit pas démocratique.
Vous en avez assez que des gens qui ne sont pas élus, qui ne sont responsables devant personne, qui n’ont de comptes à rendre à personne décident de votre vie, de votre avenir, de celui de vos enfants.
Vous en avez assez de tous ces gens qui veulent toujours vous imposer des sacrifices qu’ils ne sont pas capables de s’imposer à eux-mêmes.
Vous en avez assez que l’on vous répète sans arrêt qu’il n’y a qu’une seule politique possible et que vous n’avez pas le choix.
Vous en avez assez qu’on vous dise :
« Plus de croissance, ce n’est pas possible ! »
« Le plein emploi, ce n’est pas possible ! »
« Travailler plus pour gagner plus, ce n’est pas possible ! »
« L’augmentation du pouvoir d’achat, ce n’est pas possible ! »
« Que tout le monde sache lire, écrire et compter, ce n’est pas possible ! »
« Choisir l’école de vos enfants, ce n’est pas possible ! »
« Le recul de la délinquance, ce n’est pas possible ! »
« Le service minimum dans le service public, ce n’est pas possible ! »
« La baisse des impôts, ce n’est pas possible ! »
« La politique industrielle, ce n’est pas possible ! »
« La taxation des pollutions, ce n’est pas possible ! »
« La préférence communautaire, ce n’est pas possible ! »
« La lutte contre les concurrences déloyales, ce n’est pas possible ! »
Vous en avez assez que rien ne soit possible et vous avez raison ! Regardez le trafic des poids lourds ! Vous en avez assez que l’on vous dise que l’on n’y peut rien. Les 10 000 camions qui franchissent chaque jour la frontière avec l’Italie, ceux qui traversent la vallée du Rhône provoquent, l’exaspération des populations dans les vallées et jusqu’à Nice et, ils rejettent tous les jours plusieurs centaines de tonnes de CO² dans votre atmosphère.
On n’y peut rien ?
Mais nos voisins, suisses et autrichiens, ont mis en œuvre des solutions de report massif de ce trafic sur le rail pour éviter l’engorgement et la pollution.
Pourquoi pas nous ?.
Depuis de nombreuses années, nous travaillons avec les italiens à la réalisation de ce grand projet et ce grand chantier qu’est la liaison Lyon Turin. Sa vocation première est de transférer sur le rail le trafic des poids lourds qui encombre aujourd’hui les autoroutes et les rocades. En sortant 1 million de poids lourds des routes, il aura en outre le mérite d’éviter le rejet de près de 400 tonnes de CO² tous les jours dans le ciel des Alpes.
J’ai évoqué la semaine dernière la proposition d’une taxation du trafic poids lourds pour financer nos infrastructures. Je m’engage devant vous à ce que le produit de cette taxation dans les Alpes permette le financement de ce grand projet.
Alors oui avec de la volonté politique et de l’imagination, tout est possible. Avec de la volonté politique le Lyon Turin aussi deviendra possible !
Je m’engage à proposer à l’Italie de lancer la réalisation du Lyon Turin dès 2009.
Vous en avez assez que l’on vous dise que l’on ne peut rien à rien.
Vous en avez assez que l’on décide à votre place ce que vous avez ou non le droit de dire.
Vous en avez assez qu’il ne soit pas possible de dire que ceux qui n’aiment pas la France et qui n’aiment pas les valeurs de la République ne sont pas obligés d’y rester.
Vous en avez assez que l’identité nationale soit considérée comme un gros mot.
Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme, que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme, que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen, que l’on ne puisse pas dénoncer l’accaparement du pouvoir par la technocratie ou montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de démagogie, que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme.
Vous en avez assez et vous avez raison !
Vous en avez assez et vous avez raison.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
Et je n’ai que deux choses à vous dire, deux choses qui viennent du fond du cœur, deux choses qui nous unissent, qui nous rassemblent :
Vive la République !
Vive la France !
04 avril 2007
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Nicolas Sarkozy à Lorient
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Lorient - mardi 3 avril 2007
Mes Chers amis,
L’heure du choix approche. Ce choix, tous les Français le sentent bien, sera décisif pour chacun d’entre nous, décisif pour notre avenir et pour celui de nos enfants, décisif pour la France. Oui pour la France dont on ne parlait plus depuis si longtemps dans la politique française. La France, ce nom que personne n’avait plus le droit de prononcer, sans être aussitôt rejeté dans le camp de l’extrême droite. La France, ce nom que nos aïeux trouvaient si beau qu’ils le prononçaient toujours avec respect et pour lequel ils étaient prêts à risquer leur vie parce qu’il désignait pour eux ce qu’ils avaient de plus précieux à transmettre à leurs enfants.
La France, ce nom qui fut si longtemps pour le monde entier synonyme de liberté, d’émancipation des peuples et de justice, ce nom était devenu dans notre propre pays un mot ringard, passéiste, réactionnaire. Un de ces mots qui vous brise une carrière politique comme l’autorité, l’ordre, l’identité nationale ou la morale.
J’ai voulu remettre ces mots au cœur de la politique. Candidat à l’élection présidentielle, j’ai voulu parler de la France. Je l’ai voulu parce que j’avais le sentiment que c’était mon devoir. Je l’ai voulu parce que la France était systématiquement dénigrée, parce qu’en apprenant aux Français à haïr la France, on leur apprenait à se haïr eux-mêmes et parce que la haine de soi est toujours le commencement de la haine des autres.
Je l’ai voulu parce que la France incarne la persistance de cette volonté collective qui seule peut opposer à la mondialisation des marchés un projet de civilisation.
Je l’ai voulu parce que la France, c’est la certitude pour chaque Français qu’il n’est pas seul pour affronter les grands bouleversements qui sont en train de changer le monde,qu’il n’est pas seul face à la concurrence effrénée de tous les pays qui cherchent par tous les moyens à conquérir des marchés, face aux spéculateurs et aux prédateurs du monde entier, face à tous les dumpings écologiques, sociaux monétaires.
La France c’est la certitude pour chaque Français qu’il n’est pas seul au monde, qu’il n’est pas condamné à se battre tout seul,à s’en sortir tout seul.
La France c’est le nom, c’est le mot, c’est l’idée qui donne un sens à cet autre mot si important à mes yeux qui est le mot « ensemble ».
Ensemble, c’est toute la France, c’est tous les Français, unis, rassemblés, mobilisés autour d’un projet, d’un idéal.
Seul, avec le chacun pour soi comme devise, rien désormais n’est plus possible. Plus que jamais, un pays morcelé, un pays éclaté, un pays où la division est plus forte que l’unité, un tel pays ne peut rien. Il est impuissant, incapable d’agir et incapable de protéger.
Ensemble, en revanche, tout devient possible. Tout devient possible parce qu’ensemble nous sommes plus forts, parce qu’ensemble nous formons un peuple, nous formons une nation, qui ont toujours trouvé en eux la force de se relever quand on les croyait à terre, la force de traverser debout toutes les vicissitudes de l’histoire, et parce que ce peuple, parce que cette nation sont encore capables de trouver en eux l’énergie de s’inventer un avenir, de redevenir acteurs de leur propre histoire.
Ensemble, nous pouvons faire une politique qui agit au lieu d’être condamnés à une politique qui subit.
Ensemble, nous pouvons accomplir d’aussi grandes choses que les générations qui nous ont précédé en ont accomplies. Au nom de la France qui n’est pas une nostalgie, qui n’est pas seulement une histoire dont nous serions prisonniers, qui n’est pas une race ou une ethnie, mais qui est notre destin commun, qui est notre volonté de vivre et de bâtir ensemble, qui est une façon d’être et de penser, qui exprime une forme de résistance à l’uniformisation du monde, qui est notre avenir.
Voilà pourquoi j’ai voulu reparler de la France, la remettre au cœur du débat politique.
Au fond si je devais résumer en une phrase le but de mon projet politique, si je devais dire en une phrase pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle je dirais : « pour rendre à chaque Français, quelle que soient ses origines, quel que soit le quartier où il habite, où qu’il se trouve dans le monde, la fierté d’être Français ! ».
Oui je veux rendre à chaque Français la fierté d’être Français. Voilà le sens de mon projet !
La fierté d’être Français, comment pourrions nous l’éprouver, si nous continuons à endurer le chômage de masse, l’exclusion, la précarité ?
Comment pourrions éprouver la fierté d’être français si les Français qui n’arrivent pas à se loger décemment avec les revenus de leur travail, sont de plus en plus nombreux, si de plus en plus de jeunes français sont condamnés à ne plus trouver de travail, si nous continuons de reculer partout si les diplômes de nos universités ont de moins en moins de valeur dans le monde entier, si pour le monde entier la France est un pays où l’on ne peut pas entreprendre, où l’on empêche ceux qui veulent travailler de travailler, un pays continuellement paralysé par les grèves du service public, un pays où l’on ne peut pas prendre les transports en commun sans se faire détrousser !
Quelle image donnons-nous ? Quelle image de nous-mêmes nous renvoie le regard des autres quand nous offrons au monde un spectacle comme celui de la gare du Nord la semaine dernière ?
Je veux le dire avec beaucoup de conviction : la France ne traverse pas une crise de morale que l’on pourrait guérir avec un peu de psychologie et de méthode Coué.
La France traverse une crise morale qui ne peut être guérie qu’en remettant de la morale dans la politique.
Je voudrais vous parler ce soir d’un sujet dont paradoxalement on ne parle jamais beaucoup en politique, parce que depuis longtemps il est jugé par les adeptes du politiquement correct comme aussi ringard et réactionnaire que la nation ou l’autorité. Je veux parler de la morale civique. Je veux parler du civisme qu’on enseignait jadis dans les écoles. C’est-à-dire de ce que nous devons à notre pays, de nos obligations envers la société, de ce qui fait que chacun d’entre nous mérite le titre de citoyen, de ces devoirs qui sont la contrepartie de nos droits.
Car pour moi, la citoyenneté ce n’est pas que des droits, la citoyenneté c’est aussi des devoirs. Il n’y a pas de citoyenneté, il n’y a pas de république il n’y a pas de nation, il n’y a pas de société sans un minimum de civisme.
Le civisme c’est une forme de respect des autres et une forme de respect de soi-même.
Le civisme c’est une forme de dignité qui pousse celui qui reçoit à donner à son tour. Le civisme c’est une forme de reconnaissance vis-à-vis de son pays, de tous ceux qui se sont battus pour sa liberté, pour son indépendance.
J’ai voulu en parler ici, sur cette terre de Bretagne où l’on sait mieux que partout ailleurs ce que c’est que le devoir, ici sur cette terre de marins où l’on se transmet, de génération en génération, la conviction que l’honneur d’un homme c’est d’abord de faire ce qu’il doit.
Le marin qui tous les jours affronte l’océan sait que face à la toute puissance de la nature, sa vie n’est grande que de son courage et de ses vertus morales.
Ce qu’il oppose à l’océan ce n’est pas la force de ses bras, c’est la force de son esprit. La grandeur du marin, c’est qu’il aime la vie qu’il s’est choisie et que bien souvent son père, son grand-père, ses aïeux, avant lui s’étaient choisie. La grandeur du marin, c’est qu’il aime la mer qui peut l’engloutir à tout instant, c’est qu’il aime défier la mer vers laquelle il revient toujours quoiqu’il arrive. La grandeur du marin c’est qu’il va tous les jours provoquer le destin pour lutter pied à pied avec lui. La grandeur du marin est une grandeur tragique qui forge de grands caractères.
J’ai toujours pensé que ce n’était pas par hasard que les premiers soldats de la France libre furent des pêcheurs.
Et le sort des femmes de marins qui attendent tous les jours le retour des bateaux n’a pas moins de grandeur. Elles aussi à leur manière elles se battent avec la mer et avec le destin qui peuvent tout leur prendre.
J’ai une pensée pour toutes ces femmes qui ont perdu un mari, pour tous ces enfants qui ont perdu un père et dont le deuil est souvent plus cruel encore quand la mer ne rend pas le corps qu’elle a pris.
Ici, à Lorient l’un de nos plus grands ports de pêche, dans une région qui fait la moitié de la pêche maritime française, on se raconte depuis la nuit des temps des histoires de marins que la mer a pris.
Je me souviens de ma rencontre avec des marins au Croisic. Je me souviens du spectacle d’une mer déchaînée sur la passerelle d’un chalutier au Guilvinec.
Je me souviens de ce poème de Victor Hugo que l’on apprenait de mon temps à l’école et qui me serrait le cœur d’émotion.
Il finissait ainsi : « ô flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux,
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous ! »
Je sais ce que vous endurez.
Je sais ce que vous valez.
Je sais que vous aimez la vie parce que vous en connaissez mieux que d’autres la valeur.
Je sais que vous connaissez le prix de la dignité vous qui payez la vôtre si cher.
Je suis venu parler ici du civisme parce qu’ici on ne demande rien d’autre que de pouvoir vivre du fruit de son travail, ici on ne brûle pas la voiture de son voisin, ici on ne se laisse jamais aller à la violence gratuite. Chez les marins, on ne fraude pas, on ne triche pas. Ici quand on manifeste, quand on recours à la violence, ce n’est jamais pour se distraire, ce n’est jamais pour nuire à autrui, c’est parce qu’on est désespéré, c’est parce qu’on n’a plus de recours et qu’on se sent condamné à la mort économique et à la mort sociale.
Je veux le dire ici, aucune violence n’est acceptable dans la république, mais je ne mets pas, je ne mettrai jamais sur le même plan la colère des pêcheurs qui ne veulent pas mourir et la violence gratuite des fraudeurs et des voyous.
Je veux le dire ici : je veux que la pêche française vive, je veux que plus jamais les pêcheurs ne soient obligés de descendre dans la rue pour faire entendre leur désespoir.
Je veux en finir avec cette politique absurde qui oblige ceux qui ne demandent qu’à travailler, qu’à pouvoir faire vivre leur famille en travaillant, à manifester violemment pour qu’on accepte de les entendre.
Je veux en finir avec cette politique qui, oscillant entre l’abandon et le renoncement, ne peut que susciter la colère parce que le désespoir finit toujours par engendrer la colère.
Sachez le, je me battrai à Paris, je me battrai à Bruxelles, je me battrai partout, mais si je suis président de la République, la pêche en France ne disparaîtra pas.
Si je suis élu, vous serez écoutés, vous serez soutenus, vous serez respectés, vous ne serez pas abandonnés, vous ne serez pas ignorés.
Si je souhaite qu’il en soit ainsi, c’est pour des raisons économiques, culturelles, humaines. Mais surtout, c’est pour une raison morale.
Je ne crois pas qu’une politique puisse être acceptée si elle est immorale.
Je ne crois pas qu’une société puisse fonctionner si elle n’accepte pas un minimum de morale.
Je ne veux pas d’une politique qui sacrifierait délibérément les pêcheurs et qui serait indulgente avec les voyous. Parce qu’une telle politique serait immorale.
Je ne veux pas d’une politique qui laisserait tomber ceux qui travaillent dur, ceux qui perpétuent une culture du courage de la solidarité et de l’honneur et qui s’apitoie sur les fraudeurs, les tricheurs et les trafiquants.
Je crois que notre société marche sur la tête en dévalorisant le travail et en favorisant la fraude.
Je souhaite une politique qui revalorise le travail en réhabilitant le travailleur.
Parce que le travail c’est l’émancipation, c’est le lien social, c’est la citoyenneté.
Le travail c’est le moyen par lequel la France peut résoudre ses problèmes.
C’est en travaillant plus que la France résorbera ses déficits, paiera ses retraites, augmentera son pouvoir d’achat, viendra à bout de l’exclusion et de la précarité.
La France travaille moins quand les autres travaillent plus. De là vient une grande partie de nos problèmes.
Quand on taxe trop le travail, quand on impose les 35 h à tout le monde, quand le droit du travail est trop rigide, on décourage la France qui travaille.
Quand l’assistanat paie plus que le travail, quand la fraude reste impunie, quand l’argent public est détourné ou gaspillé, on démoralise la France qui travaille.
Mais si la France qui travaille est découragée, si la France qui travaille est démoralisée, qui financera la solidarité ? Qui paiera pour les retraites ? Qui paiera pour l’éducation, pour la santé ?
Je veux dire la vérité aux Français : dans le contexte de la mondialisation, face à la concurrence des pays à bas salaires, face à des pays qui utilisent toutes leurs mains d’œuvres parce qu’ils atteignent le plein emploi, face à des pays où les 35 h n’existent pas, on ne peut pas continuer avec le partage du travail, on ne peut pas continuer à empêcher ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus de le faire.
On ne peut pas continuer de surtaxer le travail sinon il se délocalise. On ne peut pas taxer trop le capital sinon il s’en va. Dans le monde tel qu’il est, il faut moins taxer le travailleur et davantage la pollution et les importations, parce qu’il faut dissuader le pollueur de polluer, parce qu’il faut appliquer le principe du pollueur payeur et parce qu’il n’est pas normal que les importations ne contribuent pas au financement de la protection sociale.
On ne peut pas continuer à décourager l’embauche en cherchant à empêcher le licenciement, quand, partout dans le monde, c’est la réactivité et la souplesse qui prévalent. On ne peut pas continuer avec un système qui au lieu de protéger fabrique de l’insécurité, du chômage et de l’exclusion.
Si nous voulons résoudre nos difficultés, il nous faut changer de politique. Il nous faut faire d’autres politiques que celles que nous faisons depuis 25 ans et qui ont échoué.
Et nous n’arriverons à rien si nous nous contentons de mesures techniques, fussent-elles les meilleures du monde, nous n’arriverons à rien si nous ne nous attaquons pas au problème moral.
Nous n’arriverons à rien si nous ne changeons pas les valeurs sur lesquelles se fondent nos politiques.
Nous n’arriveront à rien si nous ne changeons pas la manière d’aborder les problèmes.
Nous n’arriverons à rien si nous continuons de démoraliser la France qui travaille parce que nous ne la respectons pas assez.
La France qui travaille, c’est vous !
La France qui ne demande rien d’autre que de pouvoir vivre en travaillant dur, c’est vous !
La France qui veut seulement être respectée parce qu’elle paie pour tous les autres, c’est vous !
On ne respecte pas la France qui travaille si l’assistance paie plus que le travail. Mais on ne respecte pas non plus ceux que l’on prétend aider car l’assistanat est dégradant pour la dignité humaine.
L’assistanat rend dépendant. L’assistanat c’est le contraire de l’émancipation. L’assistanat, c’est refuser de reconnaître à celui que l’on aide la moindre utilité sociale. Et quand on peut vivre mieux sans travailler qu’en travaillant, l’assisté devient prisonnier de l’assistance parce qu’il se trouve dans la situation absurde ou reprendre un emploi constituerait pour lui un appauvrissement.
Si je suis élu je ferai de l’augmentation du pouvoir d’achat, la priorité de la politique économique.
Si je suis élu, je ferai en sorte qu’aucun revenu d’assistance ne soit supérieur au revenu du travail.
Si je suis élu, aucun revenu d’assistance ne sera versé sans que soit effectuée en contrepartie une activité d’intérêt général, fut-elle minime. Parce que c’est la seule manière pour que celui qui est en grande difficulté, pour que celui qui a subi un accident de la vie, garde à la fois l’estime de lui-même en se voyant reconnaître une utilité sociale et se réinsère dans la société au lieu de s’en trouver définitivement exclu.
On ne respecte pas la France qui travaille si l’on tolère la fraude, si l’on est indulgent avec les fraudeurs, si la fraude n’est jamais punie sous le prétexte que son montant n’est pas très élevé.
Pourquoi alors l’honnête citoyen qui paie ce qu’il a à payer continuerait-il à le faire ? Comment le chef d’entreprise qui paie ses charges pourrait-il longtemps lutter contre la concurrence déloyale ?
Le problème de la fraude ce n’est pas d’abord une question de montant, c’est une question de principe. Car ce que l’on ne paie pas, ce sont les autres qui le paient.
