31 mars 2007
Évolution du clivage gauche-droite selon TNS SOFRES
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Le 29 mars 2007 - La gauche, la droite, ces mots ont-ils toujours un sens ? Les années 90 semblaient avoir eu en grande partie raison de ce clivage. De 1991 à 2002 (décennie marquée par 7 ans de deux cohabitations), seul 1/3 des sondés estimaient que « les notions de gauche et de droite [étaient] toujours valables pour comprendre les prises de position des partis et des hommes politiques ». Près de 60% jugeaient ces notions dépassées. Ce début d’année présidentielle semble avoir, sinon réhabilité, au moins redonné de la vigueur au clivage gauche droite : 41% jugent la notion toujours valable (8 points de plus qu’il y a 5 ans) contre 53%, selon notre étude réalisée pour la Fondation Jean-Jaurès et Le Nouvel Observateur.
Gauche droite : un clivage qui n’a pas disparu,
malgré le discrédit de ceux qui en sont les acteurs
Les avis ne semblent donc plus aussi tranchés, et ce d’autant moins qu’une majorité des interviewés, y compris parmi ceux qui jugent ces notions dépassées, sont capables de se situer eux-mêmes, personnellement, sur l’axe gauche droite. Dans notre étude, 2/3 des interviewés se classent d’un côté ou de l’autre (37% à gauche, 30% à droite). 1/3 esquive cette dichotomie soit en se classant au centre (25%), soit en refusant de répondre (8%). Cette capacité à se situer sur l’axe gauche droite est restée élevée même lorsque ces notions n’apparaissaient plus pertinentes pour expliquer le comportement des acteurs politiques.
Ce n’est pas la même chose en effet de se sentir de gauche et de droite, et de se retrouver dans la compétition de la gauche droite telle qu’elle est illustrée par les acteurs politiques. Les années au cours desquelles le clivage s’est affadi sont également celles au cours desquelles s’est creusé le fossé entre les Français et leurs élites. 63% ont aujourd’hui le sentiment que les hommes politiques se préoccupent « très peu » ou « pratiquement pas » de ce que pensent les Français, contre 35%. Minoritaire dans les années 70, légèrement majoritaire dans les années 80, ce discrédit est devenu massif au début des années 90, avec la révélation des affaires politico financières, et n’a quasiment jamais cessé depuis d’être partagé par 6 Français sur 10. Notons toutefois que le résultat observé cette année correspond à une nette amélioration par rapport à celui obtenu il y a un an en pleine crise du CPE : 69% estimaient que les hommes politiques ne se préoccupaient pas de ce que pensent les Français.
Ce clivage entre les citoyens et les gens d’en haut ne se limite pas à une prise de distance avec les responsables politiques. Une fraction importante et croissante des Français estiment plus globalement que « les élites ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités » : 48% exprimaient ce grief en 1989, 53% en 1995, 57% en octobre 2005 et aujourd’hui. Ce discrédit des élites atteint un niveau élevé au moment même où les Français demanderaient à être rassurés quant à la capacité des dirigeants à conduire le pays vers un avenir qu’ils jugent lourd d’inquiétude. Une majorité d’interviewés (56%) craignent en effet que leurs enfant vivent moins bien qu’eux.
Sociologiquement et idéologiquement, un clivage difficile à lire
Le clivage gauche droite reste donc pour les individus une manière de se situer politiquement. Mais il est difficile de lui superposer les lignes de partage qui lui sont traditionnellement associés. L’articulation entre la classe sociale et l’affrontement gauche droite semble ainsi un lointain vestige du 20ème siècle. Ceux qui s’auto désignent comme appartenant à la « classe populaire » se situent presque autant à droite que la moyenne (28% vs 30%) et à peine plus à gauche (40% vs 37%). A l’opposé, ceux qui se considèrent comme des « privilégiés » ou des « gens aisés » ont, certes, davantage tendance à se situer à droite (38% vs 30%), mais pas moins à gauche (38% vs 37%) que la moyenne. Dans cette catégorie, c’est en fait le centre qui est déficitaire (17% vs 25%). Et parmi ceux qui se sentent appartenir aux « classes moyennes », la répartition entre la gauche et la droite est exactement la même chez les « classes moyennes supérieures » et les « classes moyennes inférieures ». Seuls les « défavorisés » autoproclamés, par ailleurs peu nombreux (3%) penchent nettement plus à gauche (49%) qu’à droite (17%), mais ils se distinguent aussi par une proportion de non répondants (22%) quatre fois supérieure à la moyenne.
Le clivage gauche droite ne semble pas non plus correspondre à une attente plus ou moins forte de changement. Si le désir de transformer la société est corrélé avec l’échelle gauche droite, c’est davantage selon une logique centre extrême. Le désir de changement fort (exprimé par 50%, se répartissant entre 9% pour un « changement radical » et 41% pour une « réforme en profondeur ») n’est en effet pas plus élevé à gauche (51%) qu’à droite (52%). Il est en revanche plus fort à l’extrême gauche (61%), quand les sympathisants d’extrême droite se distinguent par la proportion de ceux qui veulent « revenir en arrière sur certaines choses » (21% vs 13% en moyenne).
Enfin, le clivage gauche droite, y compris lorsqu’il s’agit de la sympathie partisane n’apparaît pas non plus fortement structurant pour l’exercice auquel nous nous sommes livré dans cette étude, et qui consistait à soumettre aux interviewés une batterie de 26 mots (dont ils devaient dire s’ils les jugeaient positifs ou négatifs) et de 24 mesures proposées par les candidats à la présidentielle. Sur les 26 mots proposés, 18 sont majoritairement appréciés à la fois chez les sympathisants de gauche et de droite (dont travail, solidarité, mérité, laïcité, nation, ordre, services publics, redistribution et concurrence), 1 est nettement rejeté par les deux familles (assistanat). Mondialisation et capitalisme sont jugés négatifs par la plupart des sympathisants de gauche, mais aussi par la moitié des sympathisants de droite. Révolution est dans la situation inverse. Au final, seuls socialisme, libéralisme et profit créent un net clivage, en étant apprécié par un camp et décrié dans l’autre.
Les réactions aux mesures testées s’articulent davantage avec le clivage gauche droite, mais pas totalement, loin s’en faut. Sur les 24 propositions des candidats :
- 11 sont majoritairement approuvées dans les deux camps
- 3 rejetées par les deux camps (la dépénalisation du cannabis, la construction d’un deuxième porte avion et la mise en place d’une franchise annuelle pour les dépenses de santé).
- 6 mesures ne se superposent qu’en partie au clivage gauche droite. Il s’agit de mesures qui sont majoritairement rejetée dans un camp, et qui divise l’autre.
Si bien qu’il ne reste que 4 mesures qui opposent frontalement la gauche et la droite :
- le mariage homosexuel, la régularisation des sans papiers et la généralisation des 35 heures, approuvées à gauche et rejetés à droite,
- l’assouplissement du code du travail, soutenu par la droite contre la gauche.
Ceux qui sont dans le clivage, et ceux qui n’y sont pas
La typologie à laquelle nous avons procédé éclaire la réalité de ce clivage qui semble jouer à cache-cache, en identifiant ceux dont les attitudes politiques sont encore très structurées par le clivage gauche droite, et ceux qui échappent à cette logique. L’analyse statistique de l’approbation des mots et des mesures (qui prend en compte non seulement la polarité de la réponse, mais aussi son intensité) fait apparaître que les opinions s’articulent entre elles et se structurent autour de deux dimensions, représentées par 2 axes.
L’un de ces axes, l’axe vertical de notre graphique, est bien un axe qui oppose la droite et la gauche. Mais l’univers des attitudes est aussi fortement structuré par un axe d’importance égale, qui oppose d’un côté des « idées généreuses » (qui correspondent au socle de l’Etat providence : tolérance, solidarité, laïcité, redistribution), et de l’autre des « mesures autoritaires » (suppression des allocations chômages à ceux qui refusent plus de deux emplois, familiales à ceux qui négligent l’éducation de leurs enfants, instauration d’un service minimum garanti lors des grèves, etc.). Et cette opposition entre les idées et les actions va brouiller l’axe gauche droite, parce que ces actions, qui pour la plupart son prônées à l’origine par des acteurs politiques de droite, vont attirer vers elles des individus qui se situent à gauche, et les éloigner du système de valeur de leur famille d’origine.
La manière dont l’articulation de ces deux dimensions (gauche contre droite, idées contre actions) structure la population s’illustre clairement dans notre analyse typologique et les six groupes qui en sont issus. Quatre de ces groupes se positionnent clairement sur l’axe gauche droite, et adoptent un comportement électoral très cohérent par rapport à ces attitudes. De la droite à la gauche, ce sont :
- Les « libéraux autoritaires » (12%). Très attachés aux valeurs d’ordre, d’autorité et de morale, ils soutiennent unanimement le service minimum, la suppression des allocations chômages en cas de refus d’emploi et l’alignement des régimes spéciaux. Ce groupe, plus âgé que la moyenne, vote massivement à droite (de Sarkozy à Le Pen)
- Les « centro-bobos » (15%). Attachés aux valeurs d’entreprises et aux valeurs d’ouverture et de tolérance, ils manifestent cette ouverture dans leur acceptation du fait homosexuel et leur soutien au droit de vote des étrangers. Ce groupe éduqué et aisé abrite le socle de François Bayrou (la moitié vote pour lui).
- Les « distanciés » (16%) se situent au centre de l’échelle gauche droite principalement par une certaine indifférence à l’égard de la politique, qui coexiste avec un fort attachement aux valeurs de solidarité et de tolérance. Ouvert aux autres et à la mondialisation, ce groupe où les jeunes et les catégories populaires sont nombreux s’intéresse peu à la politique et s’abstient plus que la moyenne.
- Les « gaucho-bobos » (12%) défendent avec vigueur les valeurs et les symboles de la gauche, et soutiennent plus que la moyenne la pertinence du clivage gauche droite. Ce groupe très intéressé par la politique est également plus instruit, et relativement aisé. Plus des trois quart d’entre eux votent à gauche ou à l’extrême gauche.
Les deux autres groupes échappent à ce clivage gauche droite dont ils ne reproduisent pas la logique dans leur comportement électoral, beaucoup plus éclaté. Ils représentent à eux deux près de la moitié de l’électorat.
- Les « étatistes autoritaires » (20%). Très attachés aux notions de travail et de mérite ainsi qu’aux valeurs d’ordre et d’autorité, et favorables aux mesures qui les traduisent, ils se caractérisent par un besoin de protection qui se manifeste dans leur attachement au service public, et dans la séduction qu’exerce sur eux le mot protectionnisme. Ils ont en majorité voté non au traité constitutionnel. Ils sont, comme les « libéraux autoritaires », plus âgés que la moyenne, mais nettement moins aisés.
- Les « défiants » (25%) rassemblent des personnes qui manifestent à l’égard des valeurs testées une distance qui contraste avec l’intérêt qu’ils accordent aux propositions des candidats. Plus critiques à l’égard des hommes politiques et des élites, ce groupe où les catégories populaires sont très représentées semble ne plus croire aux mots, mais à l’action.
Emmanuel RIVIÈRE
30 mars 2007
Sarkozy formule son projet avec prudence
BÉATRICE TAUPIN.
Publié le 30 mars 2007
Actualisé le 30 mars 2007 : 08h19
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Le candidat UMP énonce ses engagements dans une plaquette distribuée à huit millions d'exemplaires.
« JE VEUX être le président de la République qui réformera la France... Notre pays a besoin de changements profonds. » C'est sur cette profession de foi, en ligne sur son site depuis hier, que s'ouvre la plaquette de Nicolas Sarkozy, distribuée à 8 millions d'exemplaires, et qui fixe ses grands engagements déclinés en 15 chapitres. « La réhabilitation du travail est au coeur de mon projet », écrit-il en préambule de ce document - « Mon projet pour la France » - où il reprend les propositions égrenées au long de ses discours. Parfois avec davantage de précisions, parfois de façon beaucoup plus floue.
Ainsi nulle référence à la baisse très commentée de quatre points en dix ans des prélèvements obligatoires, et pas davantage au bouclier fiscal de 50 %. « Je n'augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser », écrit-il en mentionnant aussi l'objectif de « réduire la dette et le déficit ». Nulle référence précise non plus au nombre de fonctionnaires, même si l'engagement de « ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux » est en revanche repris dans un entretien à L'Express hier. Dans ce même entretien, le candidat UMP indique aussi qu'il lancera « une expérimentation de TVA sociale » et confirme la création d'une « franchise » sur les dépenses d'assurance-maladie, oubliée dans le projet officiel, où il se contente de marquer sa volonté que « chacun se sente responsable du financement de notre système de santé ».
Prudence aussi sur le service public de l'emploi : « L'ANPE, l'Unedic, les maisons de l'emploi seront réunies en un seul service public », est-il écrit, ce qui n'implique pas forcément la « fusion » que rejettent les partenaires sociaux. Entre la plaquette de campagne et l'entretien à L'Express, voici les grands points du projet économique et social.
Modernisation du dialogue social : liberté de candidature au premier tour des élections professionnelles, représentativité des syndicats déterminée en fonction des résultats aux élections, vote à bulletin secret au bout de huit jours de grève, et « loi sur le service minimum garanti » en cas de grève. Dans L'Express, Sarkozy laisse la porte ouverte à « une solution contractuelle, sans passer par la loi ».
Objectif 5 % de chômage en 2012 : au-delà des mesures concrètes - pas d'impôt sur les jobs étudiants, cumul emploi-retraite -, le projet souligne la nécessité de changer de politique économique pour investir massivement sur la formation, l'innovation et la recherche, rapprocher « la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne, et réduire la fiscalité qui pèse sur le travail ».
Réhabiliter le travail : le projet confirme le contrat unique pour les nouveaux embauchés « plus souple pour les entreprises, plus sécurisant pour les salariés ». Il reprend le contrat Borloo en expérimentation pour les licenciés économiques avec transfert de leur contrat de travail au service de l'emploi et garantie de « 90 % de la rémunération antérieure aussi longtemps que nécessaire, pour suivre une formation qualifiante, trouver un nouvel emploi... Mais, il ne sera plus possible de refuser deux emplois sans justification ». Le candidat qui veut une « démocratie irréprochable » précise dans L'Express qu'il veut « rendre illégaux les parachutes dorés ».
Pouvoir d'achat : « Les heures supplémentaires seront toutes payées au moins 25 % de plus que les heures normales, et seront exonérées de toute charge sociale et de tout impôt »... La conférence en juin sur l'égalité salariale et professionnelle est confirmée, de même que la revalorisation des petites retraites et la hausse de 25 % du minimum vieillesse financées grâce à « la réforme des régimes spéciaux ».
Logement et famille : pour les locataires, suppression de l'obligation de caution et du dépôt de garantie ; pour les propriétaires, déduction de l'impôt des intérêts de l'emprunt - « Probablement à partir de juillet », précise-t-il dans L'Express et « y compris sur les intérêts à courir des emprunts déjà contractés » - et crédit d'impôt pour ceux qui ne paient pas d'impôt. Le projet Sarkozy confirme enfin les allocations familiales « dès le premier enfant », des droits de retraite « à ceux qui se consacrent à leurs enfants ou s'occupent d'une personne handicapée » et la suppression des droits de donation et de succession sauf pour « les plus riches ».
29 mars : Identité Nationale, sans papiers… Royal ne convainc pas les Français
Lefigaro.fr.
Publié le 29 mars 2007
Actualisé le 29 mars 2007 : 18h44
OpinionWay : Les prises de positions de la candidate socialiste sur le drapeau français et la régularisation des sans papiers sont jugées mauvaises pour sa campagne.
La 12e vague du Politoscope Le Figaro/LCI apporte son lot de surprises. En tête des évènements marquants de la semaine pour les Français interrogés par OpinionWay, les déclarations de Ségolène Royal sur la Marseillaise et le drapeau tricolore (30%), loin devant la polémique sur le ministère de l’Immigration nationale (8%) ou les violences Gare du Nord (8%).
Les violences survenues dans la gare parisienne ont pourtant préoccupé les Français. 40% se disent «scandalisés», et 40% «inquiets» devant ces émeutes. Et contrairement à ce qu’annonçaient certains à gauche, Nicolas Sarkozy en sort plutôt grandi : 39% des Français estiment qu’une fois président, il y aurait «moins» d’incidents de ce type. Suit de près Jean-Marie Le Pen, à 38%. Pour autant, 45% des sondés estiment qu’avec le président du Front National, ces incidents seraient plus nombreux. Bayrou (19%) et Royal (17%) sont loin derrière. Royal désavouée sur le drapeau tricolore
Pour la candidate socialiste, les mauvais résultats s’accumulent. Les sondés sont 63% à estimer qu’elle a eu «tort» de faire ses propositions sur le drapeau tricolore au domicile des Français. Pourtant, les sondés sont 16% à juger «prioritaire» et 48% «important» le thème de l’identité nationale. Un thème sur lequel Nicolas Sarkozy est jugé le plus convaincant (30%), devant Le Pen (19%) et Royal (15%).