Quand quelqu’un ne paie pas son ticket de métro, ce sont les autres usagers qui le paient.
Quand quelqu’un fraude la sécurité sociale, ce sont les autres assurés sociaux qui paient pour lui.
Quand quelqu’un fraude le fisc, ce sont les autres contribuables qui paient l’impôt à sa place.
La fraude c’est un vol.
La fraude c’est toujours un impôt que les fraudeurs perçoivent sur les honnêtes gens et sur les travailleurs.
La fraude c’est toujours au plus pauvre, au plus démuni qu’elle impose le préjudice le plus lourd, au travailleur pauvre qui est obligé de se lever tôt et de prendre le métro. Au chômeur qui a besoin des allocations chômage pour vivre pendant qu’il cherche un travail, à l’accidenté de la vie qui a besoin qu’on l’aide pour ne pas sombrer.
La fraude c’est un impôt forcé que les plus pauvres paient à la place des fraudeurs.
J’ai été scandalisé que certains, dans les médias, parmi les intellectuels et parmi la classe politique aient pu laisser entendre que la responsabilité des récentes émeutes de la gare du Nord était imputable à la police au prétexte qu’elle avait osé interpeller un fraudeur qui n’avait pas payé son ticket de métro.
Cette attitude est contraire à mes valeurs, elle est contraire à ma conception de la vie en société et de la morale.
Cette attitude est indigne de gens qui prétendent exercer des responsabilités dans la politique, dans l’économie, dans la société. Cette attitude est désastreuse pour l’esprit civique. Elle est irresponsable de la part de candidat de la présidence de la République.
Il faut être aveugle pour ne pas voir le climat délétère que la fraude fait régner dans notre pays.
Il faut être aveugle pour ne pas voir l’addition que toutes les fraudes pèsent désormais très lourd dans les difficultés dans lesquelles la France se débat. Tout récemment le Conseil des prélèvements obligatoires chiffrait la fraude fiscale et sociale à 30 à 40 milliards d’euros de pertes pour l’Etat et les organismes sociaux chaque année.
Et encore, ce chiffrage ne peut-il pas prendre en compte toutes les fraudes.
Je veux être le président qui n’aura aucune indulgence envers les fraudeurs. Je veux être le président qui mettra tout en œuvre pour combattre la fraude et punir les fraudeurs quels qu’ils soient.
Parce que je veux que la France qui travaille soit respectée.
Parce que je veux que nous donnions à la jeunesse l’envie de travailler plutôt que la tentation de frauder.
Parce que je veux que la solidarité profite à ceux qui en ont vraiment besoin.
Mais il n’y a pas que la fraude qui soit immorale. Il n’y a pas que la fraude qui témoigne d’un manque de respect vis-à-vis de la France qui travaille, qui paie ses impôts et qui respecte le bien d’autrui.
Il y a aussi le gaspillage de l’argent public.
En gaspillant l’argent public on gaspille la peine du travailleur.
En gaspillant l’argent public, on se moque du mal que se donnent les travailleurs pour le gagner.
L’argent qu’on lui prélève, le travailleur l’a gagné avec sa fatigue. L’argent public, c’est l’argent des Français. Cet argent, moralement, on n’a pas le droit de le gaspiller parce qu’il a été durement gagné. Cet argent il faut le respecter, il ne faut le dépenser que pour ce qui est utile. Cet argent c’est celui de la solidarité, du service public, de la sécurité, de la santé, de l’éducation, de la recherche… On n’a pas le droit d’en gaspiller un euro, d’en détourner un euro.
L’efficacité de la dépense publique doit être un impératif. L’efficacité de la dépense publique doit être contrôlée, évaluée, discutée. Il faut avoir le courage de remettre en cause les dépenses inutiles. Il faut avoir le courage de revenir sur les dépenses du passé pour pouvoir financer les dépenses d’avenir.
Il faut avoir le courage d’investir pour les générations futures au lieu de leur laisser la facture de ce que nous consommons.
Il faut avoir le courage de passer de la logique des moyens à celle des résultats.
Ce n’est pas parce qu’on est dans la situation de pouvoir dépenser l’argent des autres qu’il faut se sentir exonéré de l’exigence de rigueur qu’on mettrait à gérer son propre argent. La morale civique, c’est tout le contraire, c’est être plus scrupuleux, plus exigeant, avec l’argent public qu’avec le sien.
Les Français ont assez de sens civique pour ne pas refuser de payer l’impôt de payer leurs charges. Ils savent que c’est nécessaire. Mais ils veulent en quelque sorte, c’est bien légitime, en avoir pour leur argent.
Quand il y a trop de gaspillage, trop de distorsion entre le poids des prélèvements et la qualité des services publics ou l’efficacité des politiques publiques alors, c’est l’impôt lui-même qui voit sa légitimité remise en cause.
A force d’avoir le sentiment que l’on se moque d’eux, à force d’avoir la conviction que leur argent est dépensé en pure perte, un jour les Français se tourneront vers le populisme et vers l’extrémisme.
C’est pourquoi je veux être le Président qui exigera que les résultats de toutes les politiques et de toutes les dépenses publiques soient mesurées.
Je veux être le Président qui fera en sorte que chaque gestionnaire public, chaque ministre, chaque fonctionnaire soit jugé sur ses résultats.
Je veux installer dans l’Etat la culture du résultat et de l’évaluation comme une exigence morale.
Je veux que chaque Français qui paie des impôts sur les revenus de son travail retrouve la conviction que son argent n’est ni jeté par les fenêtres, ni détournée de son objectif qui est le bien être de tous.
Tout l’argent de la fraude, tout l’argent gaspillé en dépenses inefficaces, en politique inutile, c’est de l’argent qui ne sert pas à la solidarité, qui ne sert pas à la justice, qui ne sert pas à l’emploi, qui ne sert pas à la croissance.
C’est de l’argent qui permettrait d’augmenter les petites retraites. C’est de l’argent qui pourrait permettre d’améliorer le sort de veuves d’artisans, de pêcheurs, qui ont souvent travaillé toute leur vie et qui doivent se contenter d’une pension de réversion dérisoire.
C’est de l’argent qui pourrait être utilisé pour que la pénibilité et le risque des métiers soient mieux pris en compte dans le calcul des retraites.
Je trouve injuste qu’on laisse courir la fraude et le gaspillage et que l’on ne fasse rien pour sauver le régime de retraite des marins, qui risquent leur vie tous les jours.
Je veux être le Président qui fera prévaloir la justice.
Je veux être le Président qui fera la réforme des régimes spéciaux et qui permettra aux marins d’avoir une meilleure retraite, qui permettra à leurs veuves de vivre décemment.
Je veux être le Président qui entre le fraudeur et le travailleur choisira toujours le travailleur.
Je veux être le Président qui entre le délinquant et la victime, sera toujours du côté de la victime.
Je veux être le Président qui n’acceptera pas le renoncement qui porte toujours préjudice aux plus vulnérables, aux plus faibles, à ceux qui sont le plus meurtris par la vie.
Je veux être le Président de tous les Français honnêtes qui veulent s’en sortir, qui veulent travailler, qui veulent être des citoyens à part entière, qui font toujours leur devoir, qui respectent les lois, qui se sentent une responsabilité vis-à-vis de leur pays, vis-à-vis de leur famille.
La France a trop renoncé, elle a trop subi, cela ne peut plus durer.
Quand je dis que la France a renoncé, je ne dis pas que les Français ont renoncé. Je dis que ceux qui gouvernent, ceux qui dirigent qui sont dans l’Etat, dans les cabinets ministériels, dans les partis, dans les bureaucraties, dans les syndicats, dans l’économie ont renoncé à vouloir pour la France autre chose qu’un destin médiocre, qu’ils ont enfermé la France dans le conservatisme, dans l’immobilisme, qu’ils ont répandu partout cette pensée unique qui est une idéologie de l’impuissance publique, qu’ils se sont eux-mêmes persuadés que les Français n’étaient plus en mesure d’accomplir de grandes choses et qu’ils ont essayé d’en persuader les Français.
Mon devoir, la tâche que je me suis assignée c’est de convaincre les Français de renoncer au renoncement. C’est de les convaincre qu’il est nécessaire, qu’il est vital d’agir et que c’est possible, que la politique qui est l’affaire de tous peut encore tout changer, qu’elle n’est impuissante que lorsqu’elle ne veut rien, lorsqu’elle n’imagine rien.
Ce qu’il y a de plus important pour moi dans cette campagne c’est d’arriver à convaincre les Français que la politique peut encore exprimer une volonté, qu’une volonté collective est possible, qu’une volonté nationale est possible, qu’il n’y a pas que la politique qui consisterait à ne rien faire, à attendre et à attendre encore sans savoir ce que l’on attend exactement, qu’il n’y a pas que la politique qui se contente d’imposer toujours plus de sacrifices aux Français pour rien parce qu’elle n’a pas d’autre but que la préservation du statu quo et le maintien de quelques rentes de situation.
Je veux convaincre les Français qu’une politique autre que celle du renoncement est possible.
Si vous êtes là si nombreux ce soir, si ardents, si mobilisés, c’est parce que vous avez le pressentiment de ce qui se passe dans cette élection. C’est parce qu’au fond de vous-mêmes vous partagez la même conviction que moi que l’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous allons dire « non » une fois encore dans notre histoire comme l’ont toujours fait ceux qui croyaient encore à la liberté de choisir leur destin face à ceux qui leur répétaient qu’ils n’avaient pas le choix.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore assez de volonté en nous, encore assez d’attachement à la liberté pour dire « non » à ce que depuis si longtemps on nous présente comme inéluctable.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore collectivement la force de vouloir quelque chose, la force de penser librement, d’imaginer librement notre avenir et pour cela de dire non à la pensée unique et au politiquement correct qui depuis 25 ans étouffent le débat public.
Je revendique pour vous et pour moi le droit de parler librement, d’agir librement, de penser librement.
Je suis venu vous le dire : nous ne sommes pas obligés de continuer à faire ce que l’on veut nous obliger à faire depuis 25 ans, à dire ce que l’on veut nous obliger à dire depuis 25 ans, à penser ce que l’on veut nous obliger à penser depuis 25 ans.
Nous pouvons agir, nous pouvons parler, nous pouvons penser autrement, si nous le voulons, si nous le décidons. Et c’est bien de cela qu’il s’agit le 22 avril et le 6 mai.
En disant non à tous ceux qui prétendent penser à la place des Français, qui prétendent décider pour tous les autres, qui prétendent tout savoir, qui ne cessent de se tromper sans pouvoir se remettre en cause, qui ne cessent d’échouer mais qui préfèrent imputer leurs échecs aux autres, en leur disant « non » nous disons oui à l’avenir, oui à une autre politique, nous disons oui au changement dont notre pays a besoin.
La pensée unique nous disait que l’on ne pouvait rien contre la délinquance, que c’était la société qui était comme ça, que pour faire reculer l’insécurité et la violence il fallait changer la société.
J’ai prouvé qu’une autre politique était possible, qu’en arrêtant de cherche des excuses aux délinquants, qu’en arrêtant de faire comme si toutes les causes de la violence étaient dans la société et aucune dans les voyous, qu’en concentrant les moyens de la police sur les missions qui sont les siennes : identifier ceux qui commettent des délits, les rechercher, les arrêter, les mettre à la disposition de la justice, on faisait reculer la délinquance.
Cela fait trop longtemps que la pensée unique nous dit que l’école ne peut pas apprendre à lire, à écrire et à compter à tous les enfants, que le collège, le lycée ne peuvent pas transmettre une culture à tous els élèves, qu’ils ne peuvent pas leur donner à tous accès aux grandes œuvres de l’esprit humain, que Racine, Molière, Victor Hugo ou Verlaine ce n’est pas pour tout le monde, que la maîtrise du Français ce n’est pas pour tout le monde, que dans la France d’aujourd’hui l’école ne peut pas être aussi exigeante qu’elle l’était jadis, qu’elle ne peut pas lutter contre l’influence de la télévision ou d’Internet, qu’elle ne peut pas enseigner le respect
On connaît le résultat : aujourd’hui l’école accentue les inégalités sociales au lieu de les réduire Aujourd’hui un nombre croissant de jeunes issu des milieux les plus défavorisés sortent de l’école sans savoir lire et écrire Que deviendront-ils dans la société de la connaissance qui sera celle du XXIe siècle ?
Une autre politique est possible Comment pouvons-nous accepter que nous en puissions pas réussir aujourd’hui avec tous els moyens dont nous disposons ce qu’ont réussi les instituteurs de la IIIe République à l’orée du XXe siècle, dans le monde clos des campagnes où souvent les parents ne parlaient pas le Français à la maison?
Je n’accepte pas cette idée ! Ce qu’ils ont fait nous pouvons le faire aussi à condition de le vouloir autant que la République de Jules Ferry l’a voulu.
La vérité c’est que la pensée unique ne le veut pas, qu’elle ne veut rien parce qu’elle s’accommode parfaitement du communautarisme et de la ségrégation, parce qu’elle s’accommode parfaitement du fait qu’il puisse y avoir d’un côté une petite élite qui a droit à tout et de l’autre la grande masse de ceux qui ne sont même pas assez respectés pour qu’on les juge dignes de recevoir une culture et un savoir. Ce n’est pas ma conception de la nation et de la République.
La pensée unique nous dit que la démocratisation du savoir c’est donner un diplôme à tout le monde. Moi je dis que la démocratisation du savoir c’est donner à chacun les moyens de mériter un diplôme. Parce que si l’on se contente de donner un diplôme à tout le monde, alors les diplômes ne valent plus rien pour personne.
La pensée unique nous dit qu’il ne faut rien changer à l’université et qu’il faut seulement plus de moyens.
Moi, je dis que si l’on ne change rien les moyens supplémentaires seront gaspillés et qu’on demeurera incapable d’offrir un avenir à la majorité des étudiants de nos universités et que c’est un crime contre la jeunesse.
La pensée unique nous dit que le chômage est inéluctable et que le plein emploi ce n’est pas possible. Longtemps, trop longtemps on nous a dit que contre le chômage on avait tout essayé et que cela n’était plus la peine d’essayer. Il ne restait plus qu’à attendre la conjoncture internationale en espérant qu’elle ferait un peu reculer le chômage.
Eh bien je veux vous le dire ce soir, le plein emploi ce n’est pas fini, le plein emploi c’est possible. D’autres pays l’ont fait. Il n’y a pas de fatalité du chômage. Une autre politique est possible. Une autre politique est possible. Celle qui par la croissance, le plein emploi, la baisse des prélèvements sur le travail, l’investissement, la formation tirerait les salaires vers le haut.
Celle qui en luttant contre les dumpings atténuerait l’effet déflationniste sur les salaires de la concurrence des pays à bas salaires.
Celle qui en provoquant une baisse de l’Euro et en suscitant la création d’une préférence communautaire permettrait d’alléger la pression qui pèse aujourd’hui sur les salaires comme variables d’ajustement de la compétitivité.
La pensée unique dit que les territoires ruraux c’est fini, qu’il faut accélérer l’exode, qu’il faut leur enlever les services publics pour faire des économies. Plus les gens s’en vont, plus la pensée unique veut faire partir les services publics. Mais c’est l’inverse qu’il faudrait faire. Au lieu d’inciter les gens à s’entasser dans des banlieues, il vaudrait mieux essayer de les inciter à revenir là où tant de gens ont vécu pendant tant de siècles, en leur redonnant de vrais services publics, en ayant comme objectif non l’abandon mais la reconquête des territoires que depuis des années on a complètement marginalisés. Et pour cela refaire une vraie politique d’aménagement du territoire. Car en tirant le meilleur parti de tous les territoires cette politique qui peut coûter cher au départ peut rapporter beaucoup à l’arrivée.
Si je suis élu, je redonnerai leur chance à tous les territoires. Je remettrai l’aménagement du territoire au centre des politiques publiques.
Vous en avez assez de la pensée unique et du politiquement correct. Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme, que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme, que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen, que l’on ne puisse pas dénoncer l’accaparement du pouvoir par la technocratie ou montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de démagogie, que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme.
Vous en avez assez et je vous comprends.
Je veux en finir avec cette pensée unique qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
Ensemble, si vous le voulez nous referons la France et la République.
Et je vous le dis du fond du cœur :
Vive la Bretagne !
Vive la République !
Vive la France !
29 mars 2007
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Nicolas Sarkozy à Lille
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Lille - mercredi 28 mars 2007
Je viens au-devant de vous ce soir en homme libre, libre de parler, libre d’agir, libre d’aller au-devant de tous les Français. Jusqu’au bout j’ai voulu faire mon devoir, assumer mes responsabilités. Jusqu’au bout j’ai voulu remplir ma tâche au service de la sécurité des Français. Je le leur devais. C’était l’engagement que j’avais pris en revenant au Ministère de l’Intérieur.
Cet engagement je l’ai tenu.
Maintenant je dois consacrer toute mon énergie, toutes mes forces à la campagne présidentielle. Pour la première fois sous la Ve République, un candidat à l’élection présidentielle quitte ses fonctions pour faire campagne. Cette démission nul ne me l’a imposée. Je me la suis imposée à moi-même au nom de la haute idée que je me fais de ce que doit être le comportement d’un candidat à la Présidence de la République.
Il y a dans la fonction présidentielle une exigence morale, une exigence de dignité que j’ai décidé de m’appliquer tout au long de cette campagne. On ne peut pas vouloir être Président de la République et ne pas se comporter avec la dignité que requiert la fonction. C’est ce que je m’efforce de faire. C’est ce que je ferai jusqu’au terme de cette campagne. Rien ni personne ne me fera changer. Aucune attaque, aucune calomnie, aucune manœuvre ne me fera dévier de cette ligne de conduite.
Hier mon devoir c’était d’assurer la sécurité des Français.
Aujourd’hui c’est de les convaincre de préférer l’action à la résignation.
C’est de les convaincre que la France a trop renoncé, qu’elle a trop subi, que cela ne peut plus durer.
Quand je dis que la France a renoncé, je ne dis pas que les Français ont renoncé. Je dis que ceux qui gouvernent, ceux qui dirigent qui sont dans l’Etat, dans les cabinets ministériels, dans les partis, dans les bureaucraties, dans les syndicats, dans l’économie ont renoncé à vouloir pour la France autre chose qu’un destin médiocre, qu’ils ont enfermé la France dans le conservatisme, dans l’immobilisme, qu’ils ont répandu partout cette pensée unique qui est 6une idéologie de l’impuissance publique, qu’ils se sont eux-mêmes persuadés que les Français n’étaient plus en mesure d’accomplir de grandes choses et qu’ils ont essayé d’en persuader les Français.
Mon devoir, la tâche que je me suis assignée c’est de convaincre les Français de s’extraire du carcan de cette pensée unique, c’est de convaincre les Français de renoncer au renoncement. C’est de les convaincre qu’il est nécessaire, qu’il est vital d’agir et que c’est possible, que la politique qui est l’affaire de tous peut encore tout changer, qu’elle n’est impuissante que lorsqu’elle ne veut rien, lorsqu’elle n’imagine rien.
Ce qu’il y a de plus important pour moi dans cette campagne c’est d’arriver à convaincre les Français que la politique peut encore exprimer une volonté, qu’une volonté collective est possible, qu’une volonté nationale est possible, qu’il n’y a pas que la politique qui consisterait à ne rien faire, à attendre et à attendre encore sans savoir ce que l’on attend exactement, qu’il n’y a pas que la politique qui se contente d’imposer toujours plus de sacrifices aux Français pour rien parce qu’elle n’a pas d’autre but que la préservation du statu quo et le maintien de quelques rentes de situation.
Je veux convaincre les Français qu’une politique autre que celle du renoncement est possible.
C’est à Lille que je voulais le dire ce soir, plus clairement, plus fortement que cela n’a encore jamais été dit dans cette campagne.
C’est à Lille que je voulais lancer cet appel contre la résignation parce qu’ici c’est une région où l’on ne s’est jamais résigné. Dans cette région qui a connu toutes les guerres, qui a été sur la route de tant d’invasions, qui a été si souvent occupée, qui a connu tour à tour la misère et la prospérité, qui a connu les heures de gloire du textile, du charbon, de la métallurgie avant d’en connaître le déclin mais qui s’est toujours relevée par le courage, par l’ardeur, par le travail, par l’esprit d’entreprise de ses habitants durs à la peine et qui ont l’orgueil qu’on a dans les régions ouvrières où l’on ne veut rien devoir qu’à soi-même. Ici on connaît le prix du travail et de l’effort. Ici on reste debout quoi qu’il arrive et l’on fait ce que l’on a à faire.
C’est dans cette ville qui est la ville du Général De Gaulle et de Roger Salengro que je voulais appeler les Français à reprendre leur destin en main, à ne plus se laisser intimider par ceux qui leur expliquent que dans le monde tel qu’il est, la France c’est fini, la nation c’est fini, et que de toutes les façons on ne peut rien à rien, à ne plus se laisser abuser par ceux qui leur disent : « vos idées sont les miennes » parce que des idées ils n’en ont plus, parce qu’ils ne cherchent même pas à en avoir.
Où mieux parler du refus du renoncement qu’ici à Lille, dans la ville où est né l’homme du 18 juin qui au milieu de la débâcle a refusé d’admettre que la guerre était perdue et qu’elle était finie ?
Où mieux parler du refus de la résignation qu’ici à Lille, dans la ville où est né celui qui a refusé de capituler et qui a brandi si haut le flambeau de la Résistance en lançant à la place de tous ceux qui se sentaient soulagés par le lâche abandon de l’armistice cette phrase magnifique qui m’a fait, tout jeune, devenir gaulliste quand je l’ai lue pour la première fois : « la France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre » ?
Où mieux que dans cette ville, qui est si peu gaulliste quand on regarde les bulletins de vote mais qui l’est tant quand on sonde les cœurs, dénoncer cette capitulation économique et sociale que jadis Philippe Séguin avait appelé un « Munich social » ?
Mais je voudrais aussi évoquer la mémoire de Roger Salengro qui fut Maire de Lille. Il était socialiste, ami de Léon Blum. Il fut Ministre de l’Intérieur du Front Populaire. Il lutta contre l’extrémisme qui ne le lui pardonna pas. Une campagne d’insultes et de calomnies finit par avoir raison de lui. Cet homme honnête et sincère, qui était innocent de ce dont on l’accusait, se donna la mort parce qu’il ne supportait plus d’être sali, de voir son honneur bafoué, sa probité mise en cause, parce qu’il était allé au bout de toutes ses capacités de résistance, parce que sans son honneur qu’il n’avait plus la force de défendre, la vie à ses yeux ne valait plus la peine d’être vécue.
Où aurais-je pu mieux parler aux Français du refus de la fatalité que dans cette ville hantée par le souvenir de ces deux hommes, l’un condamné à mort par Vichy qui l’accusait de désertion, l’autre condamné à mort par ses calomniateurs. Ils eurent en commun de refuser le déshonneur et d’avoir dit « non » chacun à leur manière parce qu’ils savaient l’un et l’autre que toujours dire « oui » conduit à la servitude.
Si vous êtes là si nombreux ce soir, si ardents, si mobilisés, c’est parce que vous avez le pressentiment de ce qui se passe dans cette élection. C’est parce qu’au fond de vous-mêmes vous partagez la même conviction que moi que l’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous allons dire « non » une fois encore dans notre histoire comme l’ont toujours fait ceux qui croyaient encore à la liberté de choisir leur destin face à ceux qui leur répétaient qu’ils n’avaient pas le choix.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore assez de volonté en nous, encore assez d’attachement à la liberté pour dire « non » à ce que depuis si longtemps on nous présente comme inéluctable.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore collectivement la force de vouloir quelque chose, la force de penser librement, d’imaginer librement notre avenir et pour cela de dire non à la pensée unique et au politiquement correct qui depuis 25 ans étouffent le débat public.
Je revendique pour vous et pour moi le droit de parler librement, d’agir librement, de penser librement.
Je suis venu vous le dire : nous ne sommes pas obligés de continuer à faire ce que l’on veut nous obliger à faire depuis 25 ans, à dire ce que l’on veut nous obliger à dire depuis 25 ans, à penser ce que l’on veut nous obliger à penser depuis 25 ans.
Nous pouvons agir, nous pouvons parler, nous pouvons penser autrement, si nous le voulons, si nous le décidons. Et c’est bien de cela qu’il s’agit le 22 avril et le 6 mai.
En disant non à la pensée unique, en disant non à tous ceux qui prétendent penser à la place des Français, qui prétendent décider pour tous les autres, qui prétendent tout savoir, qui ne cessent de se tromper sans pouvoir se remettre en cause, qui ne cessent d’échouer mais qui préfèrent imputer leurs échecs aux autres, en leur disant « non » nous disons oui à l’avenir, oui à une autre politique, nous disons oui au changement dont notre pays a besoin.
La pensée unique nous disait que l’on ne pouvait rien contre la délinquance, que c’était la société qui était comme ça, que pour faire reculer l’insécurité et la violence il fallait changer la société.
J’ai prouvé qu’une autre politique était possible, qu’en arrêtant de cherche des excuses aux délinquants, qu’en arrêtant de faire comme si toutes les causes de la violence étaient dans la société et aucune dans les voyous, qu’en concentrant les moyens de la police sur les missions qui sont les siennes : identifier ceux qui commettent des délits, les rechercher, les arrêter, les mettre à la disposition de la justice, on faisait reculer la délinquance.
La pensée unique nous disait que les accidents de la route c’était une fatalité, que les Français étaient comme cela, qu’on n’y pouvait rien, que l’on était condamnée à voir mourir chaque année 10 000 Français sur les routes.
Une autre politique était possible.
Avec des radars et un peu de fermeté les résultats ont été spectaculaires.
Cela fait trop longtemps que la pensée unique nous dit que l’école ne peut pas apprendre à lire, à écrire et à compter à tous les enfants, que le collège, le lycée ne peuvent pas transmettre une culture à tous els élèves, qu’ils ne peuvent pas leur donner à tous accès aux grandes œuvres de l’esprit humain, que Racine, Molière, Victor Hugo ou Verlaine ce n’est pas pour tout le monde, que la maîtrise du Français ce n’est pas pour tout le monde, que dans la France d’aujourd’hui l’école ne peut pas être aussi exigeante qu’elle l’était jadis, qu’elle ne peut pas lutter contre l’influence de la télévision ou d’Internet, qu’elle ne peut pas enseigner le respect
On connaît le résultat : aujourd’hui l’école accentue les inégalités sociales au lieu de les réduire Aujourd’hui un nombre croissant de jeunes issu des milieux les plus défavorisés sortent de l’école sans savoir lire et écrire Que deviendront-ils dans la société de la connaissance qui sera celle du XXIe siècle ?
Une autre politique est possible Comment pouvons-nous accepter que nous en puissions pas réussir aujourd’hui avec tous els moyens dont nous disposons ce qu’ont réussi les instituteurs de la IIIe République à l’orée du XXe siècle, dans le monde clos des campagnes où souvent les parents ne parlaient pas le Français à la maison?
Je n’accepte pas cette idée ! Ce qu’ils ont fait nous pouvons le faire aussi à condition de le vouloir autant que la République de Jules Ferry l’a voulu.
La vérité c’est que la pensée unique ne le veut pas, qu’elle ne veut rien parce qu’elle s’accommode parfaitement du communautarisme et de la ségrégation, parce qu’elle s’accommode parfaitement du fait qu’il puisse y avoir d’un côté une petite élite quia droit à tout et de l’autre la grande masse de ceux qui ne sont même pas assez respectés pour qu’on les juge dignes de recevoir une culture et un savoir. Ce n’est pas ma conception de la nation et de la République.
La pensée unique nous dit que la démocratisation du savoir c’est donner un diplôme à tout le monde. Moi je dis que la démocratisation du savoir c’est donner à chacun les moyens de mériter un diplôme. Parce que si l’on se contente de donner un diplôme à tout le monde, alors les diplômes ne valent plus rien pour personne.
La pensée unique nous dit qu’il ne faut rien changer à l’université et qu’il faut seulement plus de moyens.
Moi, je dis que si l’on ne change rien les moyens supplémentaires seront gaspillés et qu’on demeurera incapable d’offrir un avenir à la majorité des étudiants de nos universités et que c’est un crime contre la jeunesse.
La pensée unique nous dit que le chômage est inéluctable et que le plein emploi ce n’est pas possible. Longtemps, trop longtemps on nous a dit que contre le chômage on avait tout essayé et que cela n’était plus la peine d’essayer. Il ne restait plus qu’à attendre la conjoncture internationale en espérant qu’elle ferait un peu reculer le chômage.
Eh bien je veux vous le dire ce soir, le plein emploi ce n’est pas fini, le plein emploi c’est possible. D’autres pays l’ont fait. Il n’y a pas de fatalité du chômage. Une autre politique est possible. Une politique qui valorise le travail au lieu de le dévaloriser. Une politique qui encourage le travail au lieu de le décourager. Une politique qui cherche à créer du travail au lieu de chercher à le partager.
Je veux que ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus puissent le faire. Je veux que les heures supplémentaires soient majorées d’au moins 25% et qu’elles soient exonérées de charges sociales et d’impôts. Je veux que les retraités soient libres de travailler et de cumuler leur retraite avec un salaire. Je veux que le salaire des étudiants qui travaillent soit défiscalisé. Parce que c’est le travail qui crée le travail, parce que le travail des uns fait le travail des autres.
Je veux que l’on fasse payer plus d’impôts sur les bénéfices aux entreprises qui désinvestissent et qui suppriment des emplois et moins à celles qui investissent et qui créent des emplois.
Je veux tout faire pour encourager le travail. Face à la concurrence des pays à bas salaires, il faut taxer autre chose que le travail parce qu’en taxant le travail on le détruit. Je propose que toute réforme fiscale profite d’abord au travail et que tout baisse des prélèvements soit d’abord affectée à l’allégement des charges sur le travail.
Nous ne pouvons pas continuer avec un financement de la protection sociale qui repose presque exclusivement sur le travail. C’est une incitation à économiser le travail et à le délocaliser.
Pour favoriser l’emploi il vaut mieux taxer la richesse produite que la production de richesse, l’homme qui pollue et l’homme qui consomme plutôt que l’homme au travail.
La pensée unique nous dit que le pouvoir d’achat augmente et que l’on ne peut pas augmenter les salaires sans détruire l’emploi.
Eh bien je le dis parce que c’est la vérité : l’introduction de l’Euro a fait monter les prix et depuis 25 ans le pouvoir d’achat a baissé. Les travailleurs qui n’arrivent plus à se loger, les salariés qui ont des fins de mois de plus en plus difficiles n’ont besoin de personne pour le mesurer.
Et je veux le dire aussi : le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi. Les salaires sont trop bas, les prix sont trop hauts. Et les salaires trop bas ralentissent la croissance et démoralisent les travailleurs. On travaille moins bien, on est moins productif, moins entreprenant quand on vit dans la hantise des fins de mois difficiles.
Si le coût du travail est trop élevé ce n’est pas à cause des salaires mais à cause des charges.
Si les salaires sont trop bas, c’est parce que l’Euro est trop cher et que lorsque l’Euro est trop cher les entreprises pour être compétitives essayent de se rattraper sur les salaires.
Si les salaires sont bas, c’est à cause des millions d’ouvriers pauvres indiens ou chinois qui chaque année arrivent sur le marché mondial du travail.
Si les salaires sont bas, c’est à cause des dumpings sociaux, monétaires, écologiques. Quand la concurrence déloyale donne un avantage de compétitivité artificiel aux concurrents ce sont d’abord les salariés qui en subissent les conséquences.
Si les salaires sont bas c’est parce que les allégements de charges avec leurs effets de seuil incitent les entreprises à ne pas augmenter les salaires pour profiter des exonérations qui se réduisent quand les salaires augmentent.
Si les salaires sont bas c’est à cause de la prime pour l’emploi qui n’est plus une incitation à la reprise d’emploi mais un complément de salaire pour huit millions de personnes. Pourquoi l’entreprise paierait-elle plus puisque l’Etat s’en charge ?
Si les salaires sont trop bas c’est parce que le chômage tire les salaires vers le bas.
Les salaires trop bas ce n’est pas une fatalité. La baisse du pouvoir d’achat ce n’est pas une fatalité.
Une autre politique est possible. Celle qui par la croissance, le plein emploi, la baisse des prélèvements sur le travail, l’investissement, la formation tirerait les salaires vers le haut.
Celle qui en luttant contre les dumpings atténuerait l’effet déflationniste sur les salaires de la concurrence des pays à bas salaires.
Celle qui en provoquant une baisse de l’Euro et en suscitant la création d’une préférence communautaire permettrait d’alléger la pression qui pèse aujourd’hui sur les salaires comme variables d’ajustement de a compétitivité.
Celle qui réformerait la prime pour l’emploi et les modalités des allégements de charges pour supprimer l’incitation qu’ils donnent aux entreprises de ne pas augmenter les salaires.
Depuis longtemps la pensée unique nous explique qu’une monnaie forte c’est bon pour l’économie et que de tout façon c’est le marché qui décide du cours de la monnaie. Eh bien ce n’est pas vrai. Une monnaie trop forte, trop chère, ou si l’on veut surévaluée, est un inconvénient et non pas un atout car il handicape la compétitivité des exportations hors de la zone Euro. Regardez Airbus ! Voyez comment l’Euro trop cher abîme l’une des plus belles réussites industrielles de l’Europe ! J’ai toujours dit oui à l’Europe, mais pas à cette Europe là ! Je veux une autre Europe, une Europe qui agit au lieu de subir. Une Europe qui défend ses intérêts au lieu de les immoler sur l’autel de la pensée unique. Je veux une autre politique pour l’Europe. Tous les grands pays du monde aujourd’hui cherchent à sous-évaluer leur monnaie. Pourquoi ce que font les Chinois, les Américains ou les Japonais, nous ne pourrions pas le faire ?
Il n’est pas fatal que l’Euro soit la variable d’ajustement de toutes les monnaies du monde. Ce que fait la Réserve Fédérale américaine pour le dollar la Banque Centrale Européenne peut très bien le faire aussi, en, poussant l’Euro à la baisse pour obtenir un cours de change plus raisonnable. Je le à tous ceux qui répugnent à parler de l’Euro, à tous ceux qui continue de penser comme monsieur Jospin en 1995 qu’un homme politique responsable ne doit pas parler de la monnaie que si l’on veut faire de l’Europe un désert industriel il faut continuer comme on le fait aujourd’hui sans rien changer. Il ne faudra pas se plaindre alors des conséquences ni verser des larmes de crocodile sur les délocalisations. Je dis qu’il est temps de mettre la monnaie au service de l’économie et de mettre en accord les paroles avec les actes.
Certes la France seule ne peut pas influencer toute seule la politique monétaire de la BCE. Mais il nous appartient à nous Français de déclencher ou non une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne.
La pensée unique nous dit : le libre-échange, on ne peut pas y toucher. Il faut tout laisser passer, il ne faut même pas regarder ce qui passe.
J’appelle cette politique la politique de la naïveté. Il y a une autre politique possible. C’est la politique de la réciprocité. Nos marchés sont ouverts à ceux qui ouvrent les leurs mais ils sont fermés à ceux qui ferment les leurs. C’est la politique qui refuse la concurrence déloyale et qui met des barrières aux dumpings monétaires, sociaux et écologiques.
Il est sain économiquement, et il est normal moralement que les produits qui ne respectent pas les règles environnementales supportent des taxes compensatoires. Si un pays produit en polluant beaucoup alors qu’en Europe les règles sont strictes, il est normal de taxer la pollution contenue dans les importations en provenance de ces pays.
Si la concurrence est déloyale il est normal de pouvoir mettre en place des clauses de sauvegarde pour avoir un moyen de pression dans la négociation commerciale. C’est pourquoi il faut absolument à l’Europe une préférence communautaire.
Si les monnaies de pays comme la Chine ou l’Inde sont très sous-évaluées, il faut faire pression sur eux pour engager une négociation sur le réalignement des parités de change parce que cette est déloyale pour les travailleurs européens.
Si le vin étranger entre librement sans respecter les mêmes normes que nos viticulteurs, nos viticulteurs sont condamnés. Il faut s’y opposer parce que cette situation n’est pas acceptable.
Si on dit que l’aide aux PME grâce à la commande publique est possible pour les Etats-Unis parce qu’ils ont obtenu une dérogation de l’OMC et qu’elle est interdite en Europe faute de dérogation, je dis que c’est aussi inacceptable parce qu’il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures.
Depuis 25 ans, la pensée unique nous dit que l’industrie c’est fini, qu’il faut la laisser aux pays émergents qui payent leurs ouvriers moins cher.
Depuis 25 ans la pensée unique nous explique que l’avenir est aux services, qu’il est dans la recherche, dans l’innovation, dans le marketing et que nous ne devons miser que sur la très forte valeur ajoutée et sur la très haute technologie. Ce que la pensée unique n’a pas compris c’est qu’en laissant partir la fabrication, c’est tout qui risque de s’en aller.
A ceux qui rêvent d’une France sans usine et sans atelier, je dis que si toutes les usines s’en vont, le reste risque de partir aussi.
Lorsque toutes les entreprises seront en Chine ou en Inde, il n’y aura aucune raison pour que les services aux entreprises ne partent pas aussi. Il n’y aura aucune raison pour que la recherche ne s’en aille pas. La Chine et l’Inde forment chaque année plus d’ingénieurs et de chercheurs que l’Europe.
Si les conditions actuelles de l’échange se perpétuent, si les politiques européennes restent les mêmes, si nous n’investissons pas, tout partira, même les activités de très haute technologie et à très haute valeur ajoutée.
Pour comprendre le péril qui nous guette, il suffit de voir ce qui se passe avec des entreprises comme EADS ou Alcatel. Il suffit de voir les positions que prennent les Indiens dans l’informatique. Il suffit de voir les ambitions de la Chine dans l’aéronautique et dans l’espace.
La pensée unique a eu tort quand elle a décrété la fin de la vieille économie industrielle. Regardez la sidérurgie aujourd’hui. Regardez la prospérité de toutes les industries de base qui n’arrivent plus à fournir la demande mondiale. Regardez le gâchis d’Arcelor qu’on a bradée parce qu’on croyait que la sidérurgie c’était le passé.
Il y a une autre politique possible que celle du renoncement industriel. Je ne veux pas d’une Europe qui empêche toute politique industrielle au nom des dogmes d’une concurrence que même les Américains n’auraient jamais l’idée de s’appliquer à eux-mêmes, et ne parlons pas des Japonais, des Coréens ou des Chinois.
Je veux une Europe qui agira en faveur de l’industrie européenne au lieu de l’empêcher de vivre et de se développer.
Je veux une Europe qui laissera aussi les Etats avoir une politique industrielle.
Si je suis élu, j’en prends l’engagement solennel devant vous, la France aura une politique industrielle. Je ferai tout pour que notre industrie puisse être compétitive. Je ferai tout pour que le développement industriel à long terme ne soit pas empêché par l’obsession du court terme.
Il nous faut une politique globale du système productif. Je la mettrai en œuvre.
Il nous faut une politique de compétitivité globale où on n’augmente pas le prix de l’électricité simplement pour qu’EDF bénéficie d’une rente en s’alignant sur les tarifs de producteurs européens les moins performants. Cette politique de compétitivité globale je la ferai.