Quant à la proposition de Ségolène Royal de régulariser les parents sans papiers d’enfants scolarisés en France, elle ne recueille que 34% d’opinions favorables. Les Français sont massivement en faveur d’une régularisation au «cas par cas» (71%). Une position sur laquelle la candidate s’est d’ailleurs alignée en début de semaine.
Enfin, François Bayrou, qui occupe pour la 7e semaine d’affilée la première place est en revanche approuvé par 55% des sondés lorsqu’il s’inquiète de «l’invasion» des thèmes du Front National dans la campagne.
Sondage réalisé du 28 au 29 mars auprès de 1.008 personnes, interrogées en ligne, méthode des quotas
30 mars : Le recul de Bayrou se confirme
Lefigaro.fr. Publié le 30 mars 2007
Actualisé le 30 mars 2007 : 16h05
Sofres : Le candidat centriste perd 3,5 points dans notre baromètre présidentiel hebdomadaire.François Bayrou repasse sous la barre des 20% d’intentions de vote. C’est le principal enseignement de notre baromètre hebdomadaire TNS Sofres/Unilog pour RTL, Le Figaro et LCI.
En une semaine, le candidat centriste perd 3,5 points d’intentions de vote, un recul qui profite en priorité à Nicolas Sarkozy (28%, +2) et Jean-Marie Le Pen (12%, +1). Royal reste stable à 26,5 (+0,5%). Au second tour, l’avance de Nicolas Sarkozy reste inchangée, à 52% contre 48% pour Ségolène Royal.
60% des Français se disent par ailleurs sûrs de leur choix. Un chiffre en recul de 2% en une semaine, 37% (+3) disant encore pouvoir changer d’avis. Les plus indécis sont les 25-34 ans, qui sont la moitié seulement à se dire surs de leur choix. L’indécision se concentre aussi chez les électeurs de François Bayrou, qui ne sont que 57% à être convaincus de leur choix.
A trois semaines du scrutin, l’intérêt pour l’élection reste très fort, 81% des Français se disant «beaucoup» ou «assez» intéressés. Il faut cependant noter le léger décrochage des 18-25 ans, qui ne sont que 73% à s’intéresser à la campagne.
Les deux tiers des Français pronostiquent une victoire de Sarkozy.
Lorsqu’on demande aux Français lequel des candidats a le plus de chance d’être élu président, c’est encore Nicolas Sarkozy qui domine nettement, à 65% (+1) contre 16% (+1) pour Royal. Ce pronostic est encore plus fort chez les 25-34 ans, qui sont 74% à estimer que le président de l’UMP sera le prochain chef de l’Etat.
Les Français ne sont en revanche qu’un sur trois (+3) à souhaiter voir Nicolas Sarkozy élu. Le candidat de l’UMP ne dispose en la matière que d’une légère avance sur son adversaire socialiste (31%, +1). La semaine dernière, tous deux faisaient jeu égal, à 30%.
Les thèmes jugés le plus important pour les Français restent les mêmes : le chômage (47%), le pouvoir d’achat (36%), les retraites (35%). On constate par ailleurs un clivage partisan : en quatrième position globalement, l’insécurité est le thème le plus important pour les électeurs de droite (49%), alors que les électeurs de gauche ne la placent qu’au 7e rang des thèmes qu’ils jugent les plus importants, avec l’école en seconde préoccupation (41%).
Sondage réalisé les 28 et 29 mars auprès d’un échantillon de 1.000 personnes, méthode des quotas
Coup de coeur !
Le carton d’Eric Besson en librairie
lefigaro.fr (avec AFP).
Publié le 30 mars 2007
Actualisé le 30 mars 2007 : 13h59
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« Qui connaît Madame Royal ? » domine non seulement les autres livres politiques, mais aussi les romans.
Qui ne connaît plus « Qui connaît Madame Royal ? ». La question se pose au vue des ventes pharamineuses du brûlot d’Eric Besson paru chez Grasset. Selon le classement IPSOS-Livres Hebdo, son livre pointe à la première place de la catégorie « essais/documents », devant « Projet d’espoir », de François Bayrou.
Mais le livre de l’ex-secrétaire national socialiste devance aussi « Ensemble, c’est tout », d’Anna Gavalda, et décroche la première place du "Top 20", toutes catégories. Moins d'une semaine après sa sortie, le livre se hisse également à la 3e place des ventes des livres politiques depuis le 1er janvier, derrière "Un pouvoir nommé désir" (Grasset) de Catherine Nay sur Nicolas Sarkozy et "L'inconnu de l'Elysée" (Fayard) de Pierre Péan.
Ce phénomène d’édition aura-t-il un effet destructeur sur Ségolène Royal ? Il faudra attendre de connaître les ventes de « Maintenant », le livre de la candidate socialiste sorti le 27 mars, pour le savoir.
Sarkozy 1er en économie, Royal en tête sur le social, selon BVA
L'express, vendredi 30 mars 2007, mis à jour à 07:40
Ségolène Royal est mieux à même de mener une politique sociale juste que Nicolas Sarkozy, lui-même jugé plus capable que son adversaire socialiste de conduire une politique économique efficace, selon le baromètre économique BVA-BFM-Les Echos.
A la question de savoir qui des deux est le plus capable de réduire le chômage, Ségolène Royal arrive en tête avec 44%, contre 42% pour Nicolas Sarkozy. Dix pour cent des personnes interrogées ont répondu "ni l'un ni l'autre" et 4% ne se sont pas prononcées.
Pour 57% des sondés, Ségolène Royal mènera une politique sociale plus juste que Nicolas Sarkozy (33%). A l'inverse, le candidat de l'UMP est jugé davantage capable que la présidente de Poitou-Charentes (49% contre 39%) de favoriser la croissance économique en France.
De même, Nicolas Sarkozy l'emporte au chapitre de la réduction de la dette et des déficits publics (50% contre 35%). Il est aussi jugé davantage capable que l'élue socialiste de conduire une politique économique efficace (50% contre 39%).
Sur tous ces thèmes, Nicolas Sarkozy est en hausse de 3 à 7% par rapport au précédent baromètre effectué en décembre.
Interrogés sur leurs priorités en matière économique et sociale, les Français demandent avant tout aux prétendants à l'Elysée de réduire le chômage (60%). Ils ont 42% à appeler de leurs voeux une politique sociale plus juste et 32% à leur demander de favoriser la croissance économique en France.
Le sondage BVA a été réalisé par téléphone les 26 et 27 mars auprès d'un échantillon de 1006 personnes âgées de 15 ans et plus
29 mars 2007
Nicolas Sarkozy lance l'appel de Lille contre la "pensée unique"
L'express, mercredi 28 mars 2007, mis à jour à 21:37
Le candidat de l'UMP à l'Elysée Nicolas Sarkozy a lancé à Lille, devant un auditoire galvanisé, un appel à renverser la "pensée unique" qui gangrène selon lui la société française.
"Mon devoir c'est de convaincre nos compatriotes de faire le choix de l'action et d'abandonner celui de la résignation", a-t-il lancé devant 8.000 à 10.000 personnes.
"Ceux qui gouvernent, ceux qui dirigent, dans les cabinets ministériels, dans les partis, dans les bureaucraties, dans les syndicats, dans l'économie, ont renoncé à vouloir pour la France autre chose qu'un petit destin", a-t-il poursuivi.
Ceux-là, a-t-il affirmé "ont enfermé la France dans le conservatisme", "l'immobilisme" et "répandu partout cette pensée unique qui est une idéologie de l'impuissance publique".
"Ils se sont eux-mêmes persuadés que les Français n'étaient plus en mesure d'accomplir de grandes choses et ils ont essayé de persuader notre peuple qu'il suffisait d'avoir une grande histoire, que nous n'avions pas besoin d'avoir un grand avenir."
"Mon devoir, la tâche que je me suis assignée, c'est de convaincre les Français de s'extraire du carcan de cette pensée unique", a-t-il ajouté. "Je demande aux Français de renoncer au renoncement, je leur demande de croire qu'il est vital d'agir, que c'est possible d'agir, que la politique est l'affaire de tous, que la politique peut tout changer."
Nicolas Sarkozy a dit avoir voulu lancer cet "appel contre la résignation" dans la ville où est né le général de Gaulle, chef de la France Libre, qui exhorta le 18 juin 1940, de Londres, les Français à résister à l'occupant nazi.
Il s'est aussi placé sous le patronage de Roger Salengro, socialiste, ami de Léon Blum et ministre de l'Intérieur du Front populaire qui se suicida à la suite d'une campagne de calomnies.