On ne peut pas vouloir tout et son contraire.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et surtaxer le travail et l’investissement.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et augmenter le prix de l’électricité et du gaz sans aucun rapport avec les coûts de production.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et gérer les entreprises publiques au nom de la seule logique de la rentabilité à court terme sans les faire contribuer à la politique industrielle.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et accepter que les entreprises publiques délaissent les technologies françaises au profit des technologies de pays qui n’accordent même pas la réciprocité en matière d’ouverture des marchés. Je le dis , l’affaire Bombardier m’a choqué même s’il y a eu des compensations en termes d’emploi qui profitent notamment à votre région ; on n’a pas sauvé Alstom pour regarder les bras croisés la SNCF acheter des trains canadiens alors même que le marché canadien du matériel ferroviaire est fermé à la concurrence.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et refuser de mettre la politique de la commande publique au service du développement industriel.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas avoir d’instrument financier pour que l’Etat puisse investir dans la réindustrialisation des bassins industriels en difficulté où il existe, comme dans votre région, une tradition, une culture, un savoir-faire précieux qu’il serait absurde de gaspiller. Quand je vois la prospérité qu’ont bâti sur leur tradition industrielle le pays basque espagnol ou la Bavière, je me dis que faire ce que nous avons trop souvent fait en France en renonçant à relancer l’industrie dans beaucoup de nos vieilles régions industrielles est un immense gâchis.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas accepter que l’Etat prenne des participations temporaires dans les entreprises stratégiques qui ont besoin de passer un cap difficile, comme je l’ai fait pour Alstom en me battant contre le dogmatisme de la Commission européenne. Alstom était soi-disant perdue. Aujourd’hui Alstom est sauvée et ses carnets de commande sont pleins.
Preuve qu’avec un peu de cœur, avec un peu d’imagination et beaucoup de volonté la politique peut encore quelque chose, même pour l’industrie.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas soutenir les secteurs qui constituent les points forts de notre savoir-faire industriel comme les transports, le TGV, le nucléaire, l’aéronautique, l’espace, l’électronique de défense, la pharmacie ou l’agro-alimentaire. Et je ne vois pas non plus ce que la France aurait à gagner à laisser tomber la construction navale dans un monde où le trafic maritime ne cesse d’augmenter.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas investir dans les activités nouvelles pour lesquelles nous possédons de réels atouts. Je pense par exemple aux technologies propres, qui sont appelées à prendre une place considérable dans l’économie de demain. Je pense aussi à l’industrie du logiciel, qui fait le lien entre la nouvelle et l’ancienne économie.
La pensée unique dit que le capitalisme familial c’est fini, qu’il n’y a plus que le capitalisme financier. Mais une autre politique est possible. Une autre politique est nécessaire. Parce que dans le capitalisme financier, l’entreprise cesse trop souvent d’être une communauté humaine. Parce que dans le capitalisme financier il n’y a plus aucun lien entre l’actionnaire et le salarié. Parce que dans le capitalisme financier lorsqu’il est totalement livré à lui-même, le prédateur et le spéculateur ont tendance à prendre le pas sur l’entrepreneur.
Si je suis élu, je ferai tout pour rééquilibrer le capitalisme au profit du capitalisme familial et des entrepreneurs.
La pensée unique dit que l’artisanat et le petit commerce c’est fini. La pensée unique fait tout depuis 25 ans pour tuer l’artisanat et le petit commerce. Mais que deviendraient alors nos centres-villes et nos villages ? La pensée unique compte pour rien la convivialité et la proximité.
Une autre politique est possible. Une politique qui rétablirait l’égalité des conditions de la concurrence, qui mettrait l’artisanat et le petit commerce dans une concurrence loyale face aux grands commerces et à la grande industrie. Une politique qui protégerait nos artisans du dumping social à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union Européenne. C’est la politique que je mettrai en œuvre si je suis élu.
La pensée unique dit que l’agriculture c’est fini. Un commissaire européen s’est même cru autorisé au début de cette année – on se demande à quel titre ? – de conseiller aux agriculteurs de prendre un second métier pour pouvoir survivre dans l’avenir. Je le dis comme je le pense : cette déclaration était parfaitement scandaleuse. L’agriculteur veut vivre de son métier d’agriculteur, et l’Europe a besoin de son agriculture pour assurer son indépendance alimentaire. Madame le commissaire européen aurait mieux fait de se taire.
Je veux le dire ce soir à tous les agriculteurs : pour moi l’agriculture ce n’est pas fini. Pour moi l’agriculture ce n’est pas le passé. Pour moi l’agriculture c’est l’avenir. Parce que demain la question de la qualité de l’alimentation sera de plus en plus décisive.
Si je suis élu je ne laisserai pas la Politique Agricole Commune servir de monnaie d’échange dans les négociations de l’OMC. L’avenir du Tiers-Monde n’est pas dans la conquête du marché agricole européen. Elle est dans sa capacité à se nourrir et à développer à la fois son autosuffisance alimentaire et son marché intérieur.
L’Europe quant à elle n’est pas excédentaire, contrairement à ce qu’on dit souvent.
Elle a besoin d’une agriculture capable d’abord de répondre à ses besoins tout en respectant l’environnement.
Les agriculteurs, ce ne sont pas seulement les travailleurs qui tirent de la terre la nourriture de l’Europe. Ils sont aussi les dépositaires d’une tradition qui remonte loin dans le passé de nos vieux pays. Nul ne peut comprendre la France d’aujourd’hui s’il ne se rappelle pas que c’est une vieille nation paysanne. Nul ne peut comprendre l’attachement charnel de tant de Français à la terre de France s’il ne se souvient pas que coule dans leurs veines du sang paysan voué pendant des siècles à féconder le sol français.
Comme nul ne peut comprendre la sensibilité des gens du Nord s’il ne se souvient pas des générations de mineurs et d’ouvriers qui se sont épuisés à gagner avec leurs mains de quoi élever les enfants qui n’étaient promis qu’à une seule destinée : celle de prendre un jour la suite de leurs pères devant le laminoir, dans la mine ou à la filature.
A notre époque où les fils n’imitent plus les pères, où la plupart des salariés changent de métier et d’entreprise plusieurs fois dans leur vie, ces traces sont restées profondes dans les mentalités et dans les cœurs. Ces traces sont des richesses qu’il ne faut pas perdre. Ce n’est pas seulement de mémoire dont il s’agit. C’est aussi de morale, de culture et, au bout du compte, de façon d’être et de façon de travailler.
Cet héritage n’est pas un handicap, une prison qui enfermerait dans le passé. C’est un atout qui, faisant de la France un peuple de travailleurs exceptionnels, exceptionnellement durs à la tâche et exigeants avec eux-mêmes, lui donne l’énergie de toujours se relever quand on la croit vouée au déclin.
La pensée unique récuse tout cela, qu’elle croit appartenir à un passé révolu, qui ne rentre pas dans les chiffrages, qui n’est pas quantitatif, qui n’est pas mesurable, mais qui est de l’ordre de la qualité et de l’humain, de l’ordre de ce qui au fond constitue le terreau de la France de demain.
C’est la même incompréhension qui pousse la pensée unique à croire que pour être plus efficace il faut non seulement laisser partir les usines et s’éteindre jusqu’au souvenir de l’industrie, abandonner les champs qui sont si éloignés de la nouvelle économie, mais qu’il faut aussi laisser tomber la ruralité, les petites communautés villageoises qui se sont toujours défendues comme elles le pouvaient pour rester vivantes.
La pensée unique dit que les territoires ruraux c’est fini, qu’il faut accélérer l’exode, qu’il faut leur enlever les services publics pour faire des économies. Plus les gens s’en vont, plus la pensée unique veut faire partir les services publics. Mais c’est l’inverse qu’il faudrait faire. Au lieu d’inciter les gens à s’entasser dans des banlieues, il vaudrait mieux essayer de les inciter à revenir là où tant de gens ont vécu pendant tant de siècles, en leur redonnant de vrais services publics, en ayant comme objectif non l’abandon mais la reconquête des territoires que depuis des années on a complètement marginalisés. Et pour cela refaire une vraie politique d’aménagement du territoire. Car en tirant le meilleur parti de tous les territoires cette politique qui peut coûter cher au départ peut rapporter beaucoup à l’arrivée.
Si je suis élu, je redonnerai leur chance à tous les territoires. Je remettrai l’aménagement du territoire au centre des politiques publiques. Je demanderai que l’on expérimente ici, dans le Nord-Pas-de-Calais, un contrat de plan transfrontalier avec la Belgique dans lequel l’Etat s’investira beaucoup parce qu’en valorisant cette partie du territoire français, la France peut construire une tête de pont au cœur de l’Europe la plus riche et la plus dynamique. Elle peut devenir plus qu’un carrefour, plus qu’une plaque tournante, un creuset de développement dont la France tout entière tirera un bénéfice immense.
Nos finances publiques sont en mauvais état. Mais ce n’est pas en ne faisant rien qu’on réduira les déficits et qu’on remboursera la dette. C’est en réformant, c’est en investissant, c’est en travaillant plus que la France réduira ses déficits, remboursera sa dette publique et paiera ses retraites.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Pour avoir plus de croissance la France doit investir.
Revaloriser le travail, c’est un investissement.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
La politique que je propose pour la France, c’est une politique d’investissement.
*
Depuis trente ans on parle à votre place, on pense à votre place, on décide à votre place.
Vous en avez assez.
Vous en avez assez que des commissaires européens
Que des dirigeants de Banque Centrale
Que des cabinets ministériels
Que des grands corps
Que des experts
Pensent à votre place, décident à votre place.
Vous en avez assez que la démocratie abdique devant la soi-disant dictature des marchés.
Vous en avez assez que l’Etat abdique devant les bureaucraties, les corporatismes et les lobbies.
Vous en avez assez que l’Europe ne soit pas démocratique.
Vous en avez assez que des gens qui ne sont pas élus, qui ne sont responsables devant personne, qui n’ont de comptes à rendre à personne décident de votre vie, de votre avenir, de celui de vos enfants.
Vous en avez assez de tous ces gens qui décident à votre place et qui ne supportent jamais pour eux-mêmes les conséquences de ce qu’ils décident.
Vous en avez assez de tous ces gens qui veulent toujours vous imposer des sacrifices qu’ils ne sont pas capables de s’imposer à eux-mêmes.
Vous en avez assez que l’on vous répète sans arrêt qu’il n’y a qu’une seule politique possible et que vous n’avez pas le choix.
Vous en avez assez qu’on vous dise :
« Plus de croissance, ce n’est pas possible ! »
« Le plein emploi, ce n’est pas possible ! »
« Travailler plus pour gagner plus, ce n’est pas possible ! »
« L’augmentation du pouvoir d’achat, ce n’est pas possible ! »
« Que tout le monde sache lire, écrire et compter, ce n’est pas possible ! »
« Choisir l’école de vos enfants, ce n’est pas possible ! »
« Le recul de la délinquance, ce n’est pas possible ! »
« Le service minimum dans le service public, ce n’est pas possible ! »
« La baisse des impôts, ce n’est pas possible ! »
« La politique industrielle, ce n’est pas possible ! »
« La taxation des pollutions, ce n’est pas possible ! »
« La préférence communautaire, ce n’est pas possible ! »
« La lutte contre les concurrences déloyales, ce n’est pas possible ! »
Vous en avez assez que rien ne soit possible et vous avez raison !
Vous en avez assez que l’on décide à votre place ce que vous avez ou non le droit de dire.
Vous en avez assez de la repentance.
Vous en avez assez que l’on cherche à vous imposer d’avoir honte de la France, de son histoire, de ses valeurs.
Vous en avez assez qu’il ne soit pas possible de dire que ceux qui n’aiment pas la France et qui n’aiment pas les valeurs de la République ne sont pas obligés d’y rester.
Vous en avez assez que l’identité nationale soit considérée comme un gros mot.
Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme, que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme, que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen, que l’on ne puisse pas dénoncer l’accaparement du pouvoir par la technocratie ou montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de démagogie, que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme.
Vous en avez assez de la langue de bois et vous avez raison.
Vous en avez assez de la pensée unique et vous avez raison.
Je veux en finir avec la pensée unique qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
Et je n’ai que deux choses à vous dire, deux choses qui viennent du fond du cœur, deux choses qui nous unissent, qui nous rassemblent :
Vive la République !
Vive la France !
26 mars 2007
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Nicolas Sarkozy en Guadeloupe
Nicolas SARKOZY
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Les Abymes - Guadeloupe
Jeudi 22 mars 2007
Voici un an, j’étais parmi vous, en Guadeloupe, sur cette terre de France à l’identité si forte, cette terre attachante qui me parle et que j’apprends à aimer, chaque fois, davantage. J’étais, à l’époque, parmi vous en tant que Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire car il y avait beaucoup à faire. Je vous avais promis de revenir comme candidat à la Présidence de la République car j’avais l’intime conviction que nous ne nous étions pas tout dit. Nous ne sommes qu’au début d’un chemin commun.
Et, ce soir, voir une salle si pleine, la sentir si chaleureuse est, pour moi, un formidable encouragement et, peut-être, la plus belle des promesses. Je considère votre présence à mes côtés comme une marque d’amitié et cette amitié me pousse à aller plus loin, à redoubler d’efforts pour gagner le combat d’aujourd’hui et me mettre à votre service pour porter un nouveau projet de société demain.
Je sais qu’il y a ce soir, dans cette salle, des femmes et des hommes de droite mais aussi des Guadeloupéens qui ont d’autres sensibilités que je respecte. En fait, ce qui nous réunit ici, c’est notre farouche volonté de changement. J’ai conscience du fait que les sensibilités politiques en Guadeloupe ne s’identifient pas nécessairement au paysage politique métropolitain. C’est pour cela que je suis heureux que l’UMP ait pu se créer et trouver sa place en Guadeloupe, chère Gabrielle, comme je suis heureux qu’Objectif Guadeloupe se soit engagé, sans faille, pour porter nos idées communes, chère Lucette et cher Laurent. J’ai besoin de vous, Jean et Joël, de vous tous ! La Guadeloupe a besoin de vous tous, avec votre caractère – et Dieu sait que vous n’en manquez pas !—, votre énergie et votre sensibilité. Je veux que vous travailliez tous ensemble, dans la même direction, en gardant vos identités propres, comme vous avez su le faire pour m’accueillir aujourd’hui.
Ceci est nécessaire pour gagner les élections mais, au-delà, ceci est important pour l’efficacité de notre action. Car, finalement, ce qu’attendent les Guadeloupéens, c’est que l’on réponde aux questions qui sont les leurs, à leurs problèmes quotidiens concrets. Les querelles de personnes les intéressent peu et j’ajoute qu’elles ont tendance à discréditer l’action politique dans son ensemble. Nous devons, avant tout, être efficaces, ne pas perdre de vue l’essentiel. Cette efficacité fait notre identité politique, notre singularité. Nous ne nous satisfaisons pas, comme d’autres, de formules creuses, de discours compassionnels et de symboles démagogiques tournés vers le passé.
Je suis venu vous parler de l’avenir. Je suis venu parler à tous les Guadeloupéens quels que soient leur âge, leur sexe, leur appartenance ethnique ou religieuse. Je suis venu parler aux Guadeloupéens de la Grande terre, de la Basse terre, de la Désirade, des Saintes et de Marie-Galante. Mais je suis aussi venu parler aux habitants des collectivités d’outre-mer de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy dont le nouveau statut entrera très prochainement en vigueur, comme promis.
Je suis venu parler à la Guadeloupe, les yeux dans les yeux, car la franchise est pour moi la plus grande marque de respect que je puisse vous donner.
Durant l’année écoulée, j’ai beaucoup réfléchi aux problèmes de l’outre-mer, en général, et à ceux de la Guadeloupe, en particulier. Je vous ai écouté et, plus que jamais, je suis convaincu que notre priorité doit être tournée vers l’action pour le développement économique, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie des Guadeloupéens. Nous devons construire une Guadeloupe plus forte, où chacun puisse trouver sa place. Une Guadeloupe qui ne laisse personne au bord du chemin et où l’avenir soit perçu comme une espérance et non plus comme une menace.
Cette Guadeloupe, elle ne verra le jour qu’au prix d’une rupture dans nos modes de pensée et nos façons de faire. Et, en la matière, je le dis comme je le pense, l’effort à fournir est réciproque.
Nous devons refaire du travail une valeur cardinale. C’est par le travail que les richesses se créent, que nos sociétés évoluent et qu’une solidarité efficace envers les plus faibles peut être organisée. L’assistanat est, pour moi, la plus insidieuse des aliénations. Parfois, j’entends que l’on prétend que je voudrais supprimer le RMI ! Non, il n’en a jamais été question ! En revanche, je n’accepte pas que l’on bénéficie de la solidarité nationale sans obligation réciproque, sans effort. Les minima sociaux attribués à des personnes en âge de travailler sont là pour les aider à franchir une étape difficile. Cela peut arriver à chacun mais cela ne peut pas et ne doit pas devenir un moyen de subsistance à vie. C’est aussi une question de dignité ! Je veux que tout bénéficiaire d’un minimum social en âge de travailler ait une activité adaptée à sa situation, qu’il s’agisse de formation ou de travail d’intérêt général. Le but de cette activité doit être de retrouver un emploi car c’est en travaillant que les hommes et les femmes peuvent concevoir des projets et donner le meilleur à leurs enfants. C’est en travaillant que l’on peut vivre debout !
Je veux aussi que le travail paye. Je veux être le Président du pouvoir d’achat. Le problème de la France, c’est que les salaires sont trop bas, que les prix sont trop élevés et que les prélèvements obligatoires sont trop pesants. Je veux que les heures supplémentaires soient toutes rémunérées 25% de plus que les heures normales, quelle que soit la taille de l’entreprise, et qu’elles soient exonérées de toutes charges fiscales et sociales afin qu’elles soient plus payantes pour les salariés et moins chères pour les entreprises. Quatre heures de travail en plus par semaine sans charges, c’est 1.980 euros net en plus à la fin de l’année pour tout salarié rémunéré au SMIC. Voilà la réalité ! Voilà la récompense justifiée de l'effort que je veux mettre en place !
Je veux être le Président de la valeur travail. Depuis 25 ans, tout a été fait dans notre pays pour dévaloriser le travail, décourager le mérite, discréditer la réussite. Il est injuste que ceux qui se lèvent tôt et ceux qui travaillent tard, ne soient pas mieux récompensés que ceux qui vivent des revenus de remplacement. Les 35 heures ont gelé les salaires et désorganisé le service public. Le travail sera au cœur de mon action. Je veux que chacun soit libre de choisir de travailler autant qu’il le veut. Je veux encourager le travail étudiant, aider les femmes à faire garder leurs enfants lorsqu’elles prennent un emploi, permettre à chacun de choisir l’âge de son départ à la retraite en autorisant le cumul entre un emploi et une retraite. Je veux que l’effort soit toujours mieux rémunéré que l’assistanat. Je veux offrir à chacun la possibilité de transmettre à ses enfants le fruit du travail de toute sa vie, grâce à la suppression des droits de succession pour tous les patrimoines petits et moyens.
Alors, évidemment, les choses ne sont pas si simples lorsque l’on vit en Guadeloupe qui connaît un taux de chômage qui oscille entre 22 et 24 %. C’est pourquoi l’Etat et les acteurs économiques doivent être au rendez-vous pour relever le défi de l’emploi. Et la Guadeloupe a du potentiel ! Elle a une jeunesse pleine d’énergie. Elle a une économie qui connaît un fort taux de création d’entreprises et, lorsque je parcours l’archipel, je sens que votre économie possède des bases solides. Dans le secteur agricole, vous avez su trouver des niches intéressantes, comme le melon, que vous exportez avec succès sur l’Europe en contre-saison. Je me rendrai, demain, au centre de conditionnement du melon du Moule, dans l’entreprise « Caraïbe Meloniers » pour me rendre compte, concrètement, de cette belle réussite. Mais vous avez aussi une puissante zone industrielle, à Jarry, qui n’a pas son équivalent en Outre-mer. Et votre potentiel dans le secteur du tourisme est toujours immense !
Que faut-il faire pour que la Guadeloupe décolle vraiment ? Que faut-il faire pour que cet archipel, l’un des plus beaux du monde, connaisse enfin un développement, un épanouissement à la hauteur de son potentiel et de ses aspirations ?
Il faut donner à la Guadeloupe tous les outils de son propre développement. Les Guadeloupéens savent travailler. En Guadeloupe, loin des clichés trop souvent véhiculés, on sait travailler, être dur à la tâche. Je sais qu’il y a, sur cette terre, une énergie qui ne demande qu’à être libérée. Mais, pour cela, il faut que nous tirions tous dans le même sens ! Les élus, les responsables administratifs, les acteurs économiques et les syndicats.
Cessons de nous épuiser dans des querelles stériles qui, trop souvent, je le dis clairement, masquent des intérêts personnels ou catégoriels. Je trouve inacceptable que les Guadeloupéens soient régulièrement pris en otage dans des conflits au long cours. Encore une fois, le combat syndical est légitime mais il ne peut aboutir à remettre en cause la liberté du travail, à mettre en péril l’outil de production et à brouiller l’image d’une région entière. Les gens qui font cela scient la branche sur laquelle ils sont assis.
C’est pour cela que je voudrais que l’on crée en Guadeloupe un lieu de résolution des conflits à froid. Un lieu dans lequel on pourrait avoir recours à des procédures de médiation de façon systématique et dans lequel pourraient être organisées des formations communes à l’ensemble des partenaires sociaux. Je suis convaincu qu’il est possible de construire une relation gagnant/gagnant si l’on fait les choses avec méthode et loyauté. Je me prends parfois à rêver d’une Guadeloupe où les partenaires sociaux s’engageraient pendant un an à tout faire pour éviter les conflits et à recourir à la seule négociation pour régler ceux qui menaceraient de se déclencher. Imaginez l’impact sur la croissance, sur l’emploi, sur l’image de votre département d’une année de vraie paix sociale ! Et si cette sagesse pouvait un jour prévaloir ? N’est-ce qu’un rêve ? Ne peut-on y travailler ? Sincèrement, cela ne vaut-il pas d’être essayé ?
Pour ma part, je me suis engagé à instaurer, par la loi, un réel service minimum garanti pour les services essentiels à la personne, comme la santé ou les transports, en cas de grève. De même, je veux rendre obligatoire un vote à bulletin secret sur la poursuite de la grève, dès lors que le mouvement social excède huit jours.
Mais tout ne sera pas résolu par la force de la loi. Je crois que, fondamentalement, les Guadeloupéens doivent se sentir plus proches de leurs entreprises, qu’il y ait une meilleure appropriation des réalités économiques. Pour cela, il faut qu’un réel effort soit fait dans les entreprises, les hôtels, les administrations, pour que davantage de Guadeloupéens occupent des emplois d’encadrement.
L’apprentissage d’un vrai dialogue social est donc fondamental. Mais il n’est pas suffisant. L’Etat doit aussi aller plus loin dans son engagement pour la Guadeloupe. Si l’on veut résoudre vraiment le problème du chômage, il ne suffira pas de multiplier les emplois aidés. Il faudra créer plus d’activités, libérer les énergies, favoriser l’accès aux marchés extérieurs et renforcer l’attractivité de votre territoire.
C’est dans cet esprit que je m’engage sur plusieurs propositions concrètes.
Je préconise la création de « zones franches globales d’activités » dans les DOM. C’est ici, en Guadeloupe, que j’en ai parlé, pour la première fois, il y a un an. Je veux préciser ma pensée aujourd’hui.
D’abord, soyons clairs, ces zones franches viendraient en complément de l’actuelle défiscalisation qu’il faut conserver. Il faut la conserver car la défiscalisation agit sur les coûts d’investissement, là où les zones franches agiront sur les coûts de fonctionnement. Il faut la conserver car la défiscalisation n’est pas un « ensemble de niches fiscales », c’est un outil de développement économique nécessaire à la croissance de territoires spontanément sous capitalisés.
Depuis que j’ai lancé cette idée, en mars 2006, les acteurs économiques des quatre DOM ont répondu à mon appel et m’ont fait part de leurs attentes en la matière. Il ressort de nos échanges, durant ces derniers mois, un consensus sur l’idée de créer des zones franches globales au plan géographique mais ciblées sur certains secteurs d’activités. Il ne s’agit donc pas d’un privilège accordé à telle ou telle partie du territoire : la zone franche globale concerne la Guadeloupe tout entière !
La zone franche de Guadeloupe pourrait comporter un premier dispositif pour les entreprises de tous les secteurs concernés par la loi de programme pour l’outre-mer. Il s’agirait de mesures d’exonérations partielles d’impôt sur les sociétés et de taxe professionnelle. Le taux d’exonération pourrait être, par exemple, de 50% pour chacun de ces impôts, sous un plafond à définir. Les économies ainsi réalisées devront être affectées au développement de l’entreprise.
Par ailleurs, je propose un système d’exonération des droits de douanes pour les matières premières et les produits semi-ouvrés afin de favoriser les activités de transformation et donc d’intégration de valeur ajoutée localement. Enfin, je pense qu’il serait judicieux de mettre en place un mécanisme de crédit d’impôt majoré à l’exportation. C’est-à-dire que les entreprises qui feraient des dépenses de prospection commerciale en dehors de l’espace économique européen, en particulier dans leur environnement régional, pourraient bénéficier d’un crédit d’impôt, par exemple, de 66% de ces dépenses.
En complément, pour quelques secteurs d’activités, considérés comme particulièrement porteurs par les acteurs économiques eux-mêmes et par les élus des territoires concernés, les exonérations d’IS et de TP seraient très fortement majorées. En Guadeloupe, ces secteurs stratégiques pourraient être, par exemple, celui des énergies renouvelables et du tourisme.
Ces zones franches répondront donc, par le choix des secteurs concernés, à une stratégie précise et réfléchie d’amélioration de la compétitivité des entreprises exportatrices de biens ou de services, au service d’un projet de territoire.
Par ailleurs, le développement économique ne peut se concevoir, dans le monde ouvert qui est le nôtre, sans que ne soit garantie la mobilité des personnes et des biens. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé que la continuité territoriale entre l’outre-mer et la métropole est une priorité majeure. Dire que l’outre-mer, c’est la France, ne doit pas rester « une parole en bouche ».
Concrètement, pour moi, la baisse des tarifs est une nécessité absolue. Mais, de grâce, arrêtons les clichés sur l’économie administrée ! Si l’on veut que les prix baissent, il ne suffit pas de se contenter de dire que l’on va obliger les compagnies aériennes, qui sont des sociétés de droit privé, à le faire. Ce n’est juridiquement pas possible.
Aujourd’hui, les prix trop élevés résultent, en partie, de la régulation du marché aérien. C’est la raison pour laquelle je viens de faire modifier les règles restreignant la concurrence. Dorénavant, les compagnies charters pourront vendre des vols « charters secs » sur l’Outre-mer, ce qui leur était interdit jusqu’à présent. C’est une première étape, même si d’autres mesures devront être prises un jour, telle que l’assouplissement des modalités de prise de congés bonifiés afin d’éviter l’engorgement des périodes de pointe.
Dans le même esprit, faciliter la mobilité et les échanges, je crois que la réalisation d’un port en eau profonde est une priorité, de même que l’est l’organisation de véritables transports collectifs en Guadeloupe, y compris en privilégiant les alternatives à la route. Ce qu’engage la Réunion aujourd’hui, la Guadeloupe peut le faire demain !
Je veux que, dans cette Guadeloupe de demain, tout le monde trouve sa place, je veux que vous puissiez offrir à vos enfants un avenir meilleur, un avenir ouvert et riche de promesses.
L’éducation de la jeunesse guadeloupéenne est, à cet égard, une priorité fondamentale pour moi. C’est une priorité parce que la formation reste encore le meilleur passeport pour l’emploi et qu’elle est le moteur de l’égalité des chances et de la promotion sociale.
Nous avons beaucoup à faire en la matière. Il faut, d’abord, réhabiliter les bâtiments scolaires qui sont trop souvent mal adaptés, lorsqu’ils ne sont pas vulnérables au risque sismique. Il faut, ensuite, diversifier les parcours car il n’y a pas qu’une façon de réussir ; je propose, notamment, de renforcer les moyens du Régiment du service militaire adapté qui a si bien réussi qu’il est, aujourd’hui, transposé en métropole. Je propose, aussi, de créer un véritable service d’orientation car c’est par une découverte précoce des métiers que l’on pourra convaincre chacun que la réussite est moins une question de filière que de passion de l’engagement.
Il faut, enfin, inciter les Universités et les organismes de formations supérieurs à réorienter leurs offres d’enseignement vers des matières en relation avec les besoins concrets de la Guadeloupe. Lorsque des formations n’existent pas localement, il faut que des conventions de partenariat soient conclues avec les meilleurs établissements métropolitains et les plus grandes écoles, afin de permettre aux jeunes Guadeloupéens d’accéder à des enseignements d’excellence. C’est cela, concrètement, la vraie égalité des chances.
D’une façon plus générale, il faut réinstaurer l’Autorité au sein du système éducatif. Je n’accepte pas que l’autorité des maîtres puisse être remise en cause par quelques trouble-fête. Pour moi, la scolarité, c’est aussi l’école de la vie en société ; on y apprend ses codes et ses valeurs fondamentales, comme celle du respect. Cela se traduit par des choses simples comme le fait que, lorsque le maître rentre dans la classe, les élèves se lèvent !
Mais, soyons clairs, les familles ont aussi un rôle fondamental à jouer et je ne serai pas celui qui tiendra un discours déresponsabilisant à leur égard. Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ils doivent, par conséquent, pouvoir être plus impliqués dans l’organisation de la vie scolaire. Ils doivent aussi, lorsqu’ils éprouvent des difficultés passagères, être aidés dans leur rôle. C’est pour cela que je suis favorable aux expérimentations d’ « école des parents ».
De même, il est fondamental que des systèmes de garde et d’aide aux devoirs soient organisés de façon systématique. Je sais qu’il y a, en Guadeloupe, beaucoup de familles mono-parentales et je connais leurs difficultés d’organisation pour rendre, chaque jour, compatibles les obligations professionnelles et l’éducation des enfants. Les solidarités familiales et de voisinage jouent parfois mais ce n’est pas toujours le cas et je veux aider et rendre hommage à toutes ces femmes seules qui élèvent leurs enfants dignement. Ces femmes, « poteaux mitans » de la société guadeloupéenne d’aujourd’hui, qui ont un rôle si crucial à jouer pour façonner la Guadeloupe de demain !
Vous l’avez compris, je veux concentrer mon action sur la résolution de vos problèmes concrets, ceux que vous rencontrez au quotidien et pour lesquels vous avez souvent la désagréable impression que rien ne change. Lorsque j’entends certains vous parler de grands principes, je me demande si nous vivons dans le même monde, si nous percevons les mêmes choses, si nous rencontrons les mêmes personnes ? Moi, lorsque je sillonne la Guadeloupe, on m’interpelle sur les questions concrètes de l’emploi et du pouvoir d’achat mais aussi du logement, de la santé ou de la sécurité. Bref, sur toutes ces grandes questions qui font le quotidien des gens. Et, sans ignorer les autres sujets, il me semble, qu’il ne faut pas se tromper de priorités.
Pour moi, les choses sont claires, il faut agir vite et efficacement dans trois directions : la sécurité, le logement et la santé.
La sécurité, car c’est une condition première de l’exercice des libertés. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis 2002 sur ce sujet et la délinquance a baissé. La délinquance de voie publique a même baissé de 29% ! En matière de lutte contre l’immigration clandestine, l’effort qui a été fait est sans précédent : vote de dispositions de lois spécifiques à la Guadeloupe, signature d’accords internationaux, renfort en personnels et en matériels. Les résultats sont au rendez-vous puisque, entre 2002 et 2006, le nombre de reconduites à la frontière a augmenté de 180% ! Mais je sais qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir.
J’entends parfois dire que j’en fais trop, qu’il faut être plus souple sur ce sujet… Ceux qui tiennent ce discours ne doivent pas être beaucoup sortis de leurs bureaux parisiens. Ce que j’ai fait comme Ministre de l’Intérieur, je le continuerai à le faire, plus efficacement encore, comme Président de la République. Tous les Guadeloupéens que je rencontre me le disent : protégez notre île ! Cela ne veut pas dire le repli sur soi. Bien au contraire, la coopération dans le bassin caraïbéen est une nécessité absolue et, en la matière, nous pouvons faire plus et mieux. D’ailleurs, je me réjouis que Lucette Michaux-Chevry ait été missionnée sur cette importante question.
Mais la maîtrise de notre immigration, le fait de pouvoir choisir qui entre ou n’entre pas sur notre territoire est quand même le moindre des droits d’un Etat souverain ! Je veillerai, d’ailleurs, à ce que les Armées soient davantage impliquées dans la lutte contre l’immigration clandestine car nous touchons bien là à une question de souveraineté nationale !
Je créerai, aussi, un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale qui aura compétence sur l’outre-mer, comme sur la métropole. Pour moi, soyons clair, l’identité n’est pas celle d’une race ou d’une ethnie ; cela n’aurait aucun sens ! Je parle d’une identité construite à partir de celles de territoires qui se sont compris et qui se sont aimés. D’une identité conçue comme un idéal, une façon d’être et de penser !
Enfin, parallèlement, je m’attaquerai aux causes qui poussent ces malheureux sur nos rives, c’est-à-dire l’insuffisant développement de leurs îles. Je sais l’indignation que provoquent les difficultés de Haïti en Guadeloupe. Elu Président de la République, je prendrai une initiative, en liaison avec la communauté internationale, pour provoquer une conférence sur la paix civile et le développement économique de l’île.
En matière de logement, il nous reste aussi beaucoup à faire. Je sais que le logement est l’un des principaux sujets de préoccupation des Guadeloupéens. Il n’y a pas assez de logements sociaux, trop de logements sont insalubres et beaucoup sont vulnérables au risque sismique.
Face à cela, je veux que la relance de la construction de logement impulsée par l’actuel gouvernement se traduise concrètement dans les faits sans délais. Il y a beaucoup de projets, il est maintenant temps de les réaliser. Je pense, par exemple, au programme de rénovation de Pointe-à-Pitre/Les Abymes qui sera, avec 200 millions d’euros, le plus grand programme de France.
Mais je sais que, dans beaucoup d’autres communes, les moyens font défaut pour faire face au colossal enjeu de la construction de logements. C’est pour cela que j’ai été le premier à avoir préconisé de définir un taux de défiscalisation plus favorable pour le financement du logement social locatif mais aussi pour le logement intermédiaire en accession à la propriété. Je propose, par ailleurs, la création d’un prêt foncier à taux zéro, permettant de ne payer le terrain qu’après avoir achevé de payer le bâti. Les Guadeloupéens souhaitent devenir propriétaires de leurs logements et je veux que ce rêve soit accessible à tous ceux qui vivent du fruit de leur travail !
Le logement n’est pas juste « un sujet comme un autre ». Il est l’élément de base du cadre de vie, il fait partie de la dignité de la personne et conditionne l’harmonie de la famille. Comment peut-on espérer créer les conditions d’une réelle égalité des chances si l’on laisse nos enfants de Guadeloupe vivrent dans des taudis ? Je n’accepte pas cette situation et je m’engage à en faire une priorité de mon action!
De même, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures en matière de santé. Les plateaux techniques de la Guadeloupe sont performants mais il y a un certain nombre de secteurs où les insuffisances sont criantes ; je pense par exemple à la psychiatrie ou à la prise en charge des toxicomanes. Comment veut-on résoudre efficacement les questions de délinquance et sortir nos jeunes du fléau que représentent des drogues comme le crack, si l’on ne dispose pas de capacités suffisantes dans des lieux d’accueil spécialisés pour ces pathologies lourdes ? Le traitement de ces questions est, pour moi, une priorité. De même que l’est la question de la prévention et du traitement du sida. La Guadeloupe est la deuxième région française la plus touchée. Ce fléau n’est pas traité à sa juste mesure et ce n’est pas acceptable.
Je serai, si je suis élu, le garant de la mise en oeuvre de ces politiques de marche vers l’égalité réelle. Je mettrai en place un comité interministériel qui devra, régulièrement et publiquement, dresser le bilan des politiques publiques conduites outre-mer.
Mes chers amis,
Je vous propose une transformation audacieuse mais réaliste de la Guadeloupe et de notre pays. Et, comme d'habitude, lorsque l'on veut faire bouger les choses parce qu'elles vont mal, il se trouve toujours de bons esprits pour expliquer que toute innovation serait pire encore… Pour ceux-là, il vaut mieux vivre avec l'échec que de risquer une solution. Je récuse leur vieux raisonnement qui nous a amenés à ne pas traiter le chômage à ses racines. Qui nous a amenés à partager le travail au lieu de le multiplier ! Qui nous a amenés à rationner les salaires au lieu de les augmenter ! Qui nous a amenés à ne pas traiter les délinquants comme des voyous ! Qui nous a amenés à ignorer les ratages de l'intégration ! Qui nous a amenés à ne pas oser maîtriser notre immigration ! Qui nous a amenés à choisir d'endetter nos enfants de peur de réformer l'Etat !
Tout ce silence, toute cette peur d'agir, je n'en veux plus ! Je veux remettre à l'endroit la hiérarchie des valeurs qui nous a conduits à confondre liberté et permissivité, égalité et égalitarisme, fraternité et assistanat. En voulant cela, j'estime être cœur de notre héritage national et aux sources de la République.
J'ai engagé cette campagne électorale avec la volonté de rester un homme libre. Libre de dire à haute voix ce que je crois au plus profond de moi-même. Libre de bousculer les habitudes et les tabous derrière lesquels se réfugient les illusions qui ont trop longtemps figé notre pays. Libre de faire partager mon énergie et ma confiance.
Je n'ai jamais cessé de vous dire que nous devions être fiers de nos idées et de nos valeurs. Le sentiment patriotique, la valorisation du travail et du mérite, le goût de la liberté et de la responsabilité, le sens de l'autorité et du respect, l'esprit de justice et de dignité : voilà ce à quoi nous croyons !
Dans cette campagne, je vous invite à laisser aux autres les petites querelles, les discours diviseurs et les idées dépassées. Pour ma part, rien ne me déviera de ma route et de mes objectifs. Je veux un débat de fond. Je veux imprimer du mouvement à mon pays. Je veux tracer des perspectives. Et pour cela, je veux m'adresser à tous car je récuse l'idée selon laquelle il y aurait un peuple de droite contre un peuple de gauche. Je récuse l'idée qui consiste à opposer le progrès économique et le progrès social. Je récuse l'idée suivant laquelle les travailleurs seraient les adversaires des entrepreneurs. On n'écrit pas l'avenir d'un grand pays comme la France avec des rancunes et des clivages, mais avec des élans collectifs.
C’est pour cela que j’ai besoin de vous tous, de vous sentir avec moi, prêts à soulever des montagnes. Je crois en l’avenir de la Guadeloupe, je crois en l’avenir de la France, je crois en vous !
Vive la Guadeloupe ! Vive la République ! Vive la France !
23 mars 2007
Discours
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Nicolas Sarkozy en Guadeloupe
Nicolas SARKOZY
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Les Abymes - Guadeloupe
Jeudi 22 mars 2007
Voici un an, j’étais parmi vous, en Guadeloupe, sur cette terre de France à l’identité si forte, cette terre attachante qui me parle et que j’apprends à aimer, chaque fois, davantage. J’étais, à l’époque, parmi vous en tant que Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire car il y avait beaucoup à faire. Je vous avais promis de revenir comme candidat à la Présidence de la République car j’avais l’intime conviction que nous ne nous étions pas tout dit. Nous ne sommes qu’au début d’un chemin commun.