DE GAULLE ET SALENGRO
"C'est ici, dans cette ville, qui est la ville du général de Gaulle et qui est la ville de Roger Salengro, que je voulais appeler les Français à reprendre leur destin en main", a-t-il déclaré. "Je voulais demander à mes chers compatriotes de ne plus se laisser intimider par ceux qui leur expliquent que, dans le monde tel qu'il est, la France c'est fini, la nation c'est fini et que de toute façon on ne peut rien à rien."
"Où mieux parler du refus de la résignation qu'ici à Lille, dans la ville (de) celui qui a refusé de capituler et a brandi si haut le drapeau de la Résistance en lançant (...) cette phrase magnifique (...) : la France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre ?" a-t-il ajouté.
Dans une allusion à la "démocratie participative" chère à la candidate socialiste Ségolène Royal, il a également dit vouloir convaincre les Français de "ne plus se laisser abuser par ceux qui leur dise 'circulez, il n'y a rien à voir, de toute manière vos idées sont les miennes' ; parce que les idées, ils n'en ont plus et que les idées ils ne cherchent même plus à en avoir."
Comme l'ancien ministre et président RPR de l'Assemblée nationale Philippe Séguin, aujourd'hui président de la Cour des comptes, qui fustigea au début des années 1990 la "pensée unique" et un "Munich social", Nicolas Sarkozy a dénoncé une "capitulation économique et sociale".
"L'enjeu de cette élection c'est de savoir si nous avons encore assez de volonté en nous, encore assez d'attachement à la liberté pour dire non à cette pensée unique qui voudrait nous faire abdiquer toute forme d'ambition", a-t-il ajouté. "Je vous demande de refuser cette pensée convenue (...), je vous demande de refuser le politiquement correct qui depuis 25 ans étouffe le débat public."
Nicolas Sarkozy a ensuite décliné son programme sur ce thème de la lutte contre la "pensée unique", au nom de laquelle il a notamment affirmé vouloir "provoquer une baisse de l'euro".
"Depuis longtemps la pensée unique nous explique qu'une monnaie forte c'est bon pour l'économie et que de toute façon c'est le marché qui décide du cours de la monnaie. Eh bien ce n'est pas vrai", a-t-il déclaré. "Une monnaie trop chère (...) c'est un inconvénient, ce n'est pas un atout, car il handicape la compétitivité des exportations hors de la zone euro." /EJ
Jeudi 5 Avril à 20h30
Salle de l’Ermitage
10 rue Bertrand Hauret 33110 Le Bouscat
Avec la participation exceptionnelle de :
Réunion de soutien à Nicolas SARKOZY
Avec
Alain JUPPÉ
En présence :
Chantal Bourragué Députée de la 1ère circonscription
Patrick Bobet, Maire du Bouscat
Pierre Lothaire, Conseiller général de Caudéran
Bernard Seurot, Maire de Bruges
Dominique Vincent, Conseiller général du Bouscat-Bruges
Les derniers sondages
NOUVELOBS.COM | 26.03.2007 | 08:34
Voici les sondages concernant la présidentielle, publiés dimanche 25 mars.
- Sondage Ifop paru dans le Journal du Dimanche, réalisé les 22 et 23 mars
Nicolas Sarkozy est toujours donné vainqueur au second tour de l'élection présidentielle avec 52% des voix (-1) contre 48% (+1) à Ségolène Royal, mais les positions se resserrent au premier tour entre les trois candidats de tête, selon un sondage Ifop paru dans le Journal du Dimanche du 25 mars.
Au premier tour, M. Sarkozy recueillerait 26% des suffrages, en recul de 2 points par rapport à un précédent sondage Ifop pour Paris Match, réalisé le 19 mars. Il devancerait Mme Royal à 25% (+1) et François Bayrou, crédité de 22% (+1). Jean-Marie Le Pen reste en quatrième position avec 14,5% d'intentions de vote (+0,5).
Tous les autres candidats sont crédités de scores faibles. Olivier Besancenot arrive en 5e position à 3,5% (-0,5), devant 3 candidats crédités chacun de 2% : Marie-George Buffet (-1), Arlette Laguiller (=) et Philippe de Villiers (+1). José Bové est à 1% (-0,5) comme Dominique Voynet (=). Frédéric Nihous est à 0,5 (=), de même que Gérard Schivardi.
6% des personnes interrogées ne se sont pas prononcées.
Sondage réalisé par téléphone du 22 au 23 mars auprès d'un échantillon national de 872 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorale (méthode des quotas). Notice détaillée consultable auprès de la commission des sondages.
- Baromètre électoral quotidien d'Ipsos/Dell pour SFR et Le Point réalisé les 21, 22, et 23 mars
Le candidat UMP Nicolas Sarkozy reste en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle avec 30% (-1 point) devant Ségolène Royal qui recueille 25,5% (+0,5) et François Bayrou (19%, +0,5), selon le baromètre électoral quotidien d'Ipsos et Dell pour SFR et Le Point, publié dimanche 25 mars.
Au second tour, le candidat UMP est crédité de 53% (inchangé) des intentions de vote, contre 47% (inchangé) à la candidate socialiste. La marge d'erreur de cette enquête est de plus ou moins trois à quatre points de pourcentage pour les principaux candidats, et de plus ou moins un à deux points pour les autres.
De plus, 12% des personnes certaines de voter au premier tour n'ont pas exprimé d'intention de vote, un chiffre qui atteint 15% pour le second tour, et 18% dans l'hypothèse d'un duel Bayrou-Sarkozy au second tour. Dans ce cas de figure, le centriste l'emporterait par 53% (inchangé) contre 47% (inchangé) à M. Sarkozy.
Derrière le trio de tête au premier tour, le candidat du FN Jean-Marie Le Pen est crédité de 13,5% d'intentions de vote (+0,5), devant Olivier Besancenot (LCR, 3%), la communiste Marie-George Buffet (2%), Arlette Laguiller (LO, 2%), l'altermondialiste José Bové (1,5%), Philippe de Villiers (1%), la Verte Dominique Voynet (1%), Frédéric Nihous (CPNT, 1%) et Gérard Schivardi (0,5%). (AP)
Sondage réalisé les 22, 23 et 24 mars, auprès de 1.245 personnes interrogées par téléphone, constituant un échantillon national représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales, selon la méthode des quotas.
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Nicolas Sarkozy à Lille
Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Lille - mercredi 28 mars 2007
Je viens au-devant de vous ce soir en homme libre, libre de parler, libre d’agir, libre d’aller au-devant de tous les Français. Jusqu’au bout j’ai voulu faire mon devoir, assumer mes responsabilités. Jusqu’au bout j’ai voulu remplir ma tâche au service de la sécurité des Français. Je le leur devais. C’était l’engagement que j’avais pris en revenant au Ministère de l’Intérieur.
Cet engagement je l’ai tenu.
Maintenant je dois consacrer toute mon énergie, toutes mes forces à la campagne présidentielle. Pour la première fois sous la Ve République, un candidat à l’élection présidentielle quitte ses fonctions pour faire campagne. Cette démission nul ne me l’a imposée. Je me la suis imposée à moi-même au nom de la haute idée que je me fais de ce que doit être le comportement d’un candidat à la Présidence de la République.
Il y a dans la fonction présidentielle une exigence morale, une exigence de dignité que j’ai décidé de m’appliquer tout au long de cette campagne. On ne peut pas vouloir être Président de la République et ne pas se comporter avec la dignité que requiert la fonction. C’est ce que je m’efforce de faire. C’est ce que je ferai jusqu’au terme de cette campagne. Rien ni personne ne me fera changer. Aucune attaque, aucune calomnie, aucune manœuvre ne me fera dévier de cette ligne de conduite.
Hier mon devoir c’était d’assurer la sécurité des Français.
Aujourd’hui c’est de les convaincre de préférer l’action à la résignation.
C’est de les convaincre que la France a trop renoncé, qu’elle a trop subi, que cela ne peut plus durer.
Quand je dis que la France a renoncé, je ne dis pas que les Français ont renoncé. Je dis que ceux qui gouvernent, ceux qui dirigent qui sont dans l’Etat, dans les cabinets ministériels, dans les partis, dans les bureaucraties, dans les syndicats, dans l’économie ont renoncé à vouloir pour la France autre chose qu’un destin médiocre, qu’ils ont enfermé la France dans le conservatisme, dans l’immobilisme, qu’ils ont répandu partout cette pensée unique qui est 6une idéologie de l’impuissance publique, qu’ils se sont eux-mêmes persuadés que les Français n’étaient plus en mesure d’accomplir de grandes choses et qu’ils ont essayé d’en persuader les Français.
Mon devoir, la tâche que je me suis assignée c’est de convaincre les Français de s’extraire du carcan de cette pensée unique, c’est de convaincre les Français de renoncer au renoncement. C’est de les convaincre qu’il est nécessaire, qu’il est vital d’agir et que c’est possible, que la politique qui est l’affaire de tous peut encore tout changer, qu’elle n’est impuissante que lorsqu’elle ne veut rien, lorsqu’elle n’imagine rien.
Ce qu’il y a de plus important pour moi dans cette campagne c’est d’arriver à convaincre les Français que la politique peut encore exprimer une volonté, qu’une volonté collective est possible, qu’une volonté nationale est possible, qu’il n’y a pas que la politique qui consisterait à ne rien faire, à attendre et à attendre encore sans savoir ce que l’on attend exactement, qu’il n’y a pas que la politique qui se contente d’imposer toujours plus de sacrifices aux Français pour rien parce qu’elle n’a pas d’autre but que la préservation du statu quo et le maintien de quelques rentes de situation.
Je veux convaincre les Français qu’une politique autre que celle du renoncement est possible.
C’est à Lille que je voulais le dire ce soir, plus clairement, plus fortement que cela n’a encore jamais été dit dans cette campagne.
C’est à Lille que je voulais lancer cet appel contre la résignation parce qu’ici c’est une région où l’on ne s’est jamais résigné. Dans cette région qui a connu toutes les guerres, qui a été sur la route de tant d’invasions, qui a été si souvent occupée, qui a connu tour à tour la misère et la prospérité, qui a connu les heures de gloire du textile, du charbon, de la métallurgie avant d’en connaître le déclin mais qui s’est toujours relevée par le courage, par l’ardeur, par le travail, par l’esprit d’entreprise de ses habitants durs à la peine et qui ont l’orgueil qu’on a dans les régions ouvrières où l’on ne veut rien devoir qu’à soi-même. Ici on connaît le prix du travail et de l’effort. Ici on reste debout quoi qu’il arrive et l’on fait ce que l’on a à faire.
C’est dans cette ville qui est la ville du Général De Gaulle et de Roger Salengro que je voulais appeler les Français à reprendre leur destin en main, à ne plus se laisser intimider par ceux qui leur expliquent que dans le monde tel qu’il est, la France c’est fini, la nation c’est fini, et que de toutes les façons on ne peut rien à rien, à ne plus se laisser abuser par ceux qui leur disent : « vos idées sont les miennes » parce que des idées ils n’en ont plus, parce qu’ils ne cherchent même pas à en avoir.
Où mieux parler du refus du renoncement qu’ici à Lille, dans la ville où est né l’homme du 18 juin qui au milieu de la débâcle a refusé d’admettre que la guerre était perdue et qu’elle était finie ?
Où mieux parler du refus de la résignation qu’ici à Lille, dans la ville où est né celui qui a refusé de capituler et qui a brandi si haut le flambeau de la Résistance en lançant à la place de tous ceux qui se sentaient soulagés par le lâche abandon de l’armistice cette phrase magnifique qui m’a fait, tout jeune, devenir gaulliste quand je l’ai lue pour la première fois : « la France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre » ?
Où mieux que dans cette ville, qui est si peu gaulliste quand on regarde les bulletins de vote mais qui l’est tant quand on sonde les cœurs, dénoncer cette capitulation économique et sociale que jadis Philippe Séguin avait appelé un « Munich social » ?
Mais je voudrais aussi évoquer la mémoire de Roger Salengro qui fut Maire de Lille. Il était socialiste, ami de Léon Blum. Il fut Ministre de l’Intérieur du Front Populaire. Il lutta contre l’extrémisme qui ne le lui pardonna pas. Une campagne d’insultes et de calomnies finit par avoir raison de lui. Cet homme honnête et sincère, qui était innocent de ce dont on l’accusait, se donna la mort parce qu’il ne supportait plus d’être sali, de voir son honneur bafoué, sa probité mise en cause, parce qu’il était allé au bout de toutes ses capacités de résistance, parce que sans son honneur qu’il n’avait plus la force de défendre, la vie à ses yeux ne valait plus la peine d’être vécue.
Où aurais-je pu mieux parler aux Français du refus de la fatalité que dans cette ville hantée par le souvenir de ces deux hommes, l’un condamné à mort par Vichy qui l’accusait de désertion, l’autre condamné à mort par ses calomniateurs. Ils eurent en commun de refuser le déshonneur et d’avoir dit « non » chacun à leur manière parce qu’ils savaient l’un et l’autre que toujours dire « oui » conduit à la servitude.
Si vous êtes là si nombreux ce soir, si ardents, si mobilisés, c’est parce que vous avez le pressentiment de ce qui se passe dans cette élection. C’est parce qu’au fond de vous-mêmes vous partagez la même conviction que moi que l’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous allons dire « non » une fois encore dans notre histoire comme l’ont toujours fait ceux qui croyaient encore à la liberté de choisir leur destin face à ceux qui leur répétaient qu’ils n’avaient pas le choix.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore assez de volonté en nous, encore assez d’attachement à la liberté pour dire « non » à ce que depuis si longtemps on nous présente comme inéluctable.
L’enjeu de cette élection c’est de savoir si nous avons encore collectivement la force de vouloir quelque chose, la force de penser librement, d’imaginer librement notre avenir et pour cela de dire non à la pensée unique et au politiquement correct qui depuis 25 ans étouffent le débat public.
Je revendique pour vous et pour moi le droit de parler librement, d’agir librement, de penser librement.
Je suis venu vous le dire : nous ne sommes pas obligés de continuer à faire ce que l’on veut nous obliger à faire depuis 25 ans, à dire ce que l’on veut nous obliger à dire depuis 25 ans, à penser ce que l’on veut nous obliger à penser depuis 25 ans.
Nous pouvons agir, nous pouvons parler, nous pouvons penser autrement, si nous le voulons, si nous le décidons. Et c’est bien de cela qu’il s’agit le 22 avril et le 6 mai.
En disant non à la pensée unique, en disant non à tous ceux qui prétendent penser à la place des Français, qui prétendent décider pour tous les autres, qui prétendent tout savoir, qui ne cessent de se tromper sans pouvoir se remettre en cause, qui ne cessent d’échouer mais qui préfèrent imputer leurs échecs aux autres, en leur disant « non » nous disons oui à l’avenir, oui à une autre politique, nous disons oui au changement dont notre pays a besoin.
La pensée unique nous disait que l’on ne pouvait rien contre la délinquance, que c’était la société qui était comme ça, que pour faire reculer l’insécurité et la violence il fallait changer la société.
J’ai prouvé qu’une autre politique était possible, qu’en arrêtant de cherche des excuses aux délinquants, qu’en arrêtant de faire comme si toutes les causes de la violence étaient dans la société et aucune dans les voyous, qu’en concentrant les moyens de la police sur les missions qui sont les siennes : identifier ceux qui commettent des délits, les rechercher, les arrêter, les mettre à la disposition de la justice, on faisait reculer la délinquance.
La pensée unique nous disait que les accidents de la route c’était une fatalité, que les Français étaient comme cela, qu’on n’y pouvait rien, que l’on était condamnée à voir mourir chaque année 10 000 Français sur les routes.
Une autre politique était possible.
Avec des radars et un peu de fermeté les résultats ont été spectaculaires.
Cela fait trop longtemps que la pensée unique nous dit que l’école ne peut pas apprendre à lire, à écrire et à compter à tous les enfants, que le collège, le lycée ne peuvent pas transmettre une culture à tous els élèves, qu’ils ne peuvent pas leur donner à tous accès aux grandes œuvres de l’esprit humain, que Racine, Molière, Victor Hugo ou Verlaine ce n’est pas pour tout le monde, que la maîtrise du Français ce n’est pas pour tout le monde, que dans la France d’aujourd’hui l’école ne peut pas être aussi exigeante qu’elle l’était jadis, qu’elle ne peut pas lutter contre l’influence de la télévision ou d’Internet, qu’elle ne peut pas enseigner le respect
On connaît le résultat : aujourd’hui l’école accentue les inégalités sociales au lieu de les réduire Aujourd’hui un nombre croissant de jeunes issu des milieux les plus défavorisés sortent de l’école sans savoir lire et écrire Que deviendront-ils dans la société de la connaissance qui sera celle du XXIe siècle ?
Une autre politique est possible Comment pouvons-nous accepter que nous en puissions pas réussir aujourd’hui avec tous els moyens dont nous disposons ce qu’ont réussi les instituteurs de la IIIe République à l’orée du XXe siècle, dans le monde clos des campagnes où souvent les parents ne parlaient pas le Français à la maison?