Et, ce soir, voir une salle si pleine, la sentir si chaleureuse est, pour moi, un formidable encouragement et, peut-être, la plus belle des promesses. Je considère votre présence à mes côtés comme une marque d’amitié et cette amitié me pousse à aller plus loin, à redoubler d’efforts pour gagner le combat d’aujourd’hui et me mettre à votre service pour porter un nouveau projet de société demain.
Je sais qu’il y a ce soir, dans cette salle, des femmes et des hommes de droite mais aussi des Guadeloupéens qui ont d’autres sensibilités que je respecte. En fait, ce qui nous réunit ici, c’est notre farouche volonté de changement. J’ai conscience du fait que les sensibilités politiques en Guadeloupe ne s’identifient pas nécessairement au paysage politique métropolitain. C’est pour cela que je suis heureux que l’UMP ait pu se créer et trouver sa place en Guadeloupe, chère Gabrielle, comme je suis heureux qu’Objectif Guadeloupe se soit engagé, sans faille, pour porter nos idées communes, chère Lucette et cher Laurent. J’ai besoin de vous, Jean et Joël, de vous tous ! La Guadeloupe a besoin de vous tous, avec votre caractère – et Dieu sait que vous n’en manquez pas !—, votre énergie et votre sensibilité. Je veux que vous travailliez tous ensemble, dans la même direction, en gardant vos identités propres, comme vous avez su le faire pour m’accueillir aujourd’hui.
Ceci est nécessaire pour gagner les élections mais, au-delà, ceci est important pour l’efficacité de notre action. Car, finalement, ce qu’attendent les Guadeloupéens, c’est que l’on réponde aux questions qui sont les leurs, à leurs problèmes quotidiens concrets. Les querelles de personnes les intéressent peu et j’ajoute qu’elles ont tendance à discréditer l’action politique dans son ensemble. Nous devons, avant tout, être efficaces, ne pas perdre de vue l’essentiel. Cette efficacité fait notre identité politique, notre singularité. Nous ne nous satisfaisons pas, comme d’autres, de formules creuses, de discours compassionnels et de symboles démagogiques tournés vers le passé.
Je suis venu vous parler de l’avenir. Je suis venu parler à tous les Guadeloupéens quels que soient leur âge, leur sexe, leur appartenance ethnique ou religieuse. Je suis venu parler aux Guadeloupéens de la Grande terre, de la Basse terre, de la Désirade, des Saintes et de Marie-Galante. Mais je suis aussi venu parler aux habitants des collectivités d’outre-mer de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy dont le nouveau statut entrera très prochainement en vigueur, comme promis.
Je suis venu parler à la Guadeloupe, les yeux dans les yeux, car la franchise est pour moi la plus grande marque de respect que je puisse vous donner.
Durant l’année écoulée, j’ai beaucoup réfléchi aux problèmes de l’outre-mer, en général, et à ceux de la Guadeloupe, en particulier. Je vous ai écouté et, plus que jamais, je suis convaincu que notre priorité doit être tournée vers l’action pour le développement économique, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie des Guadeloupéens. Nous devons construire une Guadeloupe plus forte, où chacun puisse trouver sa place. Une Guadeloupe qui ne laisse personne au bord du chemin et où l’avenir soit perçu comme une espérance et non plus comme une menace.
Cette Guadeloupe, elle ne verra le jour qu’au prix d’une rupture dans nos modes de pensée et nos façons de faire. Et, en la matière, je le dis comme je le pense, l’effort à fournir est réciproque.
Nous devons refaire du travail une valeur cardinale. C’est par le travail que les richesses se créent, que nos sociétés évoluent et qu’une solidarité efficace envers les plus faibles peut être organisée. L’assistanat est, pour moi, la plus insidieuse des aliénations. Parfois, j’entends que l’on prétend que je voudrais supprimer le RMI ! Non, il n’en a jamais été question ! En revanche, je n’accepte pas que l’on bénéficie de la solidarité nationale sans obligation réciproque, sans effort. Les minima sociaux attribués à des personnes en âge de travailler sont là pour les aider à franchir une étape difficile. Cela peut arriver à chacun mais cela ne peut pas et ne doit pas devenir un moyen de subsistance à vie. C’est aussi une question de dignité ! Je veux que tout bénéficiaire d’un minimum social en âge de travailler ait une activité adaptée à sa situation, qu’il s’agisse de formation ou de travail d’intérêt général. Le but de cette activité doit être de retrouver un emploi car c’est en travaillant que les hommes et les femmes peuvent concevoir des projets et donner le meilleur à leurs enfants. C’est en travaillant que l’on peut vivre debout !
Je veux aussi que le travail paye. Je veux être le Président du pouvoir d’achat. Le problème de la France, c’est que les salaires sont trop bas, que les prix sont trop élevés et que les prélèvements obligatoires sont trop pesants. Je veux que les heures supplémentaires soient toutes rémunérées 25% de plus que les heures normales, quelle que soit la taille de l’entreprise, et qu’elles soient exonérées de toutes charges fiscales et sociales afin qu’elles soient plus payantes pour les salariés et moins chères pour les entreprises. Quatre heures de travail en plus par semaine sans charges, c’est 1.980 euros net en plus à la fin de l’année pour tout salarié rémunéré au SMIC. Voilà la réalité ! Voilà la récompense justifiée de l'effort que je veux mettre en place !
Je veux être le Président de la valeur travail. Depuis 25 ans, tout a été fait dans notre pays pour dévaloriser le travail, décourager le mérite, discréditer la réussite. Il est injuste que ceux qui se lèvent tôt et ceux qui travaillent tard, ne soient pas mieux récompensés que ceux qui vivent des revenus de remplacement. Les 35 heures ont gelé les salaires et désorganisé le service public. Le travail sera au cœur de mon action. Je veux que chacun soit libre de choisir de travailler autant qu’il le veut. Je veux encourager le travail étudiant, aider les femmes à faire garder leurs enfants lorsqu’elles prennent un emploi, permettre à chacun de choisir l’âge de son départ à la retraite en autorisant le cumul entre un emploi et une retraite. Je veux que l’effort soit toujours mieux rémunéré que l’assistanat. Je veux offrir à chacun la possibilité de transmettre à ses enfants le fruit du travail de toute sa vie, grâce à la suppression des droits de succession pour tous les patrimoines petits et moyens.
Alors, évidemment, les choses ne sont pas si simples lorsque l’on vit en Guadeloupe qui connaît un taux de chômage qui oscille entre 22 et 24 %. C’est pourquoi l’Etat et les acteurs économiques doivent être au rendez-vous pour relever le défi de l’emploi. Et la Guadeloupe a du potentiel ! Elle a une jeunesse pleine d’énergie. Elle a une économie qui connaît un fort taux de création d’entreprises et, lorsque je parcours l’archipel, je sens que votre économie possède des bases solides. Dans le secteur agricole, vous avez su trouver des niches intéressantes, comme le melon, que vous exportez avec succès sur l’Europe en contre-saison. Je me rendrai, demain, au centre de conditionnement du melon du Moule, dans l’entreprise « Caraïbe Meloniers » pour me rendre compte, concrètement, de cette belle réussite. Mais vous avez aussi une puissante zone industrielle, à Jarry, qui n’a pas son équivalent en Outre-mer. Et votre potentiel dans le secteur du tourisme est toujours immense !
Que faut-il faire pour que la Guadeloupe décolle vraiment ? Que faut-il faire pour que cet archipel, l’un des plus beaux du monde, connaisse enfin un développement, un épanouissement à la hauteur de son potentiel et de ses aspirations ?
Il faut donner à la Guadeloupe tous les outils de son propre développement. Les Guadeloupéens savent travailler. En Guadeloupe, loin des clichés trop souvent véhiculés, on sait travailler, être dur à la tâche. Je sais qu’il y a, sur cette terre, une énergie qui ne demande qu’à être libérée. Mais, pour cela, il faut que nous tirions tous dans le même sens ! Les élus, les responsables administratifs, les acteurs économiques et les syndicats.
Cessons de nous épuiser dans des querelles stériles qui, trop souvent, je le dis clairement, masquent des intérêts personnels ou catégoriels. Je trouve inacceptable que les Guadeloupéens soient régulièrement pris en otage dans des conflits au long cours. Encore une fois, le combat syndical est légitime mais il ne peut aboutir à remettre en cause la liberté du travail, à mettre en péril l’outil de production et à brouiller l’image d’une région entière. Les gens qui font cela scient la branche sur laquelle ils sont assis.
C’est pour cela que je voudrais que l’on crée en Guadeloupe un lieu de résolution des conflits à froid. Un lieu dans lequel on pourrait avoir recours à des procédures de médiation de façon systématique et dans lequel pourraient être organisées des formations communes à l’ensemble des partenaires sociaux. Je suis convaincu qu’il est possible de construire une relation gagnant/gagnant si l’on fait les choses avec méthode et loyauté. Je me prends parfois à rêver d’une Guadeloupe où les partenaires sociaux s’engageraient pendant un an à tout faire pour éviter les conflits et à recourir à la seule négociation pour régler ceux qui menaceraient de se déclencher. Imaginez l’impact sur la croissance, sur l’emploi, sur l’image de votre département d’une année de vraie paix sociale ! Et si cette sagesse pouvait un jour prévaloir ? N’est-ce qu’un rêve ? Ne peut-on y travailler ? Sincèrement, cela ne vaut-il pas d’être essayé ?
Pour ma part, je me suis engagé à instaurer, par la loi, un réel service minimum garanti pour les services essentiels à la personne, comme la santé ou les transports, en cas de grève. De même, je veux rendre obligatoire un vote à bulletin secret sur la poursuite de la grève, dès lors que le mouvement social excède huit jours.
Mais tout ne sera pas résolu par la force de la loi. Je crois que, fondamentalement, les Guadeloupéens doivent se sentir plus proches de leurs entreprises, qu’il y ait une meilleure appropriation des réalités économiques. Pour cela, il faut qu’un réel effort soit fait dans les entreprises, les hôtels, les administrations, pour que davantage de Guadeloupéens occupent des emplois d’encadrement.
L’apprentissage d’un vrai dialogue social est donc fondamental. Mais il n’est pas suffisant. L’Etat doit aussi aller plus loin dans son engagement pour la Guadeloupe. Si l’on veut résoudre vraiment le problème du chômage, il ne suffira pas de multiplier les emplois aidés. Il faudra créer plus d’activités, libérer les énergies, favoriser l’accès aux marchés extérieurs et renforcer l’attractivité de votre territoire.
C’est dans cet esprit que je m’engage sur plusieurs propositions concrètes.
Je préconise la création de « zones franches globales d’activités » dans les DOM. C’est ici, en Guadeloupe, que j’en ai parlé, pour la première fois, il y a un an. Je veux préciser ma pensée aujourd’hui.
D’abord, soyons clairs, ces zones franches viendraient en complément de l’actuelle défiscalisation qu’il faut conserver. Il faut la conserver car la défiscalisation agit sur les coûts d’investissement, là où les zones franches agiront sur les coûts de fonctionnement. Il faut la conserver car la défiscalisation n’est pas un « ensemble de niches fiscales », c’est un outil de développement économique nécessaire à la croissance de territoires spontanément sous capitalisés.
Depuis que j’ai lancé cette idée, en mars 2006, les acteurs économiques des quatre DOM ont répondu à mon appel et m’ont fait part de leurs attentes en la matière. Il ressort de nos échanges, durant ces derniers mois, un consensus sur l’idée de créer des zones franches globales au plan géographique mais ciblées sur certains secteurs d’activités. Il ne s’agit donc pas d’un privilège accordé à telle ou telle partie du territoire : la zone franche globale concerne la Guadeloupe tout entière !
La zone franche de Guadeloupe pourrait comporter un premier dispositif pour les entreprises de tous les secteurs concernés par la loi de programme pour l’outre-mer. Il s’agirait de mesures d’exonérations partielles d’impôt sur les sociétés et de taxe professionnelle. Le taux d’exonération pourrait être, par exemple, de 50% pour chacun de ces impôts, sous un plafond à définir. Les économies ainsi réalisées devront être affectées au développement de l’entreprise.
Par ailleurs, je propose un système d’exonération des droits de douanes pour les matières premières et les produits semi-ouvrés afin de favoriser les activités de transformation et donc d’intégration de valeur ajoutée localement. Enfin, je pense qu’il serait judicieux de mettre en place un mécanisme de crédit d’impôt majoré à l’exportation. C’est-à-dire que les entreprises qui feraient des dépenses de prospection commerciale en dehors de l’espace économique européen, en particulier dans leur environnement régional, pourraient bénéficier d’un crédit d’impôt, par exemple, de 66% de ces dépenses.
En complément, pour quelques secteurs d’activités, considérés comme particulièrement porteurs par les acteurs économiques eux-mêmes et par les élus des territoires concernés, les exonérations d’IS et de TP seraient très fortement majorées. En Guadeloupe, ces secteurs stratégiques pourraient être, par exemple, celui des énergies renouvelables et du tourisme.
Ces zones franches répondront donc, par le choix des secteurs concernés, à une stratégie précise et réfléchie d’amélioration de la compétitivité des entreprises exportatrices de biens ou de services, au service d’un projet de territoire.
Par ailleurs, le développement économique ne peut se concevoir, dans le monde ouvert qui est le nôtre, sans que ne soit garantie la mobilité des personnes et des biens. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé que la continuité territoriale entre l’outre-mer et la métropole est une priorité majeure. Dire que l’outre-mer, c’est la France, ne doit pas rester « une parole en bouche ».
Concrètement, pour moi, la baisse des tarifs est une nécessité absolue. Mais, de grâce, arrêtons les clichés sur l’économie administrée ! Si l’on veut que les prix baissent, il ne suffit pas de se contenter de dire que l’on va obliger les compagnies aériennes, qui sont des sociétés de droit privé, à le faire. Ce n’est juridiquement pas possible.
Aujourd’hui, les prix trop élevés résultent, en partie, de la régulation du marché aérien. C’est la raison pour laquelle je viens de faire modifier les règles restreignant la concurrence. Dorénavant, les compagnies charters pourront vendre des vols « charters secs » sur l’Outre-mer, ce qui leur était interdit jusqu’à présent. C’est une première étape, même si d’autres mesures devront être prises un jour, telle que l’assouplissement des modalités de prise de congés bonifiés afin d’éviter l’engorgement des périodes de pointe.
Dans le même esprit, faciliter la mobilité et les échanges, je crois que la réalisation d’un port en eau profonde est une priorité, de même que l’est l’organisation de véritables transports collectifs en Guadeloupe, y compris en privilégiant les alternatives à la route. Ce qu’engage la Réunion aujourd’hui, la Guadeloupe peut le faire demain !
Je veux que, dans cette Guadeloupe de demain, tout le monde trouve sa place, je veux que vous puissiez offrir à vos enfants un avenir meilleur, un avenir ouvert et riche de promesses.
L’éducation de la jeunesse guadeloupéenne est, à cet égard, une priorité fondamentale pour moi. C’est une priorité parce que la formation reste encore le meilleur passeport pour l’emploi et qu’elle est le moteur de l’égalité des chances et de la promotion sociale.
Nous avons beaucoup à faire en la matière. Il faut, d’abord, réhabiliter les bâtiments scolaires qui sont trop souvent mal adaptés, lorsqu’ils ne sont pas vulnérables au risque sismique. Il faut, ensuite, diversifier les parcours car il n’y a pas qu’une façon de réussir ; je propose, notamment, de renforcer les moyens du Régiment du service militaire adapté qui a si bien réussi qu’il est, aujourd’hui, transposé en métropole. Je propose, aussi, de créer un véritable service d’orientation car c’est par une découverte précoce des métiers que l’on pourra convaincre chacun que la réussite est moins une question de filière que de passion de l’engagement.
Il faut, enfin, inciter les Universités et les organismes de formations supérieurs à réorienter leurs offres d’enseignement vers des matières en relation avec les besoins concrets de la Guadeloupe. Lorsque des formations n’existent pas localement, il faut que des conventions de partenariat soient conclues avec les meilleurs établissements métropolitains et les plus grandes écoles, afin de permettre aux jeunes Guadeloupéens d’accéder à des enseignements d’excellence. C’est cela, concrètement, la vraie égalité des chances.
D’une façon plus générale, il faut réinstaurer l’Autorité au sein du système éducatif. Je n’accepte pas que l’autorité des maîtres puisse être remise en cause par quelques trouble-fête. Pour moi, la scolarité, c’est aussi l’école de la vie en société ; on y apprend ses codes et ses valeurs fondamentales, comme celle du respect. Cela se traduit par des choses simples comme le fait que, lorsque le maître rentre dans la classe, les élèves se lèvent !
Mais, soyons clairs, les familles ont aussi un rôle fondamental à jouer et je ne serai pas celui qui tiendra un discours déresponsabilisant à leur égard. Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ils doivent, par conséquent, pouvoir être plus impliqués dans l’organisation de la vie scolaire. Ils doivent aussi, lorsqu’ils éprouvent des difficultés passagères, être aidés dans leur rôle. C’est pour cela que je suis favorable aux expérimentations d’ « école des parents ».
De même, il est fondamental que des systèmes de garde et d’aide aux devoirs soient organisés de façon systématique. Je sais qu’il y a, en Guadeloupe, beaucoup de familles mono-parentales et je connais leurs difficultés d’organisation pour rendre, chaque jour, compatibles les obligations professionnelles et l’éducation des enfants. Les solidarités familiales et de voisinage jouent parfois mais ce n’est pas toujours le cas et je veux aider et rendre hommage à toutes ces femmes seules qui élèvent leurs enfants dignement. Ces femmes, « poteaux mitans » de la société guadeloupéenne d’aujourd’hui, qui ont un rôle si crucial à jouer pour façonner la Guadeloupe de demain !
Vous l’avez compris, je veux concentrer mon action sur la résolution de vos problèmes concrets, ceux que vous rencontrez au quotidien et pour lesquels vous avez souvent la désagréable impression que rien ne change. Lorsque j’entends certains vous parler de grands principes, je me demande si nous vivons dans le même monde, si nous percevons les mêmes choses, si nous rencontrons les mêmes personnes ? Moi, lorsque je sillonne la Guadeloupe, on m’interpelle sur les questions concrètes de l’emploi et du pouvoir d’achat mais aussi du logement, de la santé ou de la sécurité. Bref, sur toutes ces grandes questions qui font le quotidien des gens. Et, sans ignorer les autres sujets, il me semble, qu’il ne faut pas se tromper de priorités.
Pour moi, les choses sont claires, il faut agir vite et efficacement dans trois directions : la sécurité, le logement et la santé.
La sécurité, car c’est une condition première de l’exercice des libertés. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis 2002 sur ce sujet et la délinquance a baissé. La délinquance de voie publique a même baissé de 29% ! En matière de lutte contre l’immigration clandestine, l’effort qui a été fait est sans précédent : vote de dispositions de lois spécifiques à la Guadeloupe, signature d’accords internationaux, renfort en personnels et en matériels. Les résultats sont au rendez-vous puisque, entre 2002 et 2006, le nombre de reconduites à la frontière a augmenté de 180% ! Mais je sais qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir.
J’entends parfois dire que j’en fais trop, qu’il faut être plus souple sur ce sujet… Ceux qui tiennent ce discours ne doivent pas être beaucoup sortis de leurs bureaux parisiens. Ce que j’ai fait comme Ministre de l’Intérieur, je le continuerai à le faire, plus efficacement encore, comme Président de la République. Tous les Guadeloupéens que je rencontre me le disent : protégez notre île ! Cela ne veut pas dire le repli sur soi. Bien au contraire, la coopération dans le bassin caraïbéen est une nécessité absolue et, en la matière, nous pouvons faire plus et mieux. D’ailleurs, je me réjouis que Lucette Michaux-Chevry ait été missionnée sur cette importante question.