Je n’accepte pas cette idée ! Ce qu’ils ont fait nous pouvons le faire aussi à condition de le vouloir autant que la République de Jules Ferry l’a voulu.
La vérité c’est que la pensée unique ne le veut pas, qu’elle ne veut rien parce qu’elle s’accommode parfaitement du communautarisme et de la ségrégation, parce qu’elle s’accommode parfaitement du fait qu’il puisse y avoir d’un côté une petite élite quia droit à tout et de l’autre la grande masse de ceux qui ne sont même pas assez respectés pour qu’on les juge dignes de recevoir une culture et un savoir. Ce n’est pas ma conception de la nation et de la République.
La pensée unique nous dit que la démocratisation du savoir c’est donner un diplôme à tout le monde. Moi je dis que la démocratisation du savoir c’est donner à chacun les moyens de mériter un diplôme. Parce que si l’on se contente de donner un diplôme à tout le monde, alors les diplômes ne valent plus rien pour personne.
La pensée unique nous dit qu’il ne faut rien changer à l’université et qu’il faut seulement plus de moyens.
Moi, je dis que si l’on ne change rien les moyens supplémentaires seront gaspillés et qu’on demeurera incapable d’offrir un avenir à la majorité des étudiants de nos universités et que c’est un crime contre la jeunesse.
La pensée unique nous dit que le chômage est inéluctable et que le plein emploi ce n’est pas possible. Longtemps, trop longtemps on nous a dit que contre le chômage on avait tout essayé et que cela n’était plus la peine d’essayer. Il ne restait plus qu’à attendre la conjoncture internationale en espérant qu’elle ferait un peu reculer le chômage.
Eh bien je veux vous le dire ce soir, le plein emploi ce n’est pas fini, le plein emploi c’est possible. D’autres pays l’ont fait. Il n’y a pas de fatalité du chômage. Une autre politique est possible. Une politique qui valorise le travail au lieu de le dévaloriser. Une politique qui encourage le travail au lieu de le décourager. Une politique qui cherche à créer du travail au lieu de chercher à le partager.
Je veux que ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus puissent le faire. Je veux que les heures supplémentaires soient majorées d’au moins 25% et qu’elles soient exonérées de charges sociales et d’impôts. Je veux que les retraités soient libres de travailler et de cumuler leur retraite avec un salaire. Je veux que le salaire des étudiants qui travaillent soit défiscalisé. Parce que c’est le travail qui crée le travail, parce que le travail des uns fait le travail des autres.
Je veux que l’on fasse payer plus d’impôts sur les bénéfices aux entreprises qui désinvestissent et qui suppriment des emplois et moins à celles qui investissent et qui créent des emplois.
Je veux tout faire pour encourager le travail. Face à la concurrence des pays à bas salaires, il faut taxer autre chose que le travail parce qu’en taxant le travail on le détruit. Je propose que toute réforme fiscale profite d’abord au travail et que tout baisse des prélèvements soit d’abord affectée à l’allégement des charges sur le travail.
Nous ne pouvons pas continuer avec un financement de la protection sociale qui repose presque exclusivement sur le travail. C’est une incitation à économiser le travail et à le délocaliser.
Pour favoriser l’emploi il vaut mieux taxer la richesse produite que la production de richesse, l’homme qui pollue et l’homme qui consomme plutôt que l’homme au travail.
La pensée unique nous dit que le pouvoir d’achat augmente et que l’on ne peut pas augmenter les salaires sans détruire l’emploi.
Eh bien je le dis parce que c’est la vérité : l’introduction de l’Euro a fait monter les prix et depuis 25 ans le pouvoir d’achat a baissé. Les travailleurs qui n’arrivent plus à se loger, les salariés qui ont des fins de mois de plus en plus difficiles n’ont besoin de personne pour le mesurer.
Et je veux le dire aussi : le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi. Les salaires sont trop bas, les prix sont trop hauts. Et les salaires trop bas ralentissent la croissance et démoralisent les travailleurs. On travaille moins bien, on est moins productif, moins entreprenant quand on vit dans la hantise des fins de mois difficiles.
Si le coût du travail est trop élevé ce n’est pas à cause des salaires mais à cause des charges.
Si les salaires sont trop bas, c’est parce que l’Euro est trop cher et que lorsque l’Euro est trop cher les entreprises pour être compétitives essayent de se rattraper sur les salaires.
Si les salaires sont bas, c’est à cause des millions d’ouvriers pauvres indiens ou chinois qui chaque année arrivent sur le marché mondial du travail.
Si les salaires sont bas, c’est à cause des dumpings sociaux, monétaires, écologiques. Quand la concurrence déloyale donne un avantage de compétitivité artificiel aux concurrents ce sont d’abord les salariés qui en subissent les conséquences.
Si les salaires sont bas c’est parce que les allégements de charges avec leurs effets de seuil incitent les entreprises à ne pas augmenter les salaires pour profiter des exonérations qui se réduisent quand les salaires augmentent.
Si les salaires sont bas c’est à cause de la prime pour l’emploi qui n’est plus une incitation à la reprise d’emploi mais un complément de salaire pour huit millions de personnes. Pourquoi l’entreprise paierait-elle plus puisque l’Etat s’en charge ?
Si les salaires sont trop bas c’est parce que le chômage tire les salaires vers le bas.
Les salaires trop bas ce n’est pas une fatalité. La baisse du pouvoir d’achat ce n’est pas une fatalité.
Une autre politique est possible. Celle qui par la croissance, le plein emploi, la baisse des prélèvements sur le travail, l’investissement, la formation tirerait les salaires vers le haut.
Celle qui en luttant contre les dumpings atténuerait l’effet déflationniste sur les salaires de la concurrence des pays à bas salaires.
Celle qui en provoquant une baisse de l’Euro et en suscitant la création d’une préférence communautaire permettrait d’alléger la pression qui pèse aujourd’hui sur les salaires comme variables d’ajustement de a compétitivité.
Celle qui réformerait la prime pour l’emploi et les modalités des allégements de charges pour supprimer l’incitation qu’ils donnent aux entreprises de ne pas augmenter les salaires.
Depuis longtemps la pensée unique nous explique qu’une monnaie forte c’est bon pour l’économie et que de tout façon c’est le marché qui décide du cours de la monnaie. Eh bien ce n’est pas vrai. Une monnaie trop forte, trop chère, ou si l’on veut surévaluée, est un inconvénient et non pas un atout car il handicape la compétitivité des exportations hors de la zone Euro. Regardez Airbus ! Voyez comment l’Euro trop cher abîme l’une des plus belles réussites industrielles de l’Europe ! J’ai toujours dit oui à l’Europe, mais pas à cette Europe là ! Je veux une autre Europe, une Europe qui agit au lieu de subir. Une Europe qui défend ses intérêts au lieu de les immoler sur l’autel de la pensée unique. Je veux une autre politique pour l’Europe. Tous les grands pays du monde aujourd’hui cherchent à sous-évaluer leur monnaie. Pourquoi ce que font les Chinois, les Américains ou les Japonais, nous ne pourrions pas le faire ?
Il n’est pas fatal que l’Euro soit la variable d’ajustement de toutes les monnaies du monde. Ce que fait la Réserve Fédérale américaine pour le dollar la Banque Centrale Européenne peut très bien le faire aussi, en, poussant l’Euro à la baisse pour obtenir un cours de change plus raisonnable. Je le à tous ceux qui répugnent à parler de l’Euro, à tous ceux qui continue de penser comme monsieur Jospin en 1995 qu’un homme politique responsable ne doit pas parler de la monnaie que si l’on veut faire de l’Europe un désert industriel il faut continuer comme on le fait aujourd’hui sans rien changer. Il ne faudra pas se plaindre alors des conséquences ni verser des larmes de crocodile sur les délocalisations. Je dis qu’il est temps de mettre la monnaie au service de l’économie et de mettre en accord les paroles avec les actes.
Certes la France seule ne peut pas influencer toute seule la politique monétaire de la BCE. Mais il nous appartient à nous Français de déclencher ou non une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne.
La pensée unique nous dit : le libre-échange, on ne peut pas y toucher. Il faut tout laisser passer, il ne faut même pas regarder ce qui passe.
J’appelle cette politique la politique de la naïveté. Il y a une autre politique possible. C’est la politique de la réciprocité. Nos marchés sont ouverts à ceux qui ouvrent les leurs mais ils sont fermés à ceux qui ferment les leurs. C’est la politique qui refuse la concurrence déloyale et qui met des barrières aux dumpings monétaires, sociaux et écologiques.
Il est sain économiquement, et il est normal moralement que les produits qui ne respectent pas les règles environnementales supportent des taxes compensatoires. Si un pays produit en polluant beaucoup alors qu’en Europe les règles sont strictes, il est normal de taxer la pollution contenue dans les importations en provenance de ces pays.
Si la concurrence est déloyale il est normal de pouvoir mettre en place des clauses de sauvegarde pour avoir un moyen de pression dans la négociation commerciale. C’est pourquoi il faut absolument à l’Europe une préférence communautaire.
Si les monnaies de pays comme la Chine ou l’Inde sont très sous-évaluées, il faut faire pression sur eux pour engager une négociation sur le réalignement des parités de change parce que cette est déloyale pour les travailleurs européens.
Si le vin étranger entre librement sans respecter les mêmes normes que nos viticulteurs, nos viticulteurs sont condamnés. Il faut s’y opposer parce que cette situation n’est pas acceptable.
Si on dit que l’aide aux PME grâce à la commande publique est possible pour les Etats-Unis parce qu’ils ont obtenu une dérogation de l’OMC et qu’elle est interdite en Europe faute de dérogation, je dis que c’est aussi inacceptable parce qu’il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures.
Depuis 25 ans, la pensée unique nous dit que l’industrie c’est fini, qu’il faut la laisser aux pays émergents qui payent leurs ouvriers moins cher.
Depuis 25 ans la pensée unique nous explique que l’avenir est aux services, qu’il est dans la recherche, dans l’innovation, dans le marketing et que nous ne devons miser que sur la très forte valeur ajoutée et sur la très haute technologie. Ce que la pensée unique n’a pas compris c’est qu’en laissant partir la fabrication, c’est tout qui risque de s’en aller.
A ceux qui rêvent d’une France sans usine et sans atelier, je dis que si toutes les usines s’en vont, le reste risque de partir aussi.
Lorsque toutes les entreprises seront en Chine ou en Inde, il n’y aura aucune raison pour que les services aux entreprises ne partent pas aussi. Il n’y aura aucune raison pour que la recherche ne s’en aille pas. La Chine et l’Inde forment chaque année plus d’ingénieurs et de chercheurs que l’Europe.
Si les conditions actuelles de l’échange se perpétuent, si les politiques européennes restent les mêmes, si nous n’investissons pas, tout partira, même les activités de très haute technologie et à très haute valeur ajoutée.
Pour comprendre le péril qui nous guette, il suffit de voir ce qui se passe avec des entreprises comme EADS ou Alcatel. Il suffit de voir les positions que prennent les Indiens dans l’informatique. Il suffit de voir les ambitions de la Chine dans l’aéronautique et dans l’espace.
La pensée unique a eu tort quand elle a décrété la fin de la vieille économie industrielle. Regardez la sidérurgie aujourd’hui. Regardez la prospérité de toutes les industries de base qui n’arrivent plus à fournir la demande mondiale. Regardez le gâchis d’Arcelor qu’on a bradée parce qu’on croyait que la sidérurgie c’était le passé.
Il y a une autre politique possible que celle du renoncement industriel. Je ne veux pas d’une Europe qui empêche toute politique industrielle au nom des dogmes d’une concurrence que même les Américains n’auraient jamais l’idée de s’appliquer à eux-mêmes, et ne parlons pas des Japonais, des Coréens ou des Chinois.
Je veux une Europe qui agira en faveur de l’industrie européenne au lieu de l’empêcher de vivre et de se développer.
Je veux une Europe qui laissera aussi les Etats avoir une politique industrielle.
Si je suis élu, j’en prends l’engagement solennel devant vous, la France aura une politique industrielle. Je ferai tout pour que notre industrie puisse être compétitive. Je ferai tout pour que le développement industriel à long terme ne soit pas empêché par l’obsession du court terme.
Il nous faut une politique globale du système productif. Je la mettrai en œuvre.
Il nous faut une politique de compétitivité globale où on n’augmente pas le prix de l’électricité simplement pour qu’EDF bénéficie d’une rente en s’alignant sur les tarifs de producteurs européens les moins performants. Cette politique de compétitivité globale je la ferai.
On ne peut pas vouloir tout et son contraire.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et surtaxer le travail et l’investissement.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et augmenter le prix de l’électricité et du gaz sans aucun rapport avec les coûts de production.
On ne peut pas vouloir une industrie compétitive et gérer les entreprises publiques au nom de la seule logique de la rentabilité à court terme sans les faire contribuer à la politique industrielle.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et accepter que les entreprises publiques délaissent les technologies françaises au profit des technologies de pays qui n’accordent même pas la réciprocité en matière d’ouverture des marchés. Je le dis , l’affaire Bombardier m’a choqué même s’il y a eu des compensations en termes d’emploi qui profitent notamment à votre région ; on n’a pas sauvé Alstom pour regarder les bras croisés la SNCF acheter des trains canadiens alors même que le marché canadien du matériel ferroviaire est fermé à la concurrence.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et refuser de mettre la politique de la commande publique au service du développement industriel.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas avoir d’instrument financier pour que l’Etat puisse investir dans la réindustrialisation des bassins industriels en difficulté où il existe, comme dans votre région, une tradition, une culture, un savoir-faire précieux qu’il serait absurde de gaspiller. Quand je vois la prospérité qu’ont bâti sur leur tradition industrielle le pays basque espagnol ou la Bavière, je me dis que faire ce que nous avons trop souvent fait en France en renonçant à relancer l’industrie dans beaucoup de nos vieilles régions industrielles est un immense gâchis.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas accepter que l’Etat prenne des participations temporaires dans les entreprises stratégiques qui ont besoin de passer un cap difficile, comme je l’ai fait pour Alstom en me battant contre le dogmatisme de la Commission européenne. Alstom était soi-disant perdue. Aujourd’hui Alstom est sauvée et ses carnets de commande sont pleins.
Preuve qu’avec un peu de cœur, avec un peu d’imagination et beaucoup de volonté la politique peut encore quelque chose, même pour l’industrie.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas soutenir les secteurs qui constituent les points forts de notre savoir-faire industriel comme les transports, le TGV, le nucléaire, l’aéronautique, l’espace, l’électronique de défense, la pharmacie ou l’agro-alimentaire. Et je ne vois pas non plus ce que la France aurait à gagner à laisser tomber la construction navale dans un monde où le trafic maritime ne cesse d’augmenter.
On ne peut pas vouloir une politique industrielle et ne pas investir dans les activités nouvelles pour lesquelles nous possédons de réels atouts. Je pense par exemple aux technologies propres, qui sont appelées à prendre une place considérable dans l’économie de demain. Je pense aussi à l’industrie du logiciel, qui fait le lien entre la nouvelle et l’ancienne économie.
La pensée unique dit que le capitalisme familial c’est fini, qu’il n’y a plus que le capitalisme financier. Mais une autre politique est possible. Une autre politique est nécessaire. Parce que dans le capitalisme financier, l’entreprise cesse trop souvent d’être une communauté humaine. Parce que dans le capitalisme financier il n’y a plus aucun lien entre l’actionnaire et le salarié. Parce que dans le capitalisme financier lorsqu’il est totalement livré à lui-même, le prédateur et le spéculateur ont tendance à prendre le pas sur l’entrepreneur.
Si je suis élu, je ferai tout pour rééquilibrer le capitalisme au profit du capitalisme familial et des entrepreneurs.
La pensée unique dit que l’artisanat et le petit commerce c’est fini. La pensée unique fait tout depuis 25 ans pour tuer l’artisanat et le petit commerce. Mais que deviendraient alors nos centres-villes et nos villages ? La pensée unique compte pour rien la convivialité et la proximité.
Une autre politique est possible. Une politique qui rétablirait l’égalité des conditions de la concurrence, qui mettrait l’artisanat et le petit commerce dans une concurrence loyale face aux grands commerces et à la grande industrie. Une politique qui protégerait nos artisans du dumping social à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union Européenne. C’est la politique que je mettrai en œuvre si je suis élu.
La pensée unique dit que l’agriculture c’est fini. Un commissaire européen s’est même cru autorisé au début de cette année – on se demande à quel titre ? – de conseiller aux agriculteurs de prendre un second métier pour pouvoir survivre dans l’avenir. Je le dis comme je le pense : cette déclaration était parfaitement scandaleuse. L’agriculteur veut vivre de son métier d’agriculteur, et l’Europe a besoin de son agriculture pour assurer son indépendance alimentaire. Madame le commissaire européen aurait mieux fait de se taire.
Je veux le dire ce soir à tous les agriculteurs : pour moi l’agriculture ce n’est pas fini. Pour moi l’agriculture ce n’est pas le passé. Pour moi l’agriculture c’est l’avenir. Parce que demain la question de la qualité de l’alimentation sera de plus en plus décisive.