Mais la maîtrise de notre immigration, le fait de pouvoir choisir qui entre ou n’entre pas sur notre territoire est quand même le moindre des droits d’un Etat souverain ! Je veillerai, d’ailleurs, à ce que les Armées soient davantage impliquées dans la lutte contre l’immigration clandestine car nous touchons bien là à une question de souveraineté nationale !
Je créerai, aussi, un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale qui aura compétence sur l’outre-mer, comme sur la métropole. Pour moi, soyons clair, l’identité n’est pas celle d’une race ou d’une ethnie ; cela n’aurait aucun sens ! Je parle d’une identité construite à partir de celles de territoires qui se sont compris et qui se sont aimés. D’une identité conçue comme un idéal, une façon d’être et de penser !
Enfin, parallèlement, je m’attaquerai aux causes qui poussent ces malheureux sur nos rives, c’est-à-dire l’insuffisant développement de leurs îles. Je sais l’indignation que provoquent les difficultés de Haïti en Guadeloupe. Elu Président de la République, je prendrai une initiative, en liaison avec la communauté internationale, pour provoquer une conférence sur la paix civile et le développement économique de l’île.
En matière de logement, il nous reste aussi beaucoup à faire. Je sais que le logement est l’un des principaux sujets de préoccupation des Guadeloupéens. Il n’y a pas assez de logements sociaux, trop de logements sont insalubres et beaucoup sont vulnérables au risque sismique.
Face à cela, je veux que la relance de la construction de logement impulsée par l’actuel gouvernement se traduise concrètement dans les faits sans délais. Il y a beaucoup de projets, il est maintenant temps de les réaliser. Je pense, par exemple, au programme de rénovation de Pointe-à-Pitre/Les Abymes qui sera, avec 200 millions d’euros, le plus grand programme de France.
Mais je sais que, dans beaucoup d’autres communes, les moyens font défaut pour faire face au colossal enjeu de la construction de logements. C’est pour cela que j’ai été le premier à avoir préconisé de définir un taux de défiscalisation plus favorable pour le financement du logement social locatif mais aussi pour le logement intermédiaire en accession à la propriété. Je propose, par ailleurs, la création d’un prêt foncier à taux zéro, permettant de ne payer le terrain qu’après avoir achevé de payer le bâti. Les Guadeloupéens souhaitent devenir propriétaires de leurs logements et je veux que ce rêve soit accessible à tous ceux qui vivent du fruit de leur travail !
Le logement n’est pas juste « un sujet comme un autre ». Il est l’élément de base du cadre de vie, il fait partie de la dignité de la personne et conditionne l’harmonie de la famille. Comment peut-on espérer créer les conditions d’une réelle égalité des chances si l’on laisse nos enfants de Guadeloupe vivrent dans des taudis ? Je n’accepte pas cette situation et je m’engage à en faire une priorité de mon action!
De même, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures en matière de santé. Les plateaux techniques de la Guadeloupe sont performants mais il y a un certain nombre de secteurs où les insuffisances sont criantes ; je pense par exemple à la psychiatrie ou à la prise en charge des toxicomanes. Comment veut-on résoudre efficacement les questions de délinquance et sortir nos jeunes du fléau que représentent des drogues comme le crack, si l’on ne dispose pas de capacités suffisantes dans des lieux d’accueil spécialisés pour ces pathologies lourdes ? Le traitement de ces questions est, pour moi, une priorité. De même que l’est la question de la prévention et du traitement du sida. La Guadeloupe est la deuxième région française la plus touchée. Ce fléau n’est pas traité à sa juste mesure et ce n’est pas acceptable.
Je serai, si je suis élu, le garant de la mise en oeuvre de ces politiques de marche vers l’égalité réelle. Je mettrai en place un comité interministériel qui devra, régulièrement et publiquement, dresser le bilan des politiques publiques conduites outre-mer.
Mes chers amis,
Je vous propose une transformation audacieuse mais réaliste de la Guadeloupe et de notre pays. Et, comme d'habitude, lorsque l'on veut faire bouger les choses parce qu'elles vont mal, il se trouve toujours de bons esprits pour expliquer que toute innovation serait pire encore… Pour ceux-là, il vaut mieux vivre avec l'échec que de risquer une solution. Je récuse leur vieux raisonnement qui nous a amenés à ne pas traiter le chômage à ses racines. Qui nous a amenés à partager le travail au lieu de le multiplier ! Qui nous a amenés à rationner les salaires au lieu de les augmenter ! Qui nous a amenés à ne pas traiter les délinquants comme des voyous ! Qui nous a amenés à ignorer les ratages de l'intégration ! Qui nous a amenés à ne pas oser maîtriser notre immigration ! Qui nous a amenés à choisir d'endetter nos enfants de peur de réformer l'Etat !
Tout ce silence, toute cette peur d'agir, je n'en veux plus ! Je veux remettre à l'endroit la hiérarchie des valeurs qui nous a conduits à confondre liberté et permissivité, égalité et égalitarisme, fraternité et assistanat. En voulant cela, j'estime être cœur de notre héritage national et aux sources de la République.
J'ai engagé cette campagne électorale avec la volonté de rester un homme libre. Libre de dire à haute voix ce que je crois au plus profond de moi-même. Libre de bousculer les habitudes et les tabous derrière lesquels se réfugient les illusions qui ont trop longtemps figé notre pays. Libre de faire partager mon énergie et ma confiance.
Je n'ai jamais cessé de vous dire que nous devions être fiers de nos idées et de nos valeurs. Le sentiment patriotique, la valorisation du travail et du mérite, le goût de la liberté et de la responsabilité, le sens de l'autorité et du respect, l'esprit de justice et de dignité : voilà ce à quoi nous croyons !
Dans cette campagne, je vous invite à laisser aux autres les petites querelles, les discours diviseurs et les idées dépassées. Pour ma part, rien ne me déviera de ma route et de mes objectifs. Je veux un débat de fond. Je veux imprimer du mouvement à mon pays. Je veux tracer des perspectives. Et pour cela, je veux m'adresser à tous car je récuse l'idée selon laquelle il y aurait un peuple de droite contre un peuple de gauche. Je récuse l'idée qui consiste à opposer le progrès économique et le progrès social. Je récuse l'idée suivant laquelle les travailleurs seraient les adversaires des entrepreneurs. On n'écrit pas l'avenir d'un grand pays comme la France avec des rancunes et des clivages, mais avec des élans collectifs.
C’est pour cela que j’ai besoin de vous tous, de vous sentir avec moi, prêts à soulever des montagnes. Je crois en l’avenir de la Guadeloupe, je crois en l’avenir de la France, je crois en vous !
Vive la Guadeloupe ! Vive la République ! Vive la France !
Nicolas Sarkozy à Villebon-sur-Yvette
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Villebon-sur-Yvette
Mardi 20 mars 2007
Mes chers amis,
Merci ! Merci d’être là ce soir si nombreux, si enthousiastes, si mobilisés à quatre semaines du premier tour de cette élection présidentielle qui va être décisive pour notre avenir, pour celui de nos enfants, pour la France qui ne peut plus attendre, qui a déjà trop attendu.
On disait que les Français ne s’intéressaient plus à la France.
On disait que la France c’était fini, que vous n’aviez plus envie d’en entendre parler.
Et pourtant vous êtes là !
On disait que vous en aviez assez de la politique, que pour vous la politique c’était fini, que les élections vous vous en moquiez.
Et pourtant vous êtes là !
On disait que les réunions publiques c’était démodé.
On disait que les campagnes ça ne se passait plus qu’à la télévision et sur Internet.
Et pourtant vous êtes là !
On disait que les Français ne s’engageaient plus, ne militaient plus, ne votaient plus !
Et pourtant vous êtes là !
On vous a souvent trompés. Je le sais.
On vous a parfois menti. Je le sais.
On vous a même trahis. Je le sais.
Et pourtant vous êtes là !
Vous êtes là, parce que la France pour vous ce n’est pas fini !
Vous êtes là, parce que la politique pour vous ce n’est pas fini !
Vous êtes là, parce que vous savez que l’élection présidentielle c’est un enjeu capital.
Vous êtes là, parce que vous avez envie que l’on vous parle, parce que vous avez envie que l’on dise les choses en face, parce que la télévision ne dit pas tout, parce que la télévision vous en dit moins sur la vérité d’un homme qu’un discours devant six mille personnes.
Vous êtes là, parce que vous avez plus que jamais envie de défendre vos idées, parce que pour vous voter est un devoir, parce que vous ne voulez plus que l’on vous trompe, vous ne voulez plus que l’on vous mente, vous ne voulez plus que l’on vous trahisse, parce que vous êtes bien décidés à prendre votre destin en mains, parce que vous ne voulez plus vous en remettre à d’autres pour juger à votre place, pour décider à votre place.
Vous êtes là, parce que vous avez compris que je ne vous tromperais pas, que je ne vous mentirais pas, que je ne vous trahirais pas.
Vous avez compris que je dirais tout avant et que je ferais tout après, que je dirais tout avant pour tout faire après.
Vous êtes là, parce que vous avez compris que je ne ferais pas ce que l'on vous a trop souvent fait depuis trente ans.
Vous avez compris que si je suis élu je ne ferais pas après l’élection le contraire de ce que j’avais promis de faire la veille de l’élection.
Vous êtes là, parce que vous avez compris que je n'accepterai pas que la technocratie gouverne ce sont les élus qui doivent assumer leurs responsabilités.
Vous avez compris que je ne veux pas de la politique des experts mais celle que vous aurez choisie.
Depuis trente ans on vous dit :
« Laissez-nous faire, c’est trop compliqué pour vous ! »
Depuis trente ans on vous dit :
« Ne vous occupez de rien, nous nous occupons de tout ! »
Depuis trente ans c’est :
« Circulez, il n’y a rien à voir ! »
Depuis trente ans on parle à votre place, on pense à votre place, on décide à votre place.
Vous en avez assez.
Vous en avez assez que des commissaires européens
Que des dirigeants de Banque Centrale
Que des cabinets ministériels
Que des grands corps
Que des experts
Que des marchés
Pensent à votre place, décident à votre place.
Vous en avez assez que la démocratie abdique devant la soi-disant dictature des marchés.
Vous en avez assez que l’Etat abdique devant les bureaucraties, les corporatismes et les lobbies.
Vous en avez assez que l’Europe ne soit pas démocratique.
Vous en avez assez que des gens qui ne sont pas élus, qui ne sont responsables devant personne, qui n’ont de comptes à rendre à personne décident de votre vie, de votre avenir, de celui de vos enfants.
Vous en avez assez de tous ces gens qui décident à votre place et qui ne supportent jamais pour eux-mêmes les conséquences de ce qu’ils décident.
Vous en avez assez de tous ces gens qui veulent toujours vous imposer des sacrifices qu’ils ne sont pas capables de s’imposer à eux-mêmes.
Vous en avez assez que l’on vous répète sans arrêt qu’il n’y a qu’une seule politique possible et que vous n’avez pas le choix.
Vous en avez assez qu’on vous dise :
« Plus de croissance, ce n’est pas possible ! »
« Le plein emploi, ce n’est pas possible ! »
« Travailler plus pour gagner plus, ce n’est pas possible ! »
« L’augmentation du pouvoir d’achat, ce n’est pas possible ! »
« Que tout le monde sache lire, écrire et compter, ce n’est pas possible ! »
« Choisir l’école de vos enfants, ce n’est pas possible ! »
« L’immigration choisie, ce n’est pas possible ! »
« Le recul de la délinquance, ce n’est pas possible ! »
« La fin de la crise du logement, ce n’est pas possible ! »
« Le service minimum dans le service public, ce n’est pas possible ! »
« La baisse des impôts, ce n’est pas possible ! »
« La défense de la langue française face à l’Anglais, ce n’est pas possible ! »
« La sauvegarde des intérêts économiques français, ce n’est pas possible ! »
« La politique industrielle, ce n’est pas possible ! »
« La taxation des pollutions, ce n’est pas possible ! »
« La préférence communautaire, ce n’est pas possible ! »
« La lutte contre les concurrences déloyales, ce n’est pas possible ! »
Vous en avez assez que rien ne soit possible et vous avez raison !
Vous êtes là parce que vous en avez assez que l’on décide à votre place ce que vous avez ou non le droit de dire.
Vous en avez assez de la repentance.
Vous en avez assez que l’on exige de vous que vous expiiez les fautes supposées de vos aïeux.
Vous en avez assez que l’on cherche à vous imposer d’avoir honte de la France, de son histoire, de ses valeurs.
Vous en avez assez qu’il ne soit pas possible de dire que ceux qui ne veulent pas respecter nos valeurs, qui veulent pratiquer la polygamie et l’excision, qui ne veulent pas reconnaître l’égalité de l’homme et de la femme, qui n’acceptent pas la laïcité, que ceux-là ne sont pas les bienvenus dans notre pays.
Vous en avez assez qu’il ne soit pas possible de dire que ceux qui n’aiment pas la France et qui n’aiment pas les valeurs de la République ne sont pas obligés d’y rester.
Vous en avez assez que l’identité nationale soit considérée comme un gros mot.
Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme, que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme, que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen, que l’on ne puisse pas dénoncer l’accaparement du pouvoir par la technocratie ou montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de démagogie, que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas dire que le niveau de l’école baisse alors que c’est une évidence.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas dire que la mise en place de l’euro s’est accompagnée d’une hausse des prix dont tout le monde a éprouvé les conséquences sur son pouvoir d’achat.
Vous en avez assez de la langue de bois et vous avez raison.
Vous êtes là parce que vous en avez assez que l’on cherche à vous imposer ce qu’il faut penser.
Vous êtes là parce que vous en avez assez du conformisme intellectuel.
Vous êtes là parce que vous en avez assez de la pensée unique.
Parce que vous en avez assez que l’on vous dise ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire, ce qu’il faut penser.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
Je veux en finir avec le politiquement correct et avec la pensée unique.
Je veux en finir avec la pensée unique qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances.
Je veux en finir avec la pensée unique qui nous a mis dans la situation où nous sommes, qui s’est trompée sur tout, qui a échoué sur tout, qui a creusé les déficits, qui a augmenté le chômage, qui a fait exploser la pauvreté, l’exclusion, la précarité, qui a raté l’intégration, qui a laissé se développer les discriminations, qui a installé le communautarisme, qui a abaissé l’autorité de l’Etat, qui a affaibli l’identité nationale, qui a fabriqué l'échec de l’école, qui a dévalorisé les diplômes et le travail, qui a favorisé l’assistanat.
Je veux en finir avec la pensée unique qui dit que la politique ne peut rien faire pour changer quoi que ce soit et qu’elle ne peut rien dire sur rien. Parce qu’à force de ne rien faire, à force de ne rien dire, à force de ne rien penser, on finit par laisser le champ libre à tous les extrémismes.
On ne fera pas cette rupture en abandonnant la Ve République pour revenir à la IVe sous couvert de faire la VIe.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Leur VIe République c’est le retour au régime de l’impuissance, c’est le retour au régime des partis, c’est le retour à l’instabilité. Ils ont oublié 1958, l’agonie d’une IVe République incapable de faire face à la crise financière et de conjurer le péril de la guerre civile. Ils ont oublié que depuis prés de cinquante ans, les institutions de la Ve République ont permis à la France d’être gouvernée en toutes circonstances et que depuis que la Ve République existe, ni la démocratie ni les libertés individuelles ni la paix civile n’ont été mises en danger à aucun moment.
Ils imputent aux institutions ce qui n’est en réalité imputable qu’à la défaillance des hommes et des politiques. Ils ne veulent pas voir que le problème n’est pas institutionnel mais qu’il est intellectuel et moral. Ils ne veulent pas regarder la réalité en face pour ne pas avoir à répondre à la question de savoir quelle politique ils veulent faire, sur quelles valeurs, sur quels critères ils veulent les fonder, pour ne pas avoir à prendre leurs responsabilités. Qui peut croire que c’est en revenant aux errements du passé qu’on résoudra les problèmes d’aujourd’hui ? Qui peut croire que l’on arrivera mieux à restaurer l’autorité de l’Etat, à parvenir au plein emploi, à augmenter le pouvoir d’achat, à freiner les délocalisations avec une République affaiblie et instable dominée par les manœuvres d’appareils ?
Leur démocratie participative, c’est la fin de toute volonté politique, c’est la fin de la politique qui prend ses responsabilités. Il faut avoir le courage d’appeler les choses par leur nom leur démocratie participative ce n’est pas le remède contre la dictature de la pensée unique, c’est la fin de la démocratie représentative dans le soupçon généralisé. Leur démocratie participative ce n’est pas une nouvelle manière d’associer le peuple aux décisions qui le concernent, c’est juste la forme ultime de la démagogie. C’est sûr, quand on proclame « vos idées sont les miennes, » on ne prend pas beaucoup de risques, on ne prend pas beaucoup ses responsabilités, on n’assume pas grand-chose et l’on apporte quoi à son pays ?
A la crise morale, sociale, économique que traverse notre pays je n’ajouterai pas un bouleversement institutionnel. Ce qu’il faut changer ce sont les comportements, les pratiques.
Je veux un Président qui gouverne.
Je veux un Parlement qui contrôle.
Je veux moins de ministres qui soient davantage responsables, qui aient davantage de poids face à l’administration.
Je veux que ce soient les ministres qui gouvernent et non les cabinets
Je ne veux plus que ce soient les bureaucrates qui gouvernent.
Je veux remplacer l’irresponsabilité technocratique par la responsabilité politique.
Je veux remplacer l’opacité par la transparence.
Je ne veux plus que les places soient distribuées en fonction des solidarités de corps et des connivences de partis.
Je veux que ceux qui décident, que ceux qui gouvernent, que ceux qui dirigent soient responsables, qu’ils soient contrôlés, qu’ils rendent des comptes.
Je veux que la démocratie ne soit plus confisquée par quelques-uns, je veux que l’Etat ne soit pas accaparé par une caste ou par un clan ou par un parti.
Je veux une démocratie irréprochable et un Etat impartial..
Je veux que les nominations aux postes les plus importants soient approuvées par le Parlement avec une majorité qualifiée qui permette à l’opposition d’avoir son mot à dire.
Je ne veux pas installer des jurys populaires qui ressembleraient à des soviets mais je veux remplacer l’opacité par la transparence.
Je veux une démocratie irréprochable fondée sur le principe de l’équilibre des pouvoirs mais je ne souhaite pas que l’Etat soit paralysé par un jeu de contre-pouvoir dans le seul but serait de se contrecarrer les uns les autres. Je ne souhaite pas que par démagogie on revienne à une situation qui jadis aura rendu l’Etat impuissant et fait le malheur de la France ;
Je veux surtout reconstruire une démocratie où l’on est libre de parler et de penser, où l’on est pas prisonnier de préjugés absurdes, de clivages intellectuels dépassés, où les convictions et les compétences comptent davantage que les étiquettes.
Car notre démocratie marche sur la tête. Que dire d'autre en effet, quand le débat public devient à ce point caricatural ?
Oui, on marche sur la tête quand on peut déclarer sans choquer personne qu'un discours sur l'autorité ou sur l'identité nationale c'est un discours très à droite et qu'un discours sur la fraternité ou sur les travailleurs, c'est un discours très à gauche.
Sommes-nous tombés si bas qu'il faille admettre comme une évidence que les Français de gauche sont ennemis de l'ordre et de l'autorité et que les Français qui appartiennent à la droite républicaine sont incapables de générosité.
Notre démocratie est-elle à ce point malade que l'Histoire de France n'appartienne plus à tous les Français mais qu'il y ait une histoire de France de droite et une histoire de France de gauche ?
La pensée unique a-t-elle fait tant de ravages qu'un homme issu de la droite républicaine n'ait pas le droit de citer Jaurès, Blum ou Guy Môquet, ce jeune communiste fusillé à 17 ans pour fait de résistance ?
Personne n'a le monopole du cœur ni le monopole du sentiment national.
Personne n'a le monopole de Jaurès ni celui du Général de Gaulle.