Si je suis élu je ne laisserai pas la Politique Agricole Commune servir de monnaie d’échange dans les négociations de l’OMC. L’avenir du Tiers-Monde n’est pas dans la conquête du marché agricole européen. Elle est dans sa capacité à se nourrir et à développer à la fois son autosuffisance alimentaire et son marché intérieur.
L’Europe quant à elle n’est pas excédentaire, contrairement à ce qu’on dit souvent.
Elle a besoin d’une agriculture capable d’abord de répondre à ses besoins tout en respectant l’environnement.
Les agriculteurs, ce ne sont pas seulement les travailleurs qui tirent de la terre la nourriture de l’Europe. Ils sont aussi les dépositaires d’une tradition qui remonte loin dans le passé de nos vieux pays. Nul ne peut comprendre la France d’aujourd’hui s’il ne se rappelle pas que c’est une vieille nation paysanne. Nul ne peut comprendre l’attachement charnel de tant de Français à la terre de France s’il ne se souvient pas que coule dans leurs veines du sang paysan voué pendant des siècles à féconder le sol français.
Comme nul ne peut comprendre la sensibilité des gens du Nord s’il ne se souvient pas des générations de mineurs et d’ouvriers qui se sont épuisés à gagner avec leurs mains de quoi élever les enfants qui n’étaient promis qu’à une seule destinée : celle de prendre un jour la suite de leurs pères devant le laminoir, dans la mine ou à la filature.
A notre époque où les fils n’imitent plus les pères, où la plupart des salariés changent de métier et d’entreprise plusieurs fois dans leur vie, ces traces sont restées profondes dans les mentalités et dans les cœurs. Ces traces sont des richesses qu’il ne faut pas perdre. Ce n’est pas seulement de mémoire dont il s’agit. C’est aussi de morale, de culture et, au bout du compte, de façon d’être et de façon de travailler.
Cet héritage n’est pas un handicap, une prison qui enfermerait dans le passé. C’est un atout qui, faisant de la France un peuple de travailleurs exceptionnels, exceptionnellement durs à la tâche et exigeants avec eux-mêmes, lui donne l’énergie de toujours se relever quand on la croit vouée au déclin.
La pensée unique récuse tout cela, qu’elle croit appartenir à un passé révolu, qui ne rentre pas dans les chiffrages, qui n’est pas quantitatif, qui n’est pas mesurable, mais qui est de l’ordre de la qualité et de l’humain, de l’ordre de ce qui au fond constitue le terreau de la France de demain.
C’est la même incompréhension qui pousse la pensée unique à croire que pour être plus efficace il faut non seulement laisser partir les usines et s’éteindre jusqu’au souvenir de l’industrie, abandonner les champs qui sont si éloignés de la nouvelle économie, mais qu’il faut aussi laisser tomber la ruralité, les petites communautés villageoises qui se sont toujours défendues comme elles le pouvaient pour rester vivantes.
La pensée unique dit que les territoires ruraux c’est fini, qu’il faut accélérer l’exode, qu’il faut leur enlever les services publics pour faire des économies. Plus les gens s’en vont, plus la pensée unique veut faire partir les services publics. Mais c’est l’inverse qu’il faudrait faire. Au lieu d’inciter les gens à s’entasser dans des banlieues, il vaudrait mieux essayer de les inciter à revenir là où tant de gens ont vécu pendant tant de siècles, en leur redonnant de vrais services publics, en ayant comme objectif non l’abandon mais la reconquête des territoires que depuis des années on a complètement marginalisés. Et pour cela refaire une vraie politique d’aménagement du territoire. Car en tirant le meilleur parti de tous les territoires cette politique qui peut coûter cher au départ peut rapporter beaucoup à l’arrivée.
Si je suis élu, je redonnerai leur chance à tous les territoires. Je remettrai l’aménagement du territoire au centre des politiques publiques. Je demanderai que l’on expérimente ici, dans le Nord-Pas-de-Calais, un contrat de plan transfrontalier avec la Belgique dans lequel l’Etat s’investira beaucoup parce qu’en valorisant cette partie du territoire français, la France peut construire une tête de pont au cœur de l’Europe la plus riche et la plus dynamique. Elle peut devenir plus qu’un carrefour, plus qu’une plaque tournante, un creuset de développement dont la France tout entière tirera un bénéfice immense.
Nos finances publiques sont en mauvais état. Mais ce n’est pas en ne faisant rien qu’on réduira les déficits et qu’on remboursera la dette. C’est en réformant, c’est en investissant, c’est en travaillant plus que la France réduira ses déficits, remboursera sa dette publique et paiera ses retraites.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Pour avoir plus de croissance la France doit investir.
Revaloriser le travail, c’est un investissement.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
La politique que je propose pour la France, c’est une politique d’investissement.
*
Depuis trente ans on parle à votre place, on pense à votre place, on décide à votre place.
Vous en avez assez.
Vous en avez assez que des commissaires européens
Que des dirigeants de Banque Centrale
Que des cabinets ministériels
Que des grands corps
Que des experts
Pensent à votre place, décident à votre place.
Vous en avez assez que la démocratie abdique devant la soi-disant dictature des marchés.
Vous en avez assez que l’Etat abdique devant les bureaucraties, les corporatismes et les lobbies.
Vous en avez assez que l’Europe ne soit pas démocratique.
Vous en avez assez que des gens qui ne sont pas élus, qui ne sont responsables devant personne, qui n’ont de comptes à rendre à personne décident de votre vie, de votre avenir, de celui de vos enfants.
Vous en avez assez de tous ces gens qui décident à votre place et qui ne supportent jamais pour eux-mêmes les conséquences de ce qu’ils décident.
Vous en avez assez de tous ces gens qui veulent toujours vous imposer des sacrifices qu’ils ne sont pas capables de s’imposer à eux-mêmes.
Vous en avez assez que l’on vous répète sans arrêt qu’il n’y a qu’une seule politique possible et que vous n’avez pas le choix.
Vous en avez assez qu’on vous dise :
« Plus de croissance, ce n’est pas possible ! »
« Le plein emploi, ce n’est pas possible ! »
« Travailler plus pour gagner plus, ce n’est pas possible ! »
« L’augmentation du pouvoir d’achat, ce n’est pas possible ! »
« Que tout le monde sache lire, écrire et compter, ce n’est pas possible ! »
« Choisir l’école de vos enfants, ce n’est pas possible ! »
« Le recul de la délinquance, ce n’est pas possible ! »
« Le service minimum dans le service public, ce n’est pas possible ! »
« La baisse des impôts, ce n’est pas possible ! »
« La politique industrielle, ce n’est pas possible ! »
« La taxation des pollutions, ce n’est pas possible ! »
« La préférence communautaire, ce n’est pas possible ! »
« La lutte contre les concurrences déloyales, ce n’est pas possible ! »
Vous en avez assez que rien ne soit possible et vous avez raison !
Vous en avez assez que l’on décide à votre place ce que vous avez ou non le droit de dire.
Vous en avez assez de la repentance.
Vous en avez assez que l’on cherche à vous imposer d’avoir honte de la France, de son histoire, de ses valeurs.
Vous en avez assez qu’il ne soit pas possible de dire que ceux qui n’aiment pas la France et qui n’aiment pas les valeurs de la République ne sont pas obligés d’y rester.
Vous en avez assez que l’identité nationale soit considérée comme un gros mot.
Vous en avez assez que l’on ne puisse plus avoir le droit de dire qu’un voyou est un voyou.
Vous en avez assez que l’on ne puisse pas parler de la nation sans être accusé de nationalisme, que l’on ne puisse pas parler de protection sans être accusé de protectionnisme, que l’on ne puisse pas dénoncer la surévaluation de l’euro sans être accusé d’être anti-européen, que l’on ne puisse pas dénoncer l’accaparement du pouvoir par la technocratie ou montrer du doigt les patrons voyous sans être aussitôt accusé de démagogie, que l’on ne puisse pas évoquer la France qui souffre sans être immédiatement taxé de populisme.
Vous en avez assez de la langue de bois et vous avez raison.
Vous en avez assez de la pensée unique et vous avez raison.
Je veux en finir avec la pensée unique qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances.
Je veux vous rendre votre liberté.
Votre liberté de choix.
Votre liberté de parole.
Votre liberté de penser.
Et je n’ai que deux choses à vous dire, deux choses qui viennent du fond du cœur, deux choses qui nous unissent, qui nous rassemblent :
Vive la République !
Vive la France !