Personne n'a le monopole de la démocratie, ni celui de la république.
Je revendique le droit de me référer à tous ceux qui ont fait l'Histoire de France.
Je revendique le droit de citer Jaurès, Blum et Guy Môquet.
Je revendique le droit de défendre l'identité nationale et les valeurs de la république.
Je revendique le droit de parler de la fraternité et de l'autorité.
Je revendique le droit de parler de la Justice sociale et de la sécurité.
Je revendique de parler du travail et du pouvoir d'achat.
Je revendique le droit d'exprimer ma fierté d'être Français sans être accusé de me rapprocher de l'extrême droite.
Je revendique le droit de dire que la mode de la repentance est une mode exécrable.
Je revendique le droit de dire que je n’accepte pas que l’on demande aux fils d’expier les fautes des pères,
Que je n’accepte pas que l’on juge toujours le passé avec les préjugés du présent.
Que je n’accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l’histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation.
Que je n’accepte pas ce dénigrement systématique de la nation qui est la forme ultime de la détestation de soi.
Car pour un Français, haïr la France c’est se haïr lui-même.
Je revendique le droit de dire qu'il n'est pas acceptable que l'on veuille vivre en France en professant la haine de la France.
Je veux que le racisme et l’antisémitisme soient poursuivis et condamnés avec la plus grande sévérité.
Mais je revendique le droit de dire que tous les Français ne sont pas racistes et antisémites parce que c’est faux. Je ne veux pas que l’on dise que la France est le pays le plus raciste et le plus antisémite au monde, parce que ce n’est pas vrai, parce que la France c’est exactement le contraire, c’est le pays des droits de l’homme, c’est le pays qui récuse le plus le communautarisme qui renvoie chacun à ses origines ethniques et religieuses, c’est le pays de la République, qui s’est toujours battu depuis deux cents ans pour la liberté, l’égalité et la fraternité de tous les hommes.
Je revendique le droit de dire que tous les Français dans les colonies n’étaient pas des monstres et des exploiteurs.
Que tous les Français ne furent pas pétainistes.
Que tous les Français ne furent pas antidreyfusards.
Que tous les Français ne sont pas racistes.
Je revendique le droit de dire qu’il y a peu de pays dans le monde qui auraient été capables de se diviser et de se déchirer pour le sort d’un capitaine juif qui s'appelait Dreyfus.
Je revendique le droit de dire qu'il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde qui aient tant fourni d’armes à l’esprit humain pour lutter contre la tentation du racisme.
Je revendique le droit de dire qu'il qu’il n’y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le monde qui aient tant œuvré pour la civilisation et le développement et si peu pour l’exploitation. On peut condamner le principe du système colonial et avoir l’honnêteté de reconnaître cela.
On doit condamner la collaboration et Vichy mais on doit reconnaître que beaucoup de Français ont aidé des Juifs à échapper à la Gestapo.
On doit condamner les Français qui ont dénoncé des Juifs, qui ont servi d’auxiliaires à la machine de mort nazie mais on ne doit pas oublier toutes ces familles qui au péril de leur vie ont caché des enfants juifs parmi leurs propres enfants.
On doit condamner les miliciens qui se faisaient les complices des persécuteurs mais ne pas oublier les résistants des maquis, ceux du Vercors et des Glières qui se battaient jusqu’à la mort, et tous ceux qui sacrifiaient leur vie pour retarder les divisions blindées allemandes qui en juin 44 remontaient vers la Normandie. Que serait-il advenu si les chars étaient arrivés plus tôt ?
Je veux avoir le droit de dire cela par ce que c'est la vérité, non parce que c'est de gauche ou parce que c'est de droite, mais parce que c'est la vérité.
Je veux avoir le droit de dire qu'à force de demander à la France d’expier son passé, qu'à force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la Terre, qu'à force de nourrir la honte d’être Français au lieu de chercher les raisons d’en être fier.
A force c’est notre capacité à vivre ensemble qui s’abîme, c’est notre participation à un destin commun qui est remise en question.
Je revendique le droit de dire qu'en abîmant la fierté d’être Français, en ressassant indéfiniment de vieilles haines qui appartiennent au passé, en voulant faire expier aux fils les fautes des pères, en cherchant dans l’Histoire la cause de tous ses échecs on occulte les vraies causes qui sont dans le présent et dans chacun de nous. Et l’on dessert la cause que l’on prétend servir. Car dresser les Français les uns contre les autres, attiser les rancœurs et la haine de soi, c’est prendre le risque d’affaiblir la solidarité nationale et c’est desservir la cause de l’intégration que l’on prétend servir. Parce que l’on cherche rarement à s’intégrer à ce que l’on a appris à détester.
Je revendique le droit de dire que je trouve détestable la mode est à la détestation de soi, de la détestation de la famille, de la nation, de la société, de la culture, de la civilisation, à la détestation de l’Occident, de la religion, de la morale, de l’intelligence, à la détestation du devoir, du travail, de l’excellence, de la réussite …
Je revendique le droit de dire qu'il cette détestation systématique sans me faire accuser par quiconque de m'être converti à l'extrême droite.
Je revendique le droit de dire que depuis 30 ans on cherche à nous faire tout détester à commencer par nous-mêmes et que nous ne sommes pas obligés de continuer ce chemin morbide, que nous devons changer, que cela ne dépend que de nous, de notre volonté, de l’idée que nous nous faisons de l’homme et de la politique.
Je veux en finir avec la détestation de soi par où commence toujours la haine de l’autre et je le revendique parce qu'à mes yeux c'est par là que doit commencer une politique de l’Homme et de la civilisation pour le XXIème siècle.
Je revendique le droit de dire que le but de toute politique est de donner à chaque homme le sentiment de sa propre dignité, sans que l'on y voie un gage donné à la gauche.
Je revendique le droit, en tant qu'homme politique issu de la droite républicaine et fidèle à ses valeurs, de vouloir parler à tous les Français et de vouloir tous les rassembler parce que tous, à mes yeux, ont un rôle à jouer une utilité sociale, une valeur qui leur est propre.
Je revendique le droit de penser qu'il ne peut y avoir de demi-mesure, que respecter l'homme c'est respecter chaque homme sans exception.
Je revendique le droit d'affirmer que sans être soupçonné de chercher à séduire les électeurs de la gauche dans les valeurs de la République, la fraternité n’est pas une valeur moins importante que les autres. C’est la plus importante de toutes.
La fraternité, c’est une valeur que je revendique. C'est une valeur de la droite républicaine aussi bien que de la gauche socialiste. Parce que la fraternité c'est celle qui fait que la République est une réalité et pas seulement un rêve de philosophe, c'est elle qui unit les volontés humaines,
La fraternité, c’est la volonté de vivre ensemble, de partager un destin commun, une loi commune.
La fraternité ce n'est pas l'assistanat, parce qu'avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir, parce qu'avec l’assistanat est dégradant pour la personne humaine, parce qu'il rend toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient.
La fraternité c'est la solidarité, la compréhension et le respect, ce n'est pas l'égalitarisme, ce n'est pas le partage du travail qui détruit l'emploi et qui appauvrit les travailleurs.
Je revendique le droit de vouloir remettre la fraternité au cœur de la politique. Que ce n'est pas démodé. Que ce n'est pas que l'affaire de la société civile, que ce n'est pas seulement la préoccupation du monde associatif, que ce doit être le combat d'un Président de la République : la Fraternité ! Car sans elle on ne peut pas rassembler.
Je n'ai pas attendu le parti socialiste pour croire à la fraternité.
Je revendique le droit de remettre la fraternité au cœur du projet républicain.
Je revendique le droit de rêver qu’un jour tous les fils dont les familles sont françaises depuis des générations, tous les fils de rapatriés et de harkis, tous les fils d’immigrés, tous les petits-fils d’Italiens, de Polonais et de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques, protestants, juifs ou musulmans puissent s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.
Je revendique le droit de rêver que mes enfants vivent dans une France où personne ne soit jugé sur la couleur de sa peau ou sur sa religion mais sur la nature de son caractère.
Je revendique le droit de rêver que tous les enfants de tous les quartiers, de toutes les couleurs, de toutes les religions qui habitent ce pays qui est le leur puissent partager la même fierté d’être Français, les mêmes rêves et les mêmes ambitions, qu’ils aient le sentiment, qu’il n’ont pas toujours aujourd’hui, de vivre dans le même pays avec les mêmes chances et les mêmes droits.
C'est parce que la fraternité est pour moi la valeur la plus importante de la république que je veux rendre à chaque jeune Français la fierté d’être Français, que cette fierté, je veux que nous l’offrions en partage à tous ceux qui veulent devenir Français, au lieu de les accueillir dans une France qui croirait si peu dans ses valeurs qu’elle ne se donnerait même plus la peine de les défendre.
Je revendique le droit de parler de l'autorité parce que, quand il n’y a plus d’interdit, quand il n’y a plus de tabou, quand il n’y a plus de hiérarchie des valeurs, quand il n’y a plus de limite, quand il n’y a plus rien de sacré, alors il n’y a plus de liberté.
Parce que trop de liberté pour tous tue la liberté de chacun.
Parce que personne n’est libre quand personne ne sait plus ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
Parce que lorsque tout est permis, plus rien ne l’est.
Parce que lorsqu’il n’y a plus de règle, plus de loi commune, plus de norme, plus de valeur partagée, il n’y a plus rien pour endiguer le mal qui est dans l’homme, pour canaliser la violence, les instincts, les pulsions.
Je revendique le droit de dire qu'en niant toutes les formes d’autorité,
Qu'en récusant toutes les manifestations de l’autorité, on a réinstallé la barbarie dans la société. On a introduit une sorte de violence primitive dans les rapports sociaux.
On croyait émanciper, on a aliéné.
On croyait libérer, on a démoralisé.
Je revendique le droit, sans me demander si c'est une idée de droite ou une idée de gauche, de proclamer qu'au cœur de la crise morale que nous traversons il y a la dévalorisation de l’autorité.
Le mot autorité ne me fait pas peur, le mot morale non plus.
L’autorité ce n’est pas l’autoritarisme.
L’autorité ce n’est pas l’obéissance aveugle. C’est l’obéissance consentie.
L’autorité ce n’est pas la crainte. C’est le respect.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui vient de dehors, c’est quelque chose qui vient de soi.
L’autorité ce n’est pas quelque chose de caché, c’est quelque chose de visible.
L’autorité ce n’est pas quelque chose d’anonyme, c’est quelque chose qui est incarné par des institutions et par des hommes.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui s’achète, c’est quelque chose qui se gagne.
L’autorité ce n’est pas la force, c’est la légitimité.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui s’impose, c’est quelque chose qui se mérite.
Cette crise de l'autorité, elle ne concerne pas seulement la France de droite, elle concerne tous les Français, et la crise de la valeur travail aussi.
La crise de la valeur travail est au cœur de la crise morale.
Le travail c’est la dignité, c’est l’égalité des chances, c’est la promotion sociale, c’est le fondement de la citoyenneté. C’est la liberté et c’est la responsabilité.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale.
Derrière la crise du travail il y a le sentiment désespérant que la promotion sociale est impossible, que le mérite n’est plus récompensé et que le travail ne paye plus, qu’il ne protège même plus de la pauvreté. Avec la crise de la valeur travail c’est l’espérance qui disparaît. Comment espérer encore si le travail ne permet plus de se mettre à l’abri de la précarité, de s’en sortir, de progresser ?
Je revendique le droit de dire que je trouve inacceptable qu'il puisse exister des travailleurs pauvres parce qu'ils n'ont pas de travail, non parce que c'est une idée de gauche ou une idée de droite, mais parce que c'est ma conception de la morale.
Je revendique le droit de dire qu'il faut l’encourager au lieu de le décourager,
Qu'il faut cesser de dévaluer le travail en surévaluant la monnaie,
Qu'il faut cesser de faire du travailleur la seule variable d’ajustement de l’économie,
Qu'il faut cesser de faire du travailleur celui qui paye pour tous les autres,
Qu'il faut moins taxer le travailleur et davantage le pollueur ou le consommateur.
Je veux être le Président de la réhabilitation des travailleurs et de la hausse du pouvoir d’achat. La France sans paysan, sans artisan, sans ouvrier serait une France appauvrie moralement, culturellement, économiquement. Je pense aussi aux employés, aux techniciens, aux ingénieurs, aux cadres, je pense aux infirmières, je pense aux professeurs, aux médecins, à tous ceux qui aiment leur métier, qui en sont fiers.
Je revendique le droit de dire que je les admire et que pour moi, à leur manière, ce sont des résistants. Des résistants contre la disparition d’un type de civilisation et d’un type d’homme qui respectent le travail comme une condition de la liberté, qui pensent que l’honneur c’est toujours s’efforcer de faire le mieux possible ce qu’on a à faire, que la dignité c’est de ne rien devoir qu’à soi-même et que le premier devoir d’un homme c’est de transmettre ses valeurs à ses enfants.
Je revendique le droit de croire dans la force créatrice du capitalisme et d'être convaincu, en même temps, que le capitalisme ne peut pas survivre sans une éthique, sans le respect d’un certain nombre de valeurs spirituelles, sans l’humanisme, sans le respect de la personne. Je suis convaincu que l’économie a besoin de souplesse et qu’empêcher de licencier empêche d’embaucher. Mais je ne peux pas admettre que quelqu’un puisse être licencié sans qu’on lui dise pourquoi.
Ce n'est pas un problème de droite ou un problème de gauche. C'est un problème de respect.
Je trouve normal que celui qui prend des risques et qui réussit puisse être bien payé mais je trouve anormal les parachutes en or pour ceux qui échouent.
Ce n'est pas un problème de droite. Ce n'est pas un problème de gauche : c'est un problème de morale.
Je revendique le droit d'être libéral et de ne pas croire à la pérennité d’un capitalisme dans lequel l’homme ne compterait pas, dans lequel le chef d’entreprise n’aurait de responsabilité que vis-à-vis de ses actionnaires sans en avoir aucune, vis-à-vis de ses salariés, de la société, de son pays, des générations futures.
Je ne crois pas à la survie d’un capitalisme déshumanisé où toute la propriété est diluée dans la Bourse, où l’actionnaire n’a plus aucun lien avec l’entreprise et avec ceux qui y travaillent, où l’entreprise n’est plus une communauté humaine.
Je suis convaincu qu’il faut rééquilibrer le capitalisme financier dans un sens plus favorable à l’entrepreneur et au capitalisme familial.
Je veux être le Président d’une France qui travaille à humaniser et à moraliser la mondialisation.
Je revendique le droit d'être pour une économie ouverte, de reconnaître que la mondialisation peut être une opportunité, que rien ne serait pire que de fermer les frontières et, en même temps, de ne pas vouloir aller dire à ceux qui la vivent comme une menace que la mondialisation est forcément heureuse.
Je revendique le droit de ne pas trouver digne d'aller expliquer la vie à ceux pour qui elle est dure, à ceux qui sont à le peine, à ceux qui sont en concurrence avec les travailleurs des pays à bas salaires, dix fois moins bien payés qu'eux.
Je revendique le droit de refuser d'aller faire la pédagogie du sacrifice et du malheur à ceux qui souffrent et qui depuis des années ne cessent de faire des sacrifices et d'éprouver le malheur des fermetures d’usine, et des destins.
Je revendique le droit de dire mon respect à la France qui croit au mérite et à l’effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu’elle ne se plaint pas, parce qu’elle ne brûle pas des voitures, qui ne casse pas ce qu'elle a payé si cher par son travail, qui ne bloque pas les trains.
La France qui se sent mise à l’écart parce que les augmentations d'impôts sont toujours pour elle et les allocations pour les autres, qui se sent parfois abandonnée mais qui ne demande pas la charité, qui veut juste qu’on la respecte. Celle des travailleurs qui estiment ne pas avoir la récompense de leur travail, de leurs mérites. Celle qui sait qu'avec le SMIC on n’arrive plus à se loger, celle des temps partiels subis, celle des mères isolées qui ne peuvent pas travailler à temps plein parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants. C’est la France des salariés de l’industrie qui vivent dans la hantise des délocalisations, des cadres qui redoutent à 50 ans de faire les frais de la prochaine réorganisation et de ne plus avoir de place dans l'économie et la société. C'est aussi celle des artisans, des agriculteurs, des pêcheurs écrasés de charges et de contraintes et qui n’arrivent plus à faire face. C’est la France des classes populaires qui a peur de l’exclusion et celle des classes moyennes qui a peur du déclassement.
Je revendique le droit de dire, contre la pensée unique, non parce que c'est de droite ou de gauche, mais parce que c'est la vérité, qu'opposer le salaire à l’emploi est une erreur, que le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi, que l’emploi fait augmenter les salaires, que l’augmentation des salaires crée de la demande, que la demande crée de la production et de nouveaux emplois, que la vraie politique de l’emploi c’est la politique du pouvoir d’achat.
Je revendique, contre la pensée unique, de vouloir une politique qui, en stimulant la croissance et en faisant reculer le chômage, réduira les déficits et fera monter les salaires.
Je revendique le droit de dire que la France doit réduire ses dépenses publiques mais elle n’a pas besoin d’une cure d’austérité de plus, elle a d'abord besoin d’une politique de réformes et de croissance.
Je vous propose une politique d’efforts et non une politique de sacrifices. C’est en travaillant plus que la France remboursera sa dette publique et paiera ses retraites, pas en mettant en œuvre le énième plan d’austérité.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Je revendique le droit de dire que pour gagner dans la mondialisation, il faut investir plus que les autres et avant les autres, que c’est comme cela que nous ferons de la croissance, que c’est comme cela que nous créerons de l’emploi et du pouvoir d’achat, je veux le dire parce que c'est la vérité.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
Je revendique le droit contre la pensée unique, de dire qu'on a trop confondu le courage politique avec la politique des sacrifices, qu'on a trop cherché le salut collectif dans la vertu du sacrifice.
Les sacrifices sont parfois nécessaires. Mais dans ce cas tout le monde doit en faire. Je trouve que c'est cela la morale de la politique.
Cela fait 25 ans que les Français font des sacrifices. Les Français n’en peuvent plus de faire des sacrifices pour rien. Je veux proposer aux Français non une politique de sacrifice, mais une politique d’effort.
Le sacrifice c’est moins pour tout le monde.
L’effort c’est la récompense du mérite.
Le sacrifice c’est travailler plus pour gagner moins. L’effort c’est travailler plus pour gagner plus.
Le sacrifice c’est la flexibilité sans contrepartie.
L’effort c’est moins protéger l’emploi et davantage protéger les personnes.
Le sacrifice c’est la baisse des allocations chômage.
L’effort c’est d’être obligé de suivre une formation et de reprendre un travail qui correspond à ses qualifications et de bénéficier en même temps, lorsque l'on est licencié économique, d'un contrat avec le service public de l'emploi et d’une assurance salaire.
Je revendique le droit de sortir de la pensée unique, de sortir des vieux clivages et des vieux schémas.
Je revendique le droit de penser librement en dehors des préjugés et des a priori.
Je veux vous dire que l'avenir sera comme nous serons capables de l'imaginer.
Je veux vous dire que la France se relèvera dès lors que nous serons de nouveau capables de regarder la réalité en face et de dire la vérité sans avoir peur.
Je ne vous mentirai pas, je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas.
Je continuerai de vous dire la vérité, ma vérité, la vérité d'un homme qui a mis longtemps à devenir un homme libre, mais qu'il est désormais, qu'il est pleinement, qui veut vous faire partager cette liberté, qui veut vous rendre libre de pensée et de choisir, qui veut vous dire qu'il n'y a pas de fatalité, qui veut mettre sa liberté et sa vérité au service de tous les Français, au service de la France, au service de la République et qui veut vous dire ce soir, du fond du cœur, avec une immense espérance, avec une immense foi dans l'avenir
Vive la République
Vive la France







